‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 13 sur 89 · Ann. 800, page · texte numérisé non relu

Ann. 800, page

ET SA COUR. â7

éprouver leur doctrine, soit pour éclairer sa propre consciences soit enfin pour terminer par des explications publiques les différends qui menaçaient de troubler l'Église. On estime qu'il se montra dans toutes ces affaires prudent et subtil. On attribue même à la sagacité de son initiative l'beureusc conclusion des plus grandes controverses qui se sont élevées de son temps. Ne passe-t-il pas pour avoir corrigé de sa main et modifié dans quelques parties le traité d'Alcuin contre Félix d'Urgel? et n'est-ce pas à lui que revient l'honneur de la décision prise par le concile de Francfort dans l'affaire des images, décision modérée qui s'éloigne autant de la folie des iconolâtres que de la furie des iconoclastes? C'est, en effet, la doctrine des Livres Carolins. On a, nous le savons, contesté l'authenticité de ces livres : non-seulejncnt on n'a pas voulu qu'ils fussent de Charlemagne, on a même osé prétendre qu'ils avaient été fabriqués au xvi« siècle par quelque disciple de Calvin. Mais les disciples de Calvin n'étaient pas de si adroits faussaires. Les Livres Carolins ont été certainement composés par les ordres de Charlemagne, avec son concours, sous sa dictée * : il y a plus ; il s'est montré jaloux

1 . Voy. notamment les préambules des deux traités de Théodulfe De ordine baptismi et De spiritu sancto.

2. M. Ampère, Hist. littér. de la France avant le xu* siècle, tome III, page 53.

28 GHÂRLEMAGNE

d'en être nommé l'auteur et les a publiés sous sa responsabilité, comptant par eux arriver à la gloire des lettres. C'est ce que nous apprennent une lettre du pape Adrien accusant réception de l'envoi de ces livres, les actes du concile de 825, et le témoignage d'Hincmar*.

« Mais , conune le fait judicieusement observer M. Ampère , l'œuvre véritable du grand empereur ne se compose pas seulement des livres qu'il a écrits ou ordonné d'écrire ; elle se compose surtout des institutions qu'd a fondées , des écoles qu'il a ouvertes..., de tout ce qu'il a fait pour la civilisalion et les lumières, dans un temps de barbarie et de ténèbres -. »» Nous n'avons pas à rechercher bien loin les preuves du zèle qu'il mit à populariser les études libérales : ces preuves se rencontrent à chaque page dans le recueil de ses actes publics. Un chanoine de l'église de Paris , Jean de Launoy , a fait, sur les fondations littéraires de Charlemagne , un traité spécial où l'abondance des faits rend toute démonstration superflue'. Désigneronsnous avec ce docte chanoine, avec les auteurs de V Histoire littéraire de la France''^ toutes les écoles ouvertes, par ses conseils ou par ses ordres, au-

Page 1