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CHAPITRE I

même coup les protecteurs de tout l'Occident. Les vainqueurs de Tolbiac, cantonnés depuis plus d'un siècle aux frontières du monde romain , dans les postes désertés des légions , continuaient à arrêter d'un bras ferme la marche dévastatrice des grandes migrations humaines.

Cependant ce n'était pas assez de refouler au delà du Rhin les tribus tumultueuses et toujours menaçantes de la Germanie barbare. Il fallait, pour n'avoir plus à les redouter, les fixer au sol par persuasion ou par force, faire de leurs campements mobiles une patrie et les incorporer à leur tour à la république chrétienne.

Ce genre de prosélytisme armé convenait merveilleusement au caractère des Franks convertis. Ils y avaient déjà préludé par quelques expéditions sur la rive droite du fleuve ; mais leurs entreprises dans ce sens avaient manqué de direction et de méthode. C'est seulement à partir du vii^ siècle, et sous la conduite des Arnulfmgs , qu'ils devaient embrasser cette vocation, mettre au service du saint -siège leur puissance militaire, faire partout de leur redoutable épée l'auxiliaire de la propagande religieuse et rattacher toutes leurs conquêtes territoriales, quel qu'en fût d'ailleurs le principe, commodes provinces nouvelles, à l'empire du catholicisme.

La première idée de l'alliance qui fut alors réalisée entre la France et la papauté remontait à la fondation même de la monarchie; elle datait du baptême de Clovis. On en retrouve le programme nettement tracé dans les lettres de félicitation adressées au royal néophyte de saint Rémi par l'évêque de Vienne, Avitus^, et par le souverain pontife, AnastaseMui-même, louant le Seigneur d'avoir donné pour défenseur à son Eglise un si grand prince. Les cent ans écoulés depuis la mort de Clovis, période de crimes et de scandales, n'avaient pas été néanmoins perdus pour la pré-

i Avili epist. 41 , ap. Sirmond.

'■2 Anaslasii papœ cpisl., ap. de Péligny, t. II , p. 432.

paration des destinées du peuple frank. A l'abri désormais des assauts et des débordements de la barbarie extérieure, le génie de la civilisation chrétienne avait, sur le sol des Gaules, repris conscience de lui-même. Il y avait relevé peu à peu ses ruines matérielles et morales, rallié ses forces, établi son prestige sur ses vainqueurs de la veille, prêt déjà à engager la lutte avec ses adversaires du dehors, quand le triomphe des premiers aïeux historiques de Charlemagne lui assura pour auxiliaires les deux puissances les mieux constituées de la société : le clergé et l'aristocratie.

Le corps épiscopal , où brilla saint Arnulf , traversait alors une crise décisive. L'ancienne Eglise des Gaules, dont la dernière génération gouvernait encore, à la fin du vi" siècle, presque tous les diocèses, n'était guère recrutée que dans le patriciat gallo-romain, dont elle renfermait l'élite. Elle avait jusque-là personnifié, un peu trop exclusivement peut-être, l'esprit, les tendances et aussi les regrets stériles de la race celtique vaincue. Certes, on ne saurait assez louer le courage et les talents des prélats qui domptèrent la fougue des barbares et firent tant pour le relèvement des provinces envahies : c'est par eux que fut sauvé de la civilisation antique tout ce qui méritait d'être conservé. Devenus les magistrats civils des cités après la disparition des fonctionnaires impériaux, la culture des lettres et des arts, en môme temps que les traditions administratives, leur devait d'avoir échappé au désastre de la domination romaine. Au nord de la Loire surtout, où, jusqu'au règne de Clotaire II, on ne comptait que douze monastères, les villes épiscopales étaient les seuls foyers de vie intellectuelle.

Mais ses goûts, les habitudes de son éducation, non moins sans doute que les exigences accablantes de sa charge, avaient renfermé dans l'enceinte des villes l'activité et le zèle du clergé gallo-romain. Qu'il exerce sa mission aux bords de la Loire ou du Rhin , dans une métropole pleine de souvenirs et de sentiments quasi -latins ou bien au milieu d'une popula-

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