‹ CharlemagneChapitre 79 sur 236 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de nos larmes, après l'avoir déposée sur la Confession de saint Pierre et y avoir offert le saint sacrifice. Et si l'un de vous, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la témérité de passer outre à nos défenses , qu'il sache que, par l'autorité de mon seigneur Pierre, Prince des apôtres, il sera frappé d'anathème, rejeté de la présence de Dieu et voué aux flammes éternelles, avec le démon, au milieu de ses pompes exécrables et dans la société des impies. Au contraire , en observant et en gardant nos commandements, les bénédictions de Dieu embelliront votre vie, et vous mériterez de jouir des récompenses éternelles avec tous les saints et les élus^ »

Dans quelle mesure le pontife céda-t-il aux instances de la reine mère? Aucun document historique ne fait connaître les détails et les résultats de cette entrevue. Mais il paraît certain qu'elle produisit quelque apaisement dans la querelle des Romains et des Langobards. On voit, en effet, Desiderius effectuer, à cette époque, de nombreuses restitutions qu'il avait jusque-là refusées^. Bertrade obtint-elle à ce prix l'adhésion formelle d'Etienne à ses plans de mariages? La lumière manque sur ce point intéressant. Toujours est- il que, si elle n'avait pas réussi à faire lever les interdictions ecclésiastiques annoncées à la fm de la lettre apostohque citée plus haut, elle les brava. Car, s'étant rendue à Pavie et y ayant conclu le traité d'alliance offensive et défensive sur lequel elle fondait tant d'espérances et dont une des clauses stipulait l'inviolabilité du territoire pontifical, elle emmena avec elle en Gaule la princesse Desiderata pour en faire sa bru.

C'est à son fils aîné , Charles , qu'elle destinait cette épouse si laborieusement conquise. Carloman , du reste, était marié

1 Slephan. III, papœ, Episl., ap. D. Bouquet,- t. V, p. 542.

2 Darras, Hist. génér. de l'Église, t. XVII, ch. v, p. 437.

à cette époque , on en a la preuve certaine , avec une femme de race franke, nommée Gerberge, qui, précisément en ce temps-là, lui donnait un fils. Le pape, dans une lettre adressée en 770 au roi de Neustrie, accepte et réclame même le titre de parrain du nouveau -né ^ Une telle démarche, à défaut de renseignements positifs, tend à démontrer qu'Adrien n'était point revenu de ses sentiments d'opposition aux mariages langobards, et que, Charles ayant enfreint ses défenses , il adoptait la famille de son frère cadet.

Mais, avant d'envisager ces conséquences lointaines de l'union de Charles avec Desiderata , il se présente à examiner une question bien autrement grave et, par malheur, à peu près insoluble : c'est de savoir si ce jeune roi était encore, en 770, libre de contracter un mariage. Non, si l'on s'en tient à l'interprétation communément admise du passage de la lettre pontificale relatif aux belles jeunes filles de race franke avec lesquelles les deux fils de Pépin auraient formé des liens légitimes [legitimo conjugio copulati estis) du vivant et par la volonté du roi leur père. Il semble bien difficile de ne pas voir dans ces paroles la preuve d'un mariage véritable, et l'on ne comprendrait guère, du reste, qu'un prince frank eût gardé le célibat jusqu'à vingt -huit ans. Carloman, mort à vingt et un ans, avait déjà deux fils, et cette paternité précoce était tout à fait dans les mœurs du temps. On connaît la femme franke de Carloman ; les historiens la nomment Gerberge. Ils ne fournissent pas d'indication aussi précise en ce qui concerne Charlemagne. Il est bien avéré qu'il avait un fils né avant son avènement au trône ^ et dont la mère, aussi de race franke, s'appelait Himiltrude; mais cette Himiltrude passe généralement, sur des témoignages plus ou moins vagues des chroniques conteni-

1 Slephan. III , papce , Epist., ap. D. Bouquet, t. V. p. M\. ♦ Vid. D. Bouquet, t. V, p. 97, n.

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