CHAPITRE IV
de ses deux chefs. C'est à quoi elle travailla avec succès dans une entrevue avec Garloman, à Seltz. Le pape, aussitôt informé de cet heureux événement par un message commun des deux frères réconciliés, se hâta de leur en exprimer sa joie : « Votre réconciliation, leur écrivit-il , excite l'allégresse de votre sainte mère l'Église et de tout son peuple... Unissez donc vos efforts, et sans retard, pour contraindre les Langobards aux restitutions et aux satisfactions qu'ils doivent à votre protecteur, le bienheureux Pierre'. »
Après Garloman, ce fut Tassilon de Bavière qu'elle alla visiter et qu'elle réussit à faire rentrer dans la fidélité au trône carolingien. Puis , fière de ce double triomphe de sa persévérance et de son adresse , elle passa en ItaHe , afin de solliciter l'agrément du pape aux mariages langobards. C'était là la plus épineuse de ses négociations, et il fallait même, pour l'entreprendre, une singulière obstination d'esprit; car Etienne avait, par avance, notifié son opposition la plus formelle aux alhances projetées. Il était convaincu, et une expérience solennelle de deux siècles confirmait son opinion, que le royaume langobard était l'ennemi-né de la république romaine , et que favoriser l'un c'était nécessairement trahir l'autre. La cause de l'indépendance de Rome s'identifiait avec celle du cathoHcisme; par une conséquence fatale, le gouvernement de Pavie, tant qu'il ne renonçait pas à ses projets unitaires, était voué à une politique antireligieuse. Toutes les révoltes contre l'Église , d'où qu'elles vinssent, avaient, en effet, trouvé en lui un allié et un patron. Il était iconoclaste avec les Grecs, et, dans ses États même, s'il avait abandonné l'arianisme, qui était trop antipathique aux populations des autres provinces italiennes dont il rêvait l'annexion, il travaillait ostensiblement à détacher le clergé de son chef et à constituer une Éghse nationale schismatique. Il fallait donc absolument choisir entre
1 Stephan. II [, papœ , Episl., ap. D. Bouquet, t. V, p. 539.
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deux alliances inconciliables, et accepter courageusement les conséquences logiques de son choix. Aux yeux d'Etienne , le choix qui s'imposait à la famille carolingienne , sacrée de la main d'un pontife et investie du patriciat romain, ne pouvait être douteux , et c'est ce qu'il avait rappelé aux princes franks , à la première nouvelle des combinaisons matrimoniales projetées par leur mère. Voici les principaux passages de la lettre que la surprise et l'indignation lui inspirèrent en cette circonstance , et où la vivacité du ton et la sévérité de certaines expressions ne sont que la conséquence facile à comprendre des nombreux et légitimes griefs de la papauté contre ses perpétuels agresseurs :
« Aux seigneurs, ses très -excellents fils, Charles et Carloman , rois des Franks et patrices des Romains , Etienne pape...
« C'est ordinairement par les faiblesses de la nature humaine que l'antique ennemi arrive à s'emparer de l'âme des fidèles. Ainsi se servit- il de la fragilité de la femme pour porter au premier homme, dans le paradis, ses conseils empestés et lui faire transgresser le précepte divin. Les fidèles doivent donc être d'autant plus attentifs à se garder de ses attaques, que nous le voyons plus acharné et plus habile à conjurer leur perte.
« Aussi avons -nous été pénétré de douleur en apprenant que Desiderius, le roi des Langobards , cherche à faire épouser sa fille à Fun de vous, ce qui est manifestement une inspiration diabolique. Ce ne serait pas là une union matrimoniale, mais le plus dégradant des accouplements qui se puisse imaginer. Combien ne voyons- nous pas d'hommes, dans les récits de l'Écriture sainte , qu'un mariage irrégulièrement contracté chez une nation étrangère détourna de la loi de Dieu et conduisit jusqu'aux plus grands crimes! Ne serait-ce pas, ô très-excellents fils et magnifiques rois, le