CHAPITRE V
de Rome et la haine des Franks, propagateurs de l'influence romaine. Des rives de TOder à celles du Pô , chez les Saxons sauvages et chez les rusés Langobards, l'esprit germanique suivait ainsi sa pente, au rebours des lois du développement des sociétés modernes. Il fallait, dans l'intérêt du monde, dompter cette force hostile , la plier à la direction de l'idée chrétienne, et, partout où elle s'y montrerait obstinément rebelle, il fallait la supprimer.
Pour les Langobards, qui n'étaient entrés dans le sein de la catholicité qu'afm de la déchirer plus à Taise, l'heure de la crise suprême était proche. En ce temps -là même Desiderius, par une politique tout à la fois perfide et provocatrice, semblait vouloir hâter et justifier d'avance l'arrêt sévère qui allait bientôt effacer son royaume du nombre des États indépendants. Sans cesse en butte aux tracasseries, aux violences de cet homme fatal, le pape Etienne III mourut à la peine après trois ans et demi de pontificat (l'^'" février 772). Adrien 1"% noble romain, lui succéda huit jours après (9 février). « Le roi langobard, dit Anastase, s'empressa d'envoyer des ambassadeurs exprimer au nouveau pape son intention de vivre avec lui dans une étroite ahiance. « Moi aussi, je veux, répondit le très -bienheureux pontife, conserver la paix avec tous les chrétiens; je serai constamment fidèle aux traités conclus avec votre roi Desiderius, et je m'attacherai à maintenir l'alhance entre les Romains, les Franks et les Langobards. »
Un tel programme ne faisait pas le compte de l'insidieux monarque. La France d'abord y était de trop. Quant aux traités pris pour base des rapports entre les deux cours italiennes, le seul dont il eût à cœur l'exécution ne figurait justement point dans les archives de Latran. C'était cette prétendue convention verbale, aux termes de laquefle Christophe et Sergius se seraient engagés, au nom du sainlsiége, à payer d'une indemnité considérable son concours au renversement de l'antipape Constantin. On sait de reste
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si ce concours, qui avait abouti à la tentative d'intrusion du moine Philippe, méritait la reconnaissance de la papauté restaurée. Dans tous les cas, les négociateurs avaient toujours nié la clause pécuniaire. Leurs dénégations à ce sujet et le refus d'Etienne III de ratifier le marché de condotliere invoqué par Desiderius, avaient poussé ce dernier aux atroces représailles qu'on a racontées plus haut. La violence ne lui ayant rapporté aucun profit , il voulait essayer de la ruse vis-à-vis d'Adrien. De là ces doucereuses avances.
Le premier point à gagner pour lui, c'était d'empêcher l'intervention de Charlemagne dans les affaires d'Italie, soit en lui créant d'assez graves embarras dans son propre royaume, soit, par quelque tortueuse pratique, en le brouillant avec le pape. Il savait qu'il aurait bon marché de la république romaine quand elle serait réduite à ses seules ressources. Aussi, le récent affront fait à sa fille ajoutant le stimulant de la vengeance personnelle aux calculs de l'intérêt pohtique, s'attachait-il avec passion et sans mystère à tous les projets de démembrement de la trop puissante monarchie transalpine. La cour de Pavie était le rendez -vous naturel , le centre de ralliement et le foyer d'intrigues de tous les ennemis du trône carolingien. Hunald, le vieux duc dépossédé d'Aquitaine , échappé à la surveillance évidemment peu rigoureuse de son jeune vainqueur, y était déjà réfugié, lorsque la veuve et les fils de Carloman, avec leur cortège d'exilés volontaires, y vinrent à leur tour chercher asile.
Qu'une circonstance adroitement exploitée permît d'exciter en faveur de ces princes déchus ou le patriotisme vivace et turbulent des Aquitains, ou la fierté ombrageuse des leudes de Neustrie, Charlemagne, semblait- il, aurait bien assez à faire de se défendre contre les deux tiers peut-être de ses sujets, et force lui serait d'abandonner l'État pontifical à la merci de son ambitieux voisin. Desiderius, qui ne recevait
XVII" SIECLE — ECOLE FRANÇAISE
« La Religion et la Patrie soutiennent un médaillon qui reproduit les traits de Charlemagne empereur. » — Œuvre de Charles Lebrun pour le frontispice des Capiiulaires de Baluze.