‹ CharlemagneChapitre 62 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

mémoire des hommes! Que Dieu tout- puissant, qui cVun mot a tiré toutes choses de rien, vous rende dociles à ses commandements, qu'il dirige vos pensées selon ses desseins, qu'il vous donne la prudence et l'habileté nécessaires au gouvernement d'un empire, qu'il abaisse devant vous les nations rivales, et qu'après vous avoir donné en cette vie les honneurs du trône, il vous accorde la joie des récompenses célestes ^ »

Les jeunes princes, ayant exprime, dans un nouveau message , le regret de ne pouvoir mettre au service de leur père spirituel opprimé d'autre secours que celui de leurs faibles bras, reçurent cette gracieuse réponse : « Les religieux abbés Drochtegang et Wulfard nous ont rendu le message de Vos Excellences. Il vous est pénible, dites-vous, de n'avoir pu remettre aux porteurs quelques olTrandes pour nous. Eh ! qu'est-ce donc que les présents par lesquels vous penseriez nous être plus agréables, très-doux et très- aimants fils, et très-victorieux rois ! Il ne saurait y en avoir qui nous fussent plus précieux que l'assurance de votre prospérité et de vos succès. Notre vrai trésor est dans la satisfaction de vos triomphes ; car ils sont le gage du triomphe de la sainte Église de Dieu , de la défense de la foi orthodoxe et de l'inébranlable protection que nous attendons de vous-. »

Quand le pape écrivait ces lignes, où respire une sérénité inaccoutumée, le danger de l'invasion langobardc était écarté, du moins pour un temps. Pépin n'avait pas même eu besoin de tirer l'épée, et l'occasion, peut-être secrètement désirée, avait manqué au jeune Charles de justifier ses récentes protestations de dévouement. Il avait suffi de l'arrivée de deux ambassadeurs franks, l'archevêque de Rouen, Remcdius, fils naturel de Charles- Martel, et le comte Otker, pour con-

1 Slephan. II , papœ, Episl., ap. D. Bouquet, t. V, p. 510.

2 lbid.,p. 517.

Iraindre Desiderius à rexécution de ses engagements. L'empire, en effet, avait cette fois encore fait l'aveu de son irrémédiable décadence militaire; l'année écoulée, nulle voile grecque ne paraissait en vue du port d'Otrante, lieu fixé pour le débarquement des impériaux.

Ainsi abandonné d'un côté et pressé de l'autre, le roi de Pavie n'eut qu'à se résigner au parti que lui dictait l'infériorité de ses forces. Il commença, au mois d'avril 759, la restitution effective, à la république romaine, des cités et territoires que lui attribuaient ses traditions et les traités. Toutefois cette restitution , paralysée de mille manières et traînée en longueur, dans l'attente de quelque événement qui lui permît de se dédire, ne devait être terminée qu'au bout de sept ans !

Lorsque la nouvelle des premières concessions de Desiderius fut apportée par une lettre pontificale à Pépin, patrice des Romains, ce prince, par un autre triomphe, non moins heureux, de sa politique, venait de rendre à la chrétienté, sur la terre même des Gaules, un des plus signalés services qu'elle eût reçus de sa race. Le fils de Charles- Martel , complétant l'œuvre de son père , ressaisissait enfin , en 7o9, après quarante -huit ans de domination musulmane, la Septimanie, qui comprenait presque tout notre Languedoc. L'expédition de 752 avait préparé l'affranchissement politique de cette contrée, en déterminant la formation au sein de la population gothique, et avec l'appui de la monarchie carolingienne, d'un parti de résistance nationale contre les Sarrasins. La lutte sourde et continue de ce parti, secondée par les déchirements intérieurs de l'islamisme, avait amené insensiblement la délivrance complète du territoire jusqu'aux Pyrénées. Dans sa nouvelle conquête. Pépin se

Page 1