‹ CharlemagneChapitre 67 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l'attribution d'un royaume particulier à chacun des fils de leur roi électif. Si l'on en croit Eginhard , ils auraient même subordonné à ce démembrement du territoire national la reconnaissance du droit successoral des deux jeunes princes. « Les Franks, dit-il, ayant fait solennellement une assemblée générale , les prirent tous deux pour rois , à cette condition qu'ils partageraient également tout le corps du royaume'. » Heureusement Pépin, à l'inspiration sans doute du clergé, dont l'influence est là évidente, sut donner au parti aristocratique une apparente satisfaction, qui n'eut cependant ni le caractère ni les conséquences fatales des partages de la première race. Le principe de la division fut, en effet, maintenu, mais elle ne porta que sur le domaine utile et non sur la monarchie elle-même. Soumis à une sorte de duumvirat, l'empire n'en continua pas moins de former un seul État, centrahsé pour le gouvernement, quoique ses provinces fussent groupées , quant à la perception des taxes publiques et à certains détails d'administration secondaire, en deux apanages ou dotations territoriales distinctes.

Cet arrangement de famille eut d'ailleurs si peu de conséquence dans le système gouvernemental proprement dit, que les chroniqueurs, même les plus rapprochés du partage, ne sont pas d'accord sur sa base géographique. Suivant Eginhard, elle aurait été la même en 768 qu'en 741, et Charles aurait obtenu les territoires autrefois dévolus à son père , tandis que les provinces du premier Carloman auraient échu au second. Mais Eginhard, peu au courant, comme il l'avoue lui-même, de ce qui concernait la jeunesse de Charlemagne, et n'ayant écrit ses souvenirs que dans un âge avancé, quand il ne restait plus de témoins de cette première époque , commet ici une erreur manifeste. De nombreux documents diplomatiques prouvent, en eff'et, que Charles, du vivant de son frère, exerçait une action administrative directe dans les

1 Eginh., Vila Karoli Magni , cap. m.

pays qui avaient formé le royaume de leur oncle. De fait il était naturel qu'étant l'aîné il obtînt le premier lot, celui des régions de l'Est, assigné pareillement autrefois à l'aîné des fils de Charles- Martel. Cette opinion s'appuie sur le témoignage formel du continuateur de Frédégaire , auteur tout à fait contemporain , dont l'ouvrage fut composé à la demande du comte Nibelung, cousin de Pépin le Bref. Elle résulte en môme temps de la comparaison raisonnée des

Grave n-ir Erhard Fio. 31. - Carte des deux royaumes de Charlemagne et de Carloraan dressée par M. Aug. Longnon.

textes historiques avec les documents émanés des chancelleries des fds de Pépin. Par cette méthode, un critique savant et ingénieux est parvenu à tracer, avec une précision presque mathématique, la ligne de démarcation des deux grands départements administratifs de la l'rance créés par l'assemblée de Saint- Denis. Voici d'ailleurs les conclusions de son travail : « En résumé, Charles obtint le nord et l'ouest du royaume de Pépin, et Carloman le sud-est. Ce partage peut

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