‹ CharlemagneChapitre 98 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

fidélité entre les mains du pape Adrien , « et s'étaient fait couper la barbe et les cheveux à la mode romaine '. » Puis ils avaient élu un duc national, le noble Hildebrand, que le pape avait ratifié. Semblable accord, aussi spontanément conclu , avait antérieurement rattaché au saint - siège les peuples de la Vénétie et de l'Istrie. Ces exemples prouvent assez que la dépendance de la Corse avait une origine identique, bien que l'absence d'un titre positif à ce sujet ait donné prétexte à nombre d'auteurs de nier l'authenticité de la donation de 774 ^ La tendance des populations italiennes au fédéralisme a déjà été signalée plus haut. 11 n'avait fallu rien moins que les mesures les plus vexatoires du gouvernement de Pavie pour retenir dans l'obéissance les turbulentes cités de ses duchés. Les habitants de race latine reconnaissaient comme seul pouvoir national et légitime, dans toute retendue de la Péninsule, la papauté; leurs aspirations, leurs actes formels de soumission arrivaient de toutes parts au trône pontifical, justement autorisé, dès lors, à tenir pour un abus de la force l'exercice de la souveraineté langobarde dans les contrées qui s'étaient ainsi prononcées. Voilà pourquoi les historiens du temps , ceux de France aussi bien que ceux de Rome, sont unanimes à qualifier de restitutions les remises de territoires faites au saint-siége sous les auspices de Pépin et de son fils. Celui-ci , loin de faire une libéralité, n'eut donc qu'à proclamer le retour au gouvernement de leur choix des cités que son épée venait de délivrer de la tyrannie étrangère. Les fameuses donations de Quierzy et du Vatican sont œuvres de patrices romains, protecteurs de l'indépendance italienne, et non pas de rois franks conquérants et dispensateurs du sol italien.

Dans le court séjour de Chaiiemagne à Rome, sa grande

i Anast. Lib. Pontifie, cité ap. Darras, Hisl. génér. de l'Eglise, t. XVII, ch. VI, p. 458.

2 Voy. cette thèse développée ap. Gosselin, Pouvoir temporel du pape au moyen âge, p. 253.

àme se manifesta tout entière à l'œil clairvoyant d'Adrien, et le pontife eut en quelque sorte la vision prophétique de la destinée de son hôte. Il pressentit en lui le législateur, le conquérant et le restaurateur de l'unité politique des nations occidentales. Pour en marquer l'augure, il lui offrit le recueil des Canons de l'Eghse, dont il souhaitait que l'esprit servît de base à la réforme des vieux codes barbares, et sur la première page de ce livre il exprima ses sentiments affectueux et ses espérances magnifiques dans une ëpître en vers acrostiches, où il le proclame le digne fils d'une race prédestinée, le favori du Prince des apôtres, le champion privilégié de l'Eglise, appelé, en récompense de son dévouement, à dominer toutes les nations barbares, et sûr d'avoir toujours saint Pierre et saint Paul pour protecteurs dans les dangers de la guerre ^

Mais ce n'était pas seulement pour les œuvres de Tépée que le pape saluait dans le jeune roi des Franks un collaborateur de saint Pierre, c'était aussi pour l'organisation et le gouvernement temporel de la chrétienté. La pensée, la forme même de cette association des deux glaives, telle qu'elle fut réalisée quinze ans plus tard, se trouve déjà nettement indiquée dans une lettre qu'il lui écrivit en 776 , et oîi il disait : « Gomme au temps du bienheureux Sylvestre, la sainte Église de Dieu, catholique, apostolique et romaine fut élevée et exaltée par la munificence du très -pieux empereur Constantin le Grand, d'heureuse mémoire, qui l'a rendue puissante dans ces contrés d'Hespérie (Italie), ainsi, en ces temps heureux qui sont les vôtres et les miens, l'Église de Dieu et de saint Pierre sera élevée plus haut que jamais, afin que les nations qui auront vu ces choses s'écrient : Seigneur, sauvez le roi et exaucez -nous au jour où nous vous invoquerons ; car voici qu'un nouveau Constantin , empereur très -chrétien, a paru parmi nous-. »

1 Ap. D. Bouquet, t. V, p. 403.

2 Adrian. I , papœ, Epist., ap. D. Bouquet, l. V, p. S50,

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