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CHAPITRE V

commodément. Dédaignant, du reste, son injure personnelle et l'appui donné, à Pavie, aux partisans de la restauration du trône de Garloman , il envoya proposer à Desiderius une transaction sur la question même des possessions pontificales séquestrées. Assez fort pour montrer de la condescendance sans être soupçonné d'hésitation, il essaya de calmer l'ambition du Langobard en désintéressant sa cupidité. Il lui offrit donc, en retour de l'abandon des places usurpées, la somme de 14,000 sous d'or (environ 1,260,000 francs de notre monnaie), montant de la prétendue créance dont ces places formaient le gage '.

Telles étaient les propositions que trois illustres personnages de la cour de France vinrent apporter à son camp au moment où il allait mettre le pied dans le duché de Rome. 11 était trop tard. Desiderius, plus aveugle encore qu'ambitieux, considéra que ce serait folie de céder à prix d'argent les riches provinces qu'il venait d'annexer à son royaume. Il refusa l'indemnité qui avait servi de prétexte à la guerre. L'incident eut du moinfe l'avantage d'arrêter l'invasion du duché. Use replia aussitôt vers les Alpes au-devant de l'armée franke, car il ne doutait pas du résultat de sa réponse. Mais l'exemple de son prédécesseur ne l'avait pas éclairé. Il se flattait de barrer le passage, dans les défilés des montagnes, aux bataillons carolingiens.

Toute la belle saison avait été employée à ces négociations inutiles. Mais Charles ne recula pas devant les difficultés d'une marche d'automne à travers les neiges des Alpes. Il publia le ban de guerre , et le mallum national , réuni à Genève, dans la Bourgogne transjurane, approuva l'entrée en campagne immédiate. Charles divisa l'armée expéditionnaire en deux corps, dont l'un, sous les ordres de son oncle, le comte Bernard, fils naturel de Charles-Martel, se dirigea

1 Anast. Lib. Pontifie, cité ap. Darras, Hist. génér. de l'Église, t. XVII, ch. VI, p. 457.

sur rilalie par le Valais et le mont Joux (grand Saint -Bernard), tandis qu'à la tète de l'autre le jeune roi descendit en Savoie pour franchir les gorges du mont Cenis , premier théâtre de ses débuts, dix- huit ans plus tôt, dans la carrière militaire.

C'est là encore que les Langobards, comme au temps d'Aistulf, avaient concentré tous leurs moyens de résistance. Leur tactique était toujours la même : des entassements de rochers, des palissades, des abatis d'arbres coupaient les défilés. L'armée que Desiderius commandait en personne se tenait derrière ces ouvrages, comptant sur la rigueur de l'hiver pour empêcher les assaillants de renouveler cette fois la manœuvre de Pépin et de tenter l'escalade des hauts sommets couverts de neige. Les Franks, en effet, après avoir sondé les obstacles, bivouaquèrent sans les attaquer et en donnant des signes d'hésitation et d'inquiétude. Charles, comme s'il eût reconnu l'inutilité de ses efforts, parlementa. Deux fois ses hérauts parurent aux avant- postes ennemis, renouvelant au roi Desiderius , gonflé de ce premier succès , leurs offres d'indemnité qu'il n'eut garde d'accepter. Tout cela n'était qu'une feinte.

Pendant ce temps, le corps de Bernard, ayant débouché sans obstacle dans le val d'Aoste, opérait le long de la Doire un mouvement tournant dans la direction de Suse. Encore quelques jours à peine , et les Langobards , acculés à leurs propres retranchements, prisonniers entre les flancs escarpés des glaciers, allaient être réduits ou à capituler en masse ou à se faire écraser sous le tir croisé des projectiles ennemis. Ils virent à temps le péril; mais, n'osant risquer la bataille en rase campagne, ils se débandèrent comme des vaincus et coururent chercher un abri derrière les remparts des villes. Desiderius rallia à grand'peine quelques débris, avec lesquels il se jeta dans sa capitale consternée et livrée ainsi sans combat à tous les hasards et à toutes les misères d'un siège. Adelgis, qui avait donné le signal de la déroute, entraîna

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