CHAPITRE V
pire en soumettant la Saxe, comme tout le reste de la Germanie, aux lois de l'Evangile. Deux ans auparavant, il avait recherché dans de longues conférences avec saint Sturm, évêque de Fulda , les moyens de réaliser pacifiquement cette conquête'. A Fannonce du nouveau crime des Saxons, il se décida pour le plus prompt et le plus sûr des moyens de propagande : la guerre. Il tira son épée contre ce dernier repaire de la barbarie, résolu de ne la remettre au fourreau qu'après que l'œuvre civilisatrice serait accomplie. Toutefois il ne voulait pas seulement vaincre, mais éclairer. « Ayant donc pris conseil des serviteurs de Dieu et invoqué le nom du Sauveur, il adjoignit à ses troupes tous les prêtres, abbés, docteurs et ministres de la foi les plus capables de faire accepter par ce peuple le joug suave et léger du Christ. »
Du premier coup, le théâtre de la lutte fut porté jusqu'au cœur du pays ennemi. L'armée franke, ayant passé le PJiin près de Mayence, traversa la Westphalie au pas de course et descendit dans le bassin du Weser jusqu'à la Diemel, un de ses affluents. C'est là que le rempart naturel d'une croupe montagneuse, l'Eggebirge, fortifiée encore par la citadelle d'Heresburg, défendait l'entrée du mystérieux sanctuaire de rirmensul. La forteresse est prise d'assaut; les soldats s'enfoncent dans la forêt et passent trois jours à détruire l'idole tutélaire de la Germanie païenne , à piller les immenses trésors enfouis à ses pieds et à incendier le bois sacré. Un ciel d'été, sans nuage, pesait sur les ardents ouvriers de cette ruine et commençait à leur faire endurer les tourments de la soif. Soudain le lit desséché d'un torrent, — sans doute la fontaine intermittente de Bullerborn, — se remplit d'une eau vive, et, tout joyeux, ils saluent ce secours comme un miracle du Dieu dont ils viennent de venger la causée
1 s. Eigil. abbat. Fuldens. Vita S. Siurmii.
2 Annales Eginh., ann. 772.
Le roi dirigea alors sa marche vers le Nord ; mais les Saxons n'osèrent nulle part lui tenir tête. Arrivé au bord du Weser, il rencontra leurs députés, qui lui livrèrent douze otages et se soumirent à toutes ses conditions. Il se contenta de leurs promesses et se retira sans prendre d'autre garantie, persuadé que la rude leçon qu'il venait de leur donner les maintiendrait dans le devoir et protégerait, au sein de ce pays terrifié , la prédication évangélique.
Il revint se reposer de cette laborieuse campagne à Ileristal et y demeura jusqu'à Noël. Puis, se rapprochant du centre de son royaume, il alla s'établir, pour y passer l'hiver, à Thionville. C'est là que les légats d'Adrien vinrent lui apprendre le péril du saint-siége.
Au retour de l'expédition de Saxe, de fausses rumeurs lui avaient fait croire que le conflit italien était apaisé. L'adroit Langobard avait, en effet, réussi à répandre le bruit en deçà des monts qu'il avait opéré toutes les restitutions réclamées par le pape. Charles pensait donc n'avoir pas de suite à donner à la demande de secours qu'il avait reçue d'Adrien l'année précédente, quand l'ambassade partie de Rome au moment de la mise de celte ville en état de siège arriva tout à coup à Thionville, après avoir traversé à franc étrier toute la Gaule depuis Marseille.
Il n'y avait pas un instant à perdre pour sauver la capitale de la papauté. Néanmoins, avant d'engager une lutte dont l'issue n'était pas douteuse, mais oi^i, assuré de vaincre, il se voyait d'avance obhgé de pousser jusqu'au bout les conséquences de la victoire et d'en finir avec cette monarchie langobarde, cause perpétuelle des troubles de l'Occident chrétien, Charles voulut épuiser toutes les voies d'ac-