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CHAPITRE

Excellence sache que nous avons été informé, par des personnes toutes dévouées à la sainte Eglise, que six patrices, envoyés de Constantinople contre nous avec trois cents vaisseaux, vont débarquer en Sicile. Quel est le but de cet armement et quelle en a été la cause? Nous ne le savons pas au juste. On nous annonce seulement que la flotte doit vous attaquer après nous, et effectuer une descente en Gaulée »

Cette nouvelle, on le vit bientôt, n'était qu'une manœuvre du roi langobard, à la faveur de laquelle il pensait amener le pape à transiger sur l'exécution des traités de restitution. 11 n'y réussit point , quoiqu'à la terreur des représailles byzantines il crût bon d'ajouter lui-même des actes de guerre ouverte, et qu'il se fût remis à piller le territoire pontifical. Loin de rien céder de ses droits à l'intimidation et à la violence, Paul en appela au roi des Franks, garant des traités-. Il ne lui demanda pas de soldats, seulement des négociateurs munis de ses instructions expresses. Tant il savait qu'une simple parole venue de la France suffirait à désarmer son rival !

La confiance du pape fut pleinement justifiée. Privé encore une fois de ses auxiliaires extérieurs, voyant Tassilon s'humilier de lui-même, l'Aquitaine abandonner la cause désespérée de Vaïfer, l'empire tourner sa diplomatie, sa seule arme, du côté du plus fort, et rechercher des alliances de famille avec la dynastie carolingienne, Desiderius n'eut qu'à faire sa soumission, heureux de conserver sa couronne. Il laissa donc les commissaires franks, d'accord avec les légats pontificaux et les représentants des cités de la Pentapole, régler les détails de la nouvelle division territoriale de la Péninsule ^ Cette opération était à peine terminée, que Paul F'' mourait, le 28 juin 767.

1 Slephan. II, papœ , Episl., ap. D. Bouquel , t. V, p. 326.

2 Ibid., p. 528.

3 Jbid., p. 529.

Pépin ne lui survécut qu'une année environ. Atteint de la fièvre à Saintes , aussitôt après avoir achevé d'organiser l'administration de l'Aquitaine , il sentit tout d'abord que son heure était venue, et il se prépara à la mort en chrétien, plein d'humilité et de foi. Il voulut mettre ses derniers moments sous la protection des grands patrons de son royaume. Dans cette pensée, il se fit transporter sur son lit de douleurs au tombeau de saint Martin, à Tours; puis au monastère de Saint- Denis, où il rendit l'âme, le 24 septembre 768. Ses deux fils, Charles et Carloman, l'y ensevelirent, comme il le leur avait recommandé, sous le porche extérieur de la basilique, à la place où les pénitents se tenaient prosternés durant les cérémonies sacrées. A ce trait on reconnaît que la royauté du moyen âge, celle de saint Louis, est déjà inaugurée.

La Providence avait mesuré juste à Pépin le temps de réaliser l'unité pohlique de la Gaule. Grâce à lui, du Rhin aux Pyrénées et des Alpes à l'Océan , l'empire frank ne connaissait plus, moins de trente ans après Charles- Martel, d'autre domination héréditaire que celle de la famille carolingienne. Mais cette œuvre capitale de sa vie était bien précaire. En dépit du génie des chefs qu'elle s'était donnés , la société issue de l'invasion germanique n'avait pas encore le sens de la magistrature royale, conception d'origine toute romaine. Aussi ne dépendit -il pas de ses conseillers, attachés par routine ou par ambition personnelle aux errements mérovingiens, que le fondateur de la seconde dynastie ne défît lui-même dans son testament l'unité qui lui avait coûté tant de travaux.

Les Icudes convoqués en assemblée nationale à Saint- Denis, autour de son lit de mort, réclamèrent, selon l'usage,

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