CHAPITRE III
retrouvait aux prises avec son éternel rival , le duc d'Aquitaine , qui , lui aussi , avait essayé de profiter de TafTaiblissement de la puissance musulmane pour s'emparer de la Septimanie, et qui, ne pardonnant pas aux seigneurs du pays de lui préférer le roi du Nord , les en avait châtiés par des incursions cruelles. Aux yeux du chef aquitain et de ses soldats, prétendant représenter la plus vieille population indigène des provinces méridionales, les Goths, comme les Franks, n'étaient que des envahisseurs barbares et des ennemis presque aussi exécrés que les sectateurs de Mahomet.
Pépin, au lieu de poursuivre d'abord par les armes la réparation de ses griefs, eut recours aux négociations pacifiques. Ses ambassadeurs vinrent, en 760, demander à Vaïfer de cesser ses entreprises et ses exactions sur les domaines ecclésiastiques qu'il avait usurpés, de payer le wehrgeld (composition pécuniaire) des Goths, sujets de la couronne franke, qu'il avait fait mourir dans les combats ou dans les supplices, et enfin de restituer à leur maître les nombreux leudes, déserteurs de la truste royale, auxquels sa cour servait d'asile. Vaïfer, comme il fallait s'y attendre, ne répondit que par un refus hautain. Pépin alors déclara la guerre, bien résolu à supprimer l'autonomie de l'Aquitaine, incompatible avec la possession de la Septimanie et la paix du royaume. Mais Vaïfer n'était pas homme à soutenir la lutte avec cette obstination loyale. Surpris et vaincu dès la première campagne et réduit à demander grâce, il fit sa soumission sans réserve et prêta tous les serments qu'on voulut. Puis, au printemps d'après, trouvant une occasion facile de prendre sa revanche, à la suite du licenciement anticipé de l'armée franke, il envahit et ravagea la Bourgogne, dégarnie de troupes, et revint à la hâte comme un larron chargé de butin.
Cette audacieuse violation de la foi jurée fut le signal des terribles guerres du Midi, principale œuvre militaire de Pépin, et où findépendance aquitanique devait périr pour
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jamais : lugubre et monolone série de dévastations systématiques et d'égorgements sans merci, qui remplit de sang et de ruines, durant sept années consécutives, les riches provinces d'entre la Loire et la Garonne. Les impitoyables lois de la politique étouiïèrent de part et d'autre la voix de l'humanité. L'unité future de la nation française était à ce prix !
Convoquant et rassemblant à la hâte ses contingents dispersés, Pépin fond sur l'Aquitaine. Il emmenait avec lui son fils aîné, Charles^, déjà entré dans sa vingtième année et qu'il était temps de former à la grande guerre. Cette campagne de l'automne 761, non moins foudroyante que celle de l'année précédente, fut féconde pour le jeune prince en leçons de toutes sortes. Vaïfer ne tenta pas d'arrêter l'irruption par une bataille rangée. Il avait compté disputer le terrain pied à pied en jetant de solides garnisons dans les citadelles de sa frontière. Rien ne put résister à l'ardeur de vengeance des Franks et à la supériorité de science militaire développée chez eux par la forte discipline des chefs carolingiens. L'art des sièges se relevait alors de l'abaissement où il était tombé depuis la disparition des armées régulières de l'empire romain. Les châteaux de Bourbon (l'Archambauld) et de Chantelle, postes avancés de l'Arvernie, furent emportés d'assaut et livrés aux flammes, et leurs défenseurs emmenés en captivité. La puissante cité d'Auvergne ne larda pas à avoir le même sort, malgré l'héroïque résistance de sa garnison vasconne et la position formidable de sa forteresse de Clermont, dont elle prit plus lard le nom. « Pépin, dit un annaliste, voulait épargner la ville. Mais telle était la fureur des soldats victorieux, qu'au mépris des ordres du roi la place fut incendiée. » Une grande partie de la garnison périt dans les flammes; tout le reste, hommes, femmes et enfants, fut passé au fil de l'épée. Entre les Franks et les
i Annales Pclaviens., ann, 761 , ap. D. BouqucI , l. V, p. 13G.