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CHAPITRE IV

dévoué au même parti. Mais Christophe n'avait pas combattu une faction pour en servir une autre. Il déclara qu'il ne déposerait pas les armes avant que le peuple eût chassé de Latran le nouvel intrus, et le moine Philippe revint coucher le soir même dans la cellule qu'il avait quittée le matin pour se faire sacrer chef de TEglise universelle. Heureux encore d'échapper par cette obscurité aux représailles dont son prédécesseur devait être bientôt victime.

Ayant délivré le saint -siège de deux factions étrangères également redoutables, le primicier protégea, sans essayer de le dominer, le libre suffrage des électeurs réguliers de la papauté. « Il convoqua, dans les formes voulues, les trois ordres de la cité romaine : les prêtres, avec les primats du clergé; les chefs de la classe militaire, avec toute la milice {exercitus); les sénateurs, les notables (a'î^es honesti) et tout le peuple, depuis le plus humble jusqu'au plus grande Leur choix unanime se porta sur le prêtre Etienne, qui devint Etienne III (8 août 768).

Cette proclamation ne suffit pas pour rétablir la concorde dans Rome, où treize mois d'anarchie avaient déchaîné et surexcité les plus mauvaises passions. La populace, renforcée des bandes de Toscans et de Campaniens, n'avait pas désarmé. Les destinées du gouvernement étant enfin fixées, elle ne renonça pas à ses violences ; mais elle les tourna dès lors contre les vaincus, ses favoris de la veille. Elle se vengea par la cruauté de son servilisme et de ses palinodies. Arrachés à leurs retraites, même aux asiles religieux qui devaient les rendre inviolables, et aux prisons qui les gardaient pour les tribunaux, les principaux auteurs de la révolution avortée périrent en quelques jours sous les coups de ces bandes sanguinaires. Le frère de Constantin, Passivus, sonvidame, l'évêque Théodore, un autre de ses partisans, Gracilis, tribun d'Alatri, et, par un étrange rapprochement,

1 Anast. Lib. Pontifie, ap. Darras , 1. c, p. 393.

l'adversaire de tous ces hommes, le prêtre Valdipert, eurent la langue et les yeux arrachés, et expirèrent ainsi dans les rues et les carrefours au milieu des plus affreux tourments. L'antipape, à son tour, tombé aux mains de ces forcenés, n'en fut qu'à grand'peine tiré vivant et après avoir eu les yeux crevés ^

Le nouveau pontife , moins souverain que prisonnier dans son palais, n'avait pas autour de lui assez d'éléments d'ordre pour arrêter ce débordement de crimes. Aussitôt élu, il fit appel au concours du roi frank, que son titre de patrice constituait le lieutenant civil du pape à Rome. Il dépêcha au delà des Alpes Sergius, alors nomenclateur de l'Eglise romaine et l'un des principaux auteurs de la chute de Constantin, qui devait bientôt payer de sa vie, ainsi que son père, le crime d'avoir servi les intérêts du saint-siége plutôt que les intrigues de la cour de Pavie.

Quand il arriva en Gaule, Pépin venait de mourir; mais la reine Bertrade et son fils lui firent l'accueil le plus empressé. Sa mission, d'ailleurs sans caractère politique, n'avait d'autre objet que de notifier aux patrices l'élection canonique du souverain pontife, et de les prier d'envoyer douze prélats de l'Eglise franke siéger, avec ceux de l'Etat pontifical, dans le concile de Latran, convoqué pour juger l'antipape Constantin.

La cour carolingienne députa au concile une représentation digne du premier des royaumes chrétiens et dans laquelle figuraient, avec quelques évèques, les métropolitains de Mayence, de Reims, de Sens, de Tours, de Bourges, de Lyon et de Narbonne.

L'assemblée de Latran, en traitant des questions de dis-

< Anast. Lib. Pontifie, ap. Darras, 1. c, p. 395.

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