‹ CharlemagneChapitre 64 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Vascons, races également belliqueuses et fîères, toute rencontre devait être un carnage et aboutir à l'extermination du plus faible. On le vit bien , seize ans plus tard , à Roncevaux.

Le triomphe de l'insubordination militaire dans l'exécution de Clermont montra au jeune Charles ce qu'il restait à faire, même après les grands progrès réalisés en ce sens par ses aïeux, pour dompter dans la nation l'esprit général d'anarchie, legs funeste des longues dissensions mérovingiennes.

■L'épouvante ouvrit aux vainqueurs toutes les places d'Auvergne et de Limousin, et les Franks, à leur tour, en regagnant leurs hivernages, ne laissèrent derrière eux qu'un pays horriblement dépouillé et saccagé.

Les deux campagnes suivantes, où le jeune Charles continua de faire l'apprentissage de son rude métier de roi, portèrent les armes victorieuses de son père jusqu'à Cahors. Rien ne restait debout sur le passage de cet ouragan humain. Non content do détruire les citadelles et les villas publiques de Vaïfer, Pépin fit arracher les vignobles de la vallée de la Vezère, les plus fertiles et les plus savoureux que l'on connût alors dans cette région du sud-ouest, et dont la réputation précéda de longtemps celle des vins de Bordeaux. Il sentait qu'il n'y avait que la ruine totale du pays qui pût réduire ces indomptables populations romanes du Midi à subir le joug des hommes du Nord.

Les intrigues politiques ne servaient pas mieux que la fortune des batailles la cause désespérée des Aquitains. Leur chef eut beau pousser à la défection le jeune et versatile Tassilon, la retraite inopinée des Baïvares n'arrêta pas la marche des Franks , et Vaïfer, pour qui cette diversion était la seule chance de salut, fut de nouveau contraint de solliciter la paix. Il réclama l'intégrité de son territoire, s'engageant à payer tous les tributs et revenus annuels que les rois franks avaient autrefois tirés de l'Aquitaine (763). Pépin refusa. Il

n'admettait aucun partage avec son rival. Toutefois la nécessité de surveiller la Germanie, que Tassilon travaillait à soulever, en retenant l'armée franke durant tout l'été de 764 en observation le long du Rhin, procura néanmoins à Vaïfer une année de répit. C'était sans doute tout ce qu'il avait souhaité d'obtenir par ses négociations ; car, dès le printemps 765, ce fut lui qui reprit l'offensive. Les trois corps de troupes qu'il lança à la fois sur la Touraine, le Lyonnais et la Septimanie furent également repoussés avec pertes. Pour comble, la soumission de Tassilon, survenue sur ces entrefaites, le laissant seul exposé aux coups du roi, l'obhgea-à concentrer ses forces décimées. 11 se replia derrière la Dordogne, après avoir démantelé toutes ses places au nord de cette ligne. Pépin n'eut qu'à prendre possession, presque sans coup férir, des provinces abandonnées, où il établit des gouverneurs et des garnisons à demeure.

Les sauvages retraites du Périgord et du Quercy ne devaient pas protéger longtemps l'infortuné défenseur de l'indépendance de la Gaule méridionale. Dès l'année d'après. Pépin, l'enveloppant du côté de l'est, lui enlevait Toulouse, sa capitale, et occupait le cours de la Garonne. La noblesse aquitaine et même vasconne embrassait en masse le parti du vainqueur. La conquête du pays était moralement accomplie. Cernée de tous côtés, traquée à travers ses montagnes boisées et jusqu'au fond des cavernes des rochers, la petite troupe restée fidèle à Vaïfer était vouée à une destruction prochaine. Elle déshonora par un crime son héroïque résistance. Les compagnons du duc proscrit achetèrent leur grâce en assassinant leur chef (2 juin 768).

Ainsi finit le royaume d'Aquitaine, reproduction factice du type delà monarchie romaine, assez analogue, quoique moralement bien supérieur, au régime mérovingien. En proie aux discordes intestines, impuissant contre les invasions musulmanes, il était fatalement condamné à perdre son autonomie; car il n'était ni assez chrétien ni assez guerrier

Page 1