CHAPITRE IV IG
comble de la démence si la glorieuse race des Franks, placée si haut au-dessus de toutes les autres, si votre douce et noble dynastie se souillait, ce qu'à Dieu ne plaise, du contact de cette race langobarde, perfide et malsaine, indigne d'être comptée au rang des nations, et par qui la lèpre s'est répandue dans le monde! Quelle folie de supposer que des rois aussi illustres que vous descendent à cette abominable dégradation ! Co7nment , en ejfet , associer les ténèbres à la lumière, et qu'y a- 1- il de commun entre le fidèle et l'infidèle? (II Cor, VI, 14.) Déjà, d'ailleurs, la volonté de Dieu et le choix de votre père vous ont unis en légitime mariage* à de belles épouses de la même patrie que vous, ainsi qu'il convient à de nobles rois, et c'est à elles que vous devez conserver votre amour. Vous n'avez pas le droit de les congédier pour en épouser d'autres, ni de vous attacher par les liens du sang à une nation étrangère. Nul de vos aïeux n'en a agi ainsi: ni votre grand -père, ni votre bisaïeul , ni votre père n'ont pris leur femme dans un royaume étranger. Nul ne prit jamais une femme d'un autre pays sans être induit à pécher. Mais pour vous ce serait une impiété d'ajouter de nouvelles épouses à celles que vous avez déjà acceptées. Vous ne vous permettrez pas une telle iniquité, vous qui obéissez à la loi de Dieu et qui punissez les méfaits d'autrui. Laissez agir ainsi les peuples païens; mais gardez -vous de les imiter, vous qui êtes chrétiens, vous qui êtes d'une race sainte, vous dont la royauté est un sacerdoce. Rappelez-vous l'onction dont la main du vicaire de saint Pierre vous a sanctifiés; rappelez - vous que notre prédécesseur de pieuse mémoire, le seigneur pape Etienne , défendit à votre glorieux père de se séparer jamais de la dame votre mère, et que lui, en roi très- chrétien , s'est soumis à cet ordre salutaire.
1 « Etenim milissimi et a Deo instituti benignissimi reges, jam Dei volunlate et consilio conjugio legitimo ex prœceptione genitoris veslri copulati estis , accipientes de eadem vestra patria pulcherrimas conjuges. » [Stephan. III , papœ, Episl., ap. D. Bouquet, t. V, p. 542. )
« N'oubliez pas que vous avez juré à saint Pierre, en la personne de ses vicaires, d'avoir pour amis nos amis et pour ennemis nos ennemis. Comment , maintenant , sans violer vos promesses , pourriez -vous faire alliance avec ces parjures Langobards, toujours animés contre FEglise de Dieu, envahisseurs de notre province de Rome et nos ennemis acharnés? Souvenez -vous de la réponse de votre père à l'empereur Constantin Copronyme, qui lui demandait pour son fils la main de votre sœur, la très- noble Gisèle. Il déclara que votre famille ne s'unissait pas aux nations étrangères, et qu'elle ne faisait rien contre la volonté du siège apostolique,
« Pourquoi vous , au rebours des exemples paternels , agiriez-vous contrairement aux désirs du vicaire du Prince des apôtres? Souvenez -vous que votre glorieux père, s'engageant en votre nom, promit à notre prédécesseur que vous garderiez fidélité à la sainte Eglise et obéissance à ses pontifes. Vous-mêmes, vous avez plusieurs fois, par ambassades et par lettres , ratifié et renouvelé ces promesses de votre père , et notre fidèle nomenclateur Sergius nous apportait encore naguère vos déclarations explicites dans le môme sens. -
«... Aussi le bienheureux Pierre, Prince des apôtres, gardien des clefs du royaume des cieux et investi du pouvoir de lier et de délier au ciel et sur la terre, adjure Vos Excellences, par la voix de notre misère et par celle de tous les évêques , prêtres , clercs, abbés et rehgieux de notre sainte Église, unis aux grands, aux magistrats et à tout notre peuple de Rome , au nom du Dieu vivant et véritable, juge des vivants et des morts, par la terreur du dernier jugement, par tous les divins mystères, par le corps sacré de saint Pierre, que vous n'épousiez, ni l'un ni l'autre, la fille de Desiderius, roi des Langobards , et que votre noble sœur Gisèle ne soit pas non plus livrée au fils de ce Desiderius...
« Nous vous adressons cette lettre d'exhortation , arrosée