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CHAPITRE V

habitants, hommes, femmes, vieillards et enfants, étaient occupés aux travaux de la moisson. Les soldats de Desiderius massacrèrent tout, pillèrent la ville déserte et y mirent le feu'. » Le flot dévastateur s'avança rapidement jusqu'aux limites du duché de Rome.

Une telle violation du droit des gens, après tant d'autres preuves de duphcité, n'était certes pas faite pour diminuer les légitimes défiances du souverain pontife au sujet de la conférence. Toutefois , il n'en repoussait pas l'idée d'une manière absolue. Il se bornait à réclamer quelques garanties indispensables et propres à sauvegarder non pas même la sûreté de sa personne , mais la dignité de son rôle : « Que votre maître, disait-il aux négociateurs langobards , commence seulement par donner en ma personne satisfaction au bienheureux Pierre. Si vous me jurez en son nom, devant le Dieu tout-puissant qui nous voit et nous jugera un jour, que Desiderius est prêt à remettre en mes mains les villes et territoires qu'il vient d'envahir, dites -lui que je consens à avoir avec lui une entrevue, soit à Pavie, soit à Pérouse ou même à Rome, dans le lieu enfin qui lui conviendra. S'il doute de ma parole, dites-lui que je l'autorise à réoccuper toutes les provinces usurpées dans le cas où , après qu'il me les aurait fait rendre, je refuserais de m'aboucher avec lui. Mais s'il ne fait d'abord cette restitution, il ne verra jamais ma face. Je vais lui envoyer de nouveaux délégués entre les mains desquels il remettra les cités et les forteresses appartenant au saint -siège, et, cette remise effectuée, j'irai le trouver en personne au lieu qu'il fixerai »

Desiderius accueillit la députation porteuse de cette réponse avec un torrent d'injures et de menaces. Ce qu'il voulait du pape, ce n'était pas des raisons, mais des concessions. Aussi, coupant court à des pourparlers où les faux-fuyants n'étaient

t Anast. Lib. Pontifie, cité ap. Darras, Hist. génér. de l'Église, t. XVII, ch. VI, p. 454.

i Id., ibid., p. 4S5.

plus possibles, il déclara brutalement sa résolution d'aller à Rome même dicter ses volontés à Adrien.

Déjà Tarmée d'invasion était tout organisée. Le roi, qui la commandait avec son fds Adelgis, avait à son quartier la veuve de Garloman accompagnée de son conseiller le duc Otker et des deux petits orphelins, dont le sacre était le prétexte et devait être le couronnement de cette levée de boucliers. Ainsi les arrière -pensées de Desiderius se démasquaient: il s'agissait avant tout d'une revanche contre la France, et, en assiégeant Rome, c'était Charlemagne qu'il attaquait.

« A l'annonce de cette marche, raconte Anastase, le trèssaint pontife et son peuple, fondant en larmes, implorent le secours du Ciel. On prend en hûte toutes les mesures nécessaires à la défense ; les portes de la ville sont fermées et les remparts soigneusement fortifiés. Appelant aux armes les milices de Toscane, de Campanie et du duché de Pérouse, le pape leur fait jurer de défendre la ville sainte jusqu'à la mort. Comme les deux basiliques de Saint-Pierre et de Saint- Paul, situées en dehors de l'enceinte fortifiée, devaient se trouver à la merci de l'ennemi , on les démeubla : tout ce qu'elles avaient de précieux, ornements et vases sacrés, fut emporté à l'intérieur de la ville. Ensuite on barricada en dedans les portes des deux églises, afin que l'assaillant ne pût s'y introduire sans effraction et sans encourir, par conséquent, les anathèmes canoniques. Dès le premier moment d'angoisse, des nonces étaient partis par la voie de mer, portant au très- excellent Charles, roi des Franks et patrice des Romains, des lettres apostoliques, où le pape conjurait Sa royale Excellence de marcher sur les traces de son père Pépin, d'illustre mémoire, en secourant les provinces de Ravenne et de Rome, et en délivrant le saint- siège de la tyrannie langobarde '. »

1 Anast. Lib. Pontifie, cité ap. Darras, Hisl. génér de l'Eglise, l. XVII, ch. VI, p. 456.

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