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CHAPITRE IV Ibl

les satellites du duc de Népi gardaient soigneusement les issues de la ville. Pour déjouer cette surveillance, Christophe et Sergius durent se servir d'un subterfuge. Ils annoncèrent le projet d'aller embrasser la vie religieuse dans le monastère de Saint- Sauveur de Spolète. Il était impossible à un parti soi-disant pontifical de s'opposer à un tel dessein. Toutefois l'intrus, inquiet sur les démarches de deux personnages aussi considérables, ne voulut les laisser partir qu'à bon escient. Il manda à Rome même l'abbé de Spolète , et le chargea d'emmener avec lui les deux postulants. Mais, au sortir du territoire romain, ils réussirent à s'échapper et s'ouvrirent de leur plan au duc langobard Théodice, qui les fit escorter jusqu'à Pavie, auprès du roi Desiderius. Celui-ci, satisfait de pouvoir s'immiscer dans les affaires de Rome, mais moins soucieux d'y rétablir la paix que de s'y créer un parti militant sans se compromettre en faveur de l'orthodoxie, borna son secours à laisser les deux négociateurs libres de chercher des auxiliaires dans ses Etats. Il leur adjoignit à cet effet le prêtre langobard Valdipert. Cette intervention, en quelque sorte anonyme, lui réservait la faculté, suivant l'événement, de désavouer l'entreprise si elle échouait, ou de s'attribuer le mérite et les bénéfices du succès.

Ce qui avait pu vraisemblablement porter ses adversaires à rechercher l'appui suspect de la cour de Pavie, c'est que l'antipape lui-même, dans son imperturbable audace, prétendait continuer l'alliance du saint-siége avec la monarchie carolingienne. Il est vrai que les deux lettres qu'il adressa dans ce but à Pépin ^ n'obtinrent pas de réponse, sans qu'on sache cependant si le roi, alors absorbé par la guerre d'Aquitaine, était ou non informé de l'irrégularité de l'élection de Constantin. Ces lettres, du reste, étaient faites pour inspirer la défiance. Elles portent la trace d'un trouble d'âme bien

' Ap. D. Bouquet, t. V. p. 534 et suiv.

profond et sans précédent dans la correspondance des papes légitimes, chez qui, une fois couronnés de la tiare, l'angoisse naturelle à une telle élévation avait toujours fait place à un sentiment aussi calme qu'indomptable de leur mission et de ses prérogatives.

Constantin n'avait pas cette assurance et ne savait pas l'affecter. 11 proteste que le vœu unanime du peuple de Rome « et des cités environnantes » lui a imposé la charge pastorale qu'il n'avait ni ambitionnée ni méritée. Il confesse que ni services antérieurs rendus par lui à l'Eglise, ni vertus signalées, ne le recommandaient aux suffrages. Il ne parle que de sa stupeur et de ses profondes terreurs en présence de la formidable responsabilité qu'il a acceptée. Il trouve cependant quelque sujet de confiance en se comparant à Matthieu le publicain, que le Dieu de miséricorde avait choisi pour prêcher au monde la parole évangélique. Evitant, du reste, prudemment d'indiquer si ce sont les difficultés matérielles ou spirituelles du souverain pontificat qui l'épouvantent à ce point, il déclare mettre tout son espoir dans l'amitié du prince des Franks, et lui garantit en retour, en son propre nom et au nom de tout « son peuple », un inviolable attachement.

La ruse au dehors pas plus que la violence au dedans ne purent le maintenir longtemps dans le rang auguste qu'il avait usurpé. Treize mois après le coup de main du duc de Népi, Christophe et Sergius, à la tête d'une petite armée recrutée dans les cités de Riéti et de Forconia, paraissaient à l'improviste aux portes de Rome et en forçaient l'entrée. Toto fut tué dans le combat : en quelques heures son parti fut abattu, et l'antipape, tombé aux mains des vainqueurs, passa du palais de Latran dans un cachot (28 juillet 768).

L'agent de Desiderius, Valdipert, profitant du désordre de cette révolution subite, se hâta dès le lendemain de réunir un certain nombre de Romains du parti langobard et de leur faire élire comme pape un moine, nommé Philippe,

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