CHAPITRE V 18S
Un retranchement muni de palissades (pfahlen) enveloppait seulement, par delà les marches vagues, le territoire de chacune des trois confédérations du peuple saxon. Ceux qui avaient franchi les premiers le Weser et occupé le campement primitif des Franks , se trouvant limités par le retranchement occidental {west-pfahl), s'appelaient pour cette raison Westphaliens. Au contraire, les tribus restées à l'extrémité orientale formaient le groupe ostphalien. Le cours du Weser arrosait la région du milieu ou Angrie (Angria), dont les habitants sont appelés par nos historiens Angriens ou Angrivares.
Jaloux de leur indépendance barbare, les Saxons n'avaient pas et n'auraient pu souffrir de gouvernement central permanent. Les confédérations dont on vient de parler étaient elles-mêmes des corps pohtiques trop vastes pour entrer dans un système administratif général. Seul, le canton ou gau, groupe de familles analogue au pagus de la Gaule franke, avait son organisation et ses magistrats. Un péril commun amenait l'association passagère de plusieurs cantons; mais il ne fallait rien moins qu'un intérêt national du premier ordre pour éveiller entre toutes les parties de la Saxe le sentiment de la solidarité et les déterminer à se donner un chef unique et suprême.
Cette sorte de centralisation de l'autorité, dont on ne connaît pas d'exemples certains pour les temps antérieurs, devint souvent nécessaire lorsque la puissance franke, consolidée sur le sol roman , se fut retournée tout entière contre ses adversaires du Nord. L'institution paraît même avoir été déjà régularisée à l'époque des Carolingiens. Alors, chaque année, les députés des cantons se réunissaient au cœur du pays, dans la plaine de Marklo, près du Weser, pour délibérer sur les intérêts généraux, et éhre, quand il y avait lieu, le grand conducteur du peuple {Herethog)^
1 Ozanam , 1. c. Zeller, Hist. d'Allemagne, t. I , ch. vu.
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Dans cette lutte , où la vieille Germanie stationnaire soutint , après les avoir longtemps provoquées , les représailles terribles des Franks, et finit par subir le joug de ses propres enfants, qu'elle avait jadis envoyés pour détruire Rome, et qui, eux-mêmes conquis par Rome, par la Rome chrétienne, combattaient maintenant sous sa bannière, ce serait se tromper gravement que d'attribuer le rôle d'agresseurs aux champions de la civilisation. Après comme avant la chute de l'empire, les bandes teutoniques n'avaient pas cessé de venir butiner en toutes occasions favorables sur la rive gauche du Rhin. Sous ce rapport, le royaume frank d'Austrasie ne fut pas mieux traité que ne l'avait été la Gaule romaine, et les soldats mérovingiens, comme les anciens légionnaires de l'empire, mais avec plus de succès, se bornèrent à la défensive. Les récits héroïques des Nehelungen sont d'accord avec les témoignages précis des chroniques, quand ils peignent cette vieille hostilité des Saxons contre les Franks. « Les Saxons, raconte la tradition épique, étaient toujours prêts à rassembler une armée de pillards pour passer le Rhin, harceler les burgs et la plaine, fracasser les casques et les boucliers des ennemis et remporter des charges de butin. Ils ne se montraient disposés à renoncer à ces incursions que moyennant de riches présents ^ »
Le vieux poëte national des Allemands, ménageant l'orgueil de ses compatriotes en même temps qu'il signale un des traits de leur caractère qui les honore le moins, commet ici une réticence à laquelle l'histoire a suppléé. C'est que si, dès les temps les plus reculés, les ravageurs d'outre-Rhin avaient un penchant naturel à se faire acheter chèrement des traités de paix qu'ils violaient sans scrupule , en fait , le sort des batailles fut toujours contraire à cette prétention. Invariablement refoulés et poursuivis jusque dans leurs sauvages retraites après chaque tentative d'invasion, on les
1 Ap. Zeller, 1. c, p. 426 et 427.