‹ CharlemagneChapitre 83 sur 236 · DESTRUCTION · texte numérisé non relu

DESTRUCTION

UAND, à la fin de l'année 771, Charlemagne , selon l'expression des Annales de Metz. « prit heureusement en mains le gouvernement de toute la monarchie franke, » les Etats réunis sous son sceptre et soumis à la législation de ses capitulaires comprenaient dans son entier la France des temps modernes. Le royaume carolingien était arrivé enfin à confondre ses limites avec celles de la vieille Gaule. Du Rhin aux Pyrénées et des Alpes à l'Océan , l'ère de la conquête

Fia. 38. - Bibl. nationale, Lat. 257, C 96. ( ix= siècle.)

militaire était clos* Qt riinion politique des races était fondée par l'épée. Il appartenait au nouveau règne de raffermir.

Malgré les grands résultats obtenus, et même pour assurer ces résultats, la guerre s'imposait encore au vaillant fils de Pépin. La mission des Carolingiens fut, en effet, de combattre sans relâche pour la paix future de la chrétienté. Le peuple gallo-frank était l'armée de la civilisation : c'est dans les camps et par la discipline que devait s'opérer d'abord le mélange de ses éléments divers et se former son individualité nationale.

En somme, le seul progrès réalisé depuis la chute des Mérovingiens, progrès immense, il est vrai, dans ses conséquences, c'était la réunion en un solide faisceau de toutes les forces de la civilisation. Mais la civilisation avait toujours en présence les mêmes ennemis, moins accablés qu'irrités par leurs revers successifs. La double barbarie germanique et musulmane n'avait pas cessé de menacer le repos et les destinées du monde occidental. Heureusement ces deux puissances formidables ne pouvaient, quant à présent, agir de concert. L'islamisme, en proie à ses luttes intestines, se trouvait momentanément hors de cause. Le califat ommiade de Cordoue, loin d'être en mesure d'inquiéter la Gaule, avait assez à faire de se défendre contre la dynastie abbasside, triomphante dans tout l'Orient. Néanmoins il y avait à la fois honte et danger pour le petit- fils de Charles- Martel, pour le monarque qui s'intitulait trèsclirélien, à souffrir en deçà des mers, aux portes mêmes de ses Etats, la domination des disciples du Coran.

Du coté de la Germanie, le péril se dressait immédiat et multiple. A part l'Allemanie et la Bavière, qui vivaient en quelque sorte dans la sphère morale de la France, toutes les autres branches de la famille teutonique, aux divers degrés de culture où elles étaient arrivées, s'inspiraient d'un même principe ou plutôt d'un même instinct : la haine

Page 1