‹ CharlemagneChapitre 97 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

C'était la première fois qu'un roi frank, qu'un fils de ces barbares destructeurs de son ancien empire, paraissait dans la Ville éternelle. On vient de voir comment il s'y présentait. On put mesurer alors quelle révolution était en train de s'accomplir dans le monde occidental , et quel chemin la famille carolingienne avait fait faire aux jeunes nations à peine entrées dans la civilisation chrétienne, quand on vit l'héroïque héritier de la gloire de Charles-Martel et de Pépin, déjà illustre lui-même, à trente-deux ans, par trois grandes campagnes victorieuses, assister comme le plus humble fils de l'Eghse à toutes les cérémonies pascales , suivre , confondu dans la foule, les stations aux principaux sanctuaires, telles que le rituel romain les règle encore de nos jours en cette solennité; puis, le lendemain, revêtu du laticlave et des insignes du patriciat, s'acquitter des devoirs de cette charge conformément aux vieilles constitutions impériales , en siégeant au tribunal pour juger les causes des citoyens dont la protection lui était confiée. L'homme que les traditions de sa famille avaient préparé à un tel rôle et qui y apportait tant de zèle et de tact n'était , certes , à aucun degré le représentant des idées et des intérêts dont la Saxe, type fidèle de l'esprit germanique , s'inspirait encore à la même époque : c'est le monde latin qui pouvait saluer en Charlemagne son libérateur et son guide; la Germanie, involontairement subjuguée ou obstinément rebelle à sa domination, n'avait plus le droit de le revendiqu-er.

Le mercredi après Pâques , le jeune roi , qui était logé dans les dépendances du Vatican, y eut avec le pape une conférence politique. Il s'agissait, maintenant que la puissance langobarde était abattue, de mettre enfin à exécution la donation de Quierzy, rédigée vingt ans auparavant, au nom du roi Pépin et de ses fils , associés à sa royauté et à son patriciat. Charlemagne se fit lire la teneur de l'acte dont il se trouvait ainsi personnellement garant. Mais il ne se contenta pas de le ratifier. Il dicta à son chancelier Ithier, et

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confirma de son seing, une donation nouvelle, beaucoup plus ample que la première, et qui assurait au saint-siége, outre Texarchat et la Pentapole , les provinces de Parme, de Mantoue, de Venise et d'Istrie, les duchés de Spolète et de Béneîvent et Tîle de Corse. Le diplôme royal, signé sur l'autel de Saint -Pierre par tous les évêques, abbés, ducs et comtes de la suite de Gharlemagne , fut dressé en trois expéditions , dont Tune destinée aux archives de la chancellerie franke, une autre déposée à demeure sur le tombeau du Prince des apôtres, et la dernière insérée comme un texte public dans rÉvangéliaire , placé sur la Confession même, et que Ton faisait baiser aux pèlerins '.

Parmi les territoires nouveaux réunis par cet acte aux Etats de l'Eglise, il n'y avait guère que les provinces de Mantoue et de Parme sur lesquelles la dernière campagne eût donné à Charlemagne un droit de conquête. On verra comment la domination langobarde se perpétua encore quelque temps, même après la destruction du royaume, dans le duché de Bénévent. Quant à celui de Spolète, à l'île de Corse, à la Vénétie et à l'Istrie, l'acte de Charlemagne ne constituait pas, à proprement parler, une cession. Il ne faisait que confirmer une situation déjà légalement existante , ces cités s'étant d'elle-mêmes placées, depuis un demi-siècle, sous l'autorité du saint-siége, afin de se soustraire au joug des empereurs et des rois de Pavie. L'incorporation du duché de Spolète à la république pontificale , objet constant des vœux des habitants et déjà tentée plusieurs fois sans succès, avait enfin eu lieu d'une manière définitive, quelques mois auparavant, au moment oh l'approche des armées frankes avait attiré vers les Alpes toutes les forces de Desiderius. A la faveur de cette diversion, les habitants de Spolète et de Rieti s'étaient empressés de prêter serment de

< Anast. Lib. Pontifie, cité ap. Darras, Ilist. gcnér. de l'Eglise, t. XVII, ch. VI, p. 460,

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