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CHAPITRE m

pour prendre son rang et pour le soutenir parmi les Etats libres du moyen âge.

La guerre d'Aquitaine était venue à point pour fournir à Desiderius le moyen de se dégager vis-à-vis du saint-siége. Il ne manqua pas de mettre à profit cette diversion. D'ailleurs, la vieille alliance conclue vingt ans auparavant entre Hunald et Aistulf subsistait toujours entre leurs successeurs, fondée sur la communauté d'intérêt des Langobards et des Aquitains plus que sur les convenances personnelles de leurs chefs, et resserrée encore par le formidable accroissement de puissance que la nouvelle dynastie avait donné à la France. Le jeune duc des Baïvares, Tassilon, jaloux, lui aussi , de gouverner en souverain son duché héréditaire , n'avait pas cessé de sympathiser avec les ennemis de son oncle , lors même qu'il était contraint de marcher contre eux. On a vu comment, en 763, dès qu'il vit la résistance opiniâtre des méridionaux balancer les chances du succès, il osa de nouveau manifester ses sentiments séparatistes en désertant l'armée d'invasion. Embrassant également à cette époque l'empire grec , la quadruple alliance , bien qu'elle fût tout expecLante, plus occupée d'intrigues que de combats, et qu'elle ne fournît aucun secours militaire à Vaïfer, ne laissait pas de susciter des embarras à Pépin. Elle faisait surtout gravement échec à sa politique en Italie. La position de Paul L'' était singulièrement difficile. Pendant que Desiderius le tenait en quelque sorte prisonnier dans Rome, surveillait la frontière des Gaules et interceptait ses courriers, l'empereur Constantin Copronyme , ayant le champ libre , recommençait à essayer sur l'esprit du roi frank les habiletés diplomatiques familières à la cour byzantine , et s'appHquait

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à semer la mésinlelligencc entre lui et le pontife, condamné au silence.

Or en même temps Tassilon , éclairé sur l'impuissance de la coalition et désespérant de reconquérir pour cette fois encore l'indépendance de ses Etats, s'adressait justement au pape afin d'obtenir, par son intercession, sa rentrée en grâce auprès de son suzerain. Délicate mission, faite pour exciter davantage les colères du roi langobard et lui faire redoubler sa surveillance. Les émissaires pontificaux réussirent cependant à la déjouer, et, en 7G4, les communications étaient rétablies entre la cour de Rome et le camp du monarque carolingien. Paul apprit alors par un envoyé frank la démarche de l'ambassade grecque et son échec complet ; Pépin même lui transmit le texte des lettres impériales qu'il avait reçues. « Nous sommes impuissant, répondit-il, à vous témoigner notre reconnaissance pour le sincère attachement que vous portez à votre mère spirituelle la sainte Eglise de Dieu, et à notre faiblesse... Vous nous assurez que ni flatteries ni promesses ne parviendront à vous détourner de l'amour et de la fidélité que vous avez jurés au Prince des apôtres et à son vicaire. Nous avons déjà fait l'expérience de votre inébranlable constance, et elle s'est assez affirmée par des actes ; nous sommes convaincu que l'offre même de tous les trésors du monde ne ferait pas fiécliir votre àme héroïque; car c'est vous ({ue le Dieu lout-puissant a choisi entre les rois du siècle, vous en qui il a mis toutes ses complaisances, pour que votre épée protège contre ses ennemis la sainte Eglise romaine, universelle, tête de toutes les églises et fondement de la foi chrétienne '. »

L'année d'après, lorsque la guerre se rallumait avec plus de fureur en Aquitaine, elle menaça aussi d'embraser la Péninsule. Le bruit se répandit soudain que la flotte grecque, attendue depuis six ans par Desiderius, avait enfin mis à la voile. Le pape se hâta d'en donner avis à Pépin. « Que Votre

I Slephan. II , papœ , Episl., ap. D. Bouquet, I. V, j». 524.

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