CHAPITRE IV
ravagé depuis dix ans , aucune défense ne restait debout ; rien n'avait résisté aux exécutions méthodiques et impitoyables des vainqueurs, ni les fortifications des villes, ni même l'énergie morale des habitants. Enveloppé désormais dans le réseau de l'administration et de la surveillance des comtes franks et de leurs satellites , si le pays faisait encore quelque fol essai de soulèvement, il ne fallait aux fonctionnaires royaux, en relation perpétuelle avec leur maître, qu'un asile derrière de bonnes murailles pour y attendre l'heure prompte et certaine de la délivrance. Charlemagne, en effet, devait porter à sa perfection la stratégie ébauchée par son père et son aïeul : il commençait déjà à révéler à la jeune société issue de la barbarie la guerre systématique et savante, discernant comme d'inspiration les points à attaquer, y portant les coups soudains et décisifs, et remuant les grandes masses d'hommes avec une précision , avec une rapidité qui nous étonnent encore, au miheu des merveilleuses inventions qui ont décuplé les moyens d'action de la tactique moderne.
L'agitation causée dans l'empire frank par Hunald n'était rien en comparaison de la sanglante anarchie où la république romaine était plongée depuis la mort de Paul l"\
L'érection de la papauté en souveraineté temporelle n'avait pu se produire sans amener une conséquence fatale : ce trône électif était devenu le point de mire d'ambitions ardentes, et un objet de rivahté entre les factions de la noblesse romaine. Les chefs de cette noblesse, successeurs et pour la plupart descendants des anciens décurions, n'avaient pas cessé de former la haute assemblée administrative de la cité, qu'à Rome ainsi que dans tous les municipes on ap-
loO CHARLEMAGNE
pelait le consulaire (consulare), à cause du titre de consuls héréditairement attribué à ses membres. En même temps, ils gouvernaient, comme officiers ou comme vassaux du saint-siége, et avec des titres divers, les subdivisions de l'Etat pontifical.
En 7G7, une des principales familles du consulaire romain était représentée par quatre frères entreprenants et audacieux. Trois d'entre eux, Toto, duc de Népi, Passivus et Pascalis, jouissant d'une grande autorité en Toscane et y ayant recruté une force militaire imposante, rêvèrent de s'arroger la haute main dans le gouvernement de la république, en plaçant sur le trône pontifical leur frère Constantin, simple laïque. A peine le pape Paul avait-il rendu le dernier soupir, que ces conspirateurs, entourés de leur soldatesque, envahissent la ville, tiennent un conciliabule dans la maison du duc de Népi, élisent Constantin et vont l'installer, à main armée, au palais de Latran. Sur-le-champ une cérémonie sacrilège confère à l'intrus la cléricature. Le lendemain, il franchit d'un seul coup les trois degrés du sous -diaconat, du diaconat et de la prêtrise : telle était la puissance de sa faction, qu'elle contraint le peuple à lui prêter serment de fidélité comme au successeur légitime du pontife défunt. Enfin, le dimanche suivant, la basilique de Saint- Pierre voit, au milieu du même appareil militaire, sacrer l'antipape Constantin '.
Toutefois, dans la cité muette de terreur, beaucoup s'indignaient de cette série d'attentats. Deux hommes généreux, le primicier Christophe, et son fils, le sacellaire Sergius, se dévouent à l'œuvre de la délivrance commune.
Il fallait aller chercher au dehors l'appoint de force nécessaire pour renverser la tyrannie de la faction triomphante. C'est aux Langobards qu'ils résolurent de s'adresser. Mais
1 Anast. Lib. Pontifie, cité ap. Darras, Hisl. générale de l'Église, t. XVII, ch. V, p. 392 et suiv.
XVl'' SIECLE — ART DE LA RENAISSANCE ÉCOLE FLAMANDE
« Charlemagne , en habits d'empereur, marche fièrement sur la carte du monde occidental dont il est le maître. » — Œuvre de Jérôme Wierix, un des peintres les plus féconds et les plus connus du xvi= siècle. — D'après une gravure du cabinet des estampes, à la Bibliothèque nationale.