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CHAPITRE IV

ment par Charlemagne , en 771, avec Hildegarde, fille d'un comte alleman ou suève. Cette hypothèse est celle de la mort d'Himiltrude, en cette même année 770, postérieurement à la lettre du pape, mais avant que l'Eglise fût appelée à bénir une seconde union de son mari.

Cette seconde union fut- elle consacrée en 770 en faveur de la fille de Desiderius, ou Himiltrude ne fut-elle réellement remplacée que par Hildegarde, dont le mariage suivit de près la rupture de Charles avec la princesse langobarde? Ce point, impossible à éclaircir, est d'ailleurs de peu d'importance. Le roi renvoya au bout de quelques mois Desiderata, qui ne lui avait jamais plu, « et dont, dit le chroniqueur, il ne se préoccupa jamais plus que d'une morte, pour le motif qu'elle était d'une santé chétive et jugée incapable d'avoir des enfants ^ » Fiancée ou épouse, la constitution maladive et la stérilité reconnue de Desiderata était un cas légal de séparation , et FÉglise , opposée dès le début à cette alliance, n'eut alors pas plus de droit que dïntérèt à couvrir de sa sanction la validité d'un lien ainsi frappé de nullité.

Des deux mariages qui devaient cimenter l'union francolangobarde, et que le pape avait également interdits l'un et l'autre sous peine d'anathème, aucun ne se réalisa. Gisèle n'épousa point Adelgis, peut-être à cause de la brouille des deux cours que provoqua la répudiation de Desiderata. Renonçant de bonne heure au monde, la fille de Pépin prit le voile au monastère de Chelles, dont plus tard elle devint abbesse.

L'échec de cette combinaison malencontreuse ruina l'influence politique de la reine Bertrade. Ce fut la seule circonstance , dit Eginhard , où un désaccord éclata entre Charlemagne et sa mère^ Mais ce désaccord mit fin à une

1 Monach. Sangall., de Gesiis Caroli Magni, lib. II, cap. xxvi. • 2 Eginh. Vita Karoli Magni, cap. viii.

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situation équivoque, où les devoirs du roi étaient chaque jour exposés à se confondre, au détriment de l'intérêt public, ou à lutter, malgré la voix de la nature, avec les sentiments du fils. Charles s'affranchit tout à fait de la tutelle gouvernementale do sa mère, officiellement consacrée jusque-là par l'association du nom de Bertrade à celui de son fils dans les documents de chancellerie. Le jeune prince ne voulut plus régner que « par la grâce de Dieu », et telle est la formule qu'il adopta dans ses protocoles, où son nom seul figura désormais avec le titre royal.

La mort de Caiioman, arrivant sur ces entrefaites, fit disparaître l'unique obstacle qui pouvait gêner encore la naissante ambition de Charlemagne et l'essor de son génie. Le second fils de Bertrade mourut le 4 décembre 771 , à Samoucy, dans le Laonnois. L'aîné, en apprenant cette nouvelle, accourut à sa métairie de Corbeny, aux frontières du diocèse de Reims et de la province d'Austrasie, pour recevoir la part d'héritage que cet événement lui rendait. Pépin, on se le rappelle, rompant avec les traditions mérovingiennes, avait partagé entre ses deux successeurs, agréés parles leudes, non pas le territoire, mais l'administration de l'empire frank. Le décès de l'un conférait de plein droit au survivant l'autorité tout entière. Ainsi le comprirent les fidèles de Carloman, qui, à la suite de l'archichapelain Fulrad, abbé de Saint -Denis, et des comtes Varin et Adalhard , s'empressèrent de venir reconnaître les droits du chef unique de la monarchie ^

Les enfants de Carloman, Siagrius et Pépin, encore au berceau, n'avaient aucun titre à l'héritage politique de leur père. Ni le principe national et absolu de la capacité, incompatible avec la faiblesse de leur âge, ni la cérémonie du sacre, devenue la source de la souveraineté pour la dynastie carolingienne, n'autorisaient la revendication d'un

1 Eginh. Annales j ann. 771.

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