CHAPITRE V
armée de siège quelques troupes d'élite avec lesquelles il courut abattre ce second boulevard de la résistance, plus inquiétant que Pavie, puisque l'Adige mettait directement Vérone en communication, par l'Adriatique, avec l'empire grec. Adelgis, surpris plus tôt sans doute qu'il n'avait espéré, n'essaya pas de soutenir un siège. A l'approche des Franks, il s'enfuit môme de la ville ; et, comme le cours du fleuve était déjà gardé, il ne parvint qu'à grand'peine à gagner, par terre , les côtes de la Ligurie. Il arriva néanmoins sain et sauf à Pise, où il s'embarqua pour Constantinople '. L'alliance était naturelle, et la cause devenait commune, après de si longues rivalités, entre les deux puissances langobarde et byzantine, victimes l'une et l'autre de la même catastrophe pour avoir violé les droits du saint -siège et méconnu les destinées de l'Italie. Vérone, abandonnée à elle-même, se rendit sur-le-champ. Gerberge et les compagnons de son exil, qui n'avaient pu partager les périls de la fuite d' Adelgis, durent se remettre à la discrétion du vainqueur, et dès lors on ne retrouve plus leur trace dans l'histoire ^
Le siège ou plutôt le blocus de Pavie durait depuis six mois sans péripéties, lorsque arriva la semaine sainte. Charlemagne résolut d'aller célébrer les fêtes de Pâques dans la capitale de la cathohcitè. « Il se mit en route, dit Anastase, avec un cortège d'évêques, d'abbés, de juges, de ducs et de comtes. Une troupe de cavaliers le suivait. Il traversa la province de Toscane à grandes journées, et le samedi saint il était aux portes de la basilique vaticane. La surprise, la joie
1 Theophan. Chronographia, ap. D. Bouquet, t. V, p. 189.
2 Plusieurs historiens modernes, entre autres Chateaubriand {Analyse raisonnée de l'hist. de France, p. 24) et Darras {Hist. génér. de VÉglise, t. XVII, ch. VI , p. 526 ) , veulent reconnaître un des fils de Carloman dans Siagrius ( saint Siacre), moine de Saint-Pons de Nice, devenu en 777 évêque de cette ville, et dont les actes ont été publiés par les BoUandistes [Acta SS., t. V, maii). Cette opinion est inadmissible. En effet , Carloman , mort en 771 , à 21 ans, aurait eu à peine lui-même , en 777, l'âge exigé pour i'épiscopat , et l'aîné de ses fils ne pouvait être encore à cette époque qu'un tout petit enfant.
du très -bienheureux pape Adrien, en apprenant la prochaine arrivée du héros frank , ne peuvent se décrire. Il envoya au-devant de lui le corps de la milice romaine jusqu'à Novi , à une distance de trente milles. Toutes les corporations populaires [scholœ) de la cité , sous la conduite de leurs tribuns (magistri), vinrent aussi à un mille de Rome se présenter au roi , en portant des palmes et en faisant retentir l'air d'hymnes d'allégresse et d'acclamations triomphales. EHes étaient suivies du clergé et des fidèles des diverses paroisses, que guidaient les croix processionnelles, réservées aux réceptions officielles des patrices. A l'aspect des croix , Charlemagne descendit de cheval , ainsi que toute son escorte, et fit à pied le reste du chemin. Le souverain pontife , entouré de son sénat sacerdotal , attendait le roi au haut du portique de Saint- Pierre. Charlemagne voulut monter à genoux les degrés de la basiUque , en les baisant l'un après l'autre. Ce fut ainsi qu'il arriva près du bienheureux pape. Ils se saluèrent en s'embrassant , et le roi très-chrétien , Charles , tenant la main droite du pontife , entra dans le temple vénérable de saint Pierre, prince des apôtres, pendant que le clergé, les religieux et la foule entière chantaient ces paroles prophétiques : Benedicius qui venit in nomine Domini. Après leur roi, les abbés, ducs, juges et comtes franks se prosternèrent devant fautel de la Confession de saint Pierre, louant Dieu et proclamant à haute voix qu'ils devaient uniquement à l'intervention du Prince des apôtres leur victoire sur les Langobards. Le très-saint pape et le très -excellent roi se jurèrent mutuellement alliance et fidélité sur le corps du Prince des apôtres. Ils firent ensuite leur entrée solennelle à Rome et se rendirent à la basilique du Sauveur, au Latran, où ils passèrent ensemble la journée du samedi saint'. »
1 Anast. Lib. Pontifie. , cilé ap. Darras, Ilisl. gêner, de V Église, t. XVll, oh. VI, p. 459.
XVIII'^ SIÈCLE — ÉCOLE FRANÇAISE
(( Charlemagne, » tableau allégorique par Charles Nicolas Cochin (171S-1790). — "Œuvre conçue dans le goût précieux et maniéré de cette époque de décadence, et que l'on reproduit vniquement à l'effet de montrer comment tous les siècles ont artistiquement compris la figure du grand empereur. — D'après une gravure conservée au cabinet des estampes, à la Bibliothèque nationale.
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