De* faits et gestes de Charles le Grand , livre II
Z. OEuvres d*Éginhard publiées par M. Teulet , tome I, page 15.
yeux grands et vifs, le nez un peu long, de beaux cheveux blancs et la physionomie riante et agréable. Aussi régnait-il dans toute sa personne, soit qu*il fût debout, soit qu*il fût assis, un air de grandeur et de dignité; et, quoiqu'il eût le cou gros el court el le ventre proéminent, il était d'ailleurs si bien proportionné que ces défauts ne s'apercevaient pas. Sa démarehe était ferme et tout son extérieur pi-ésentait quelque chose de mâle; mais sa voix claire ne convenait pas parfaitement à sa taille'. » C'est l'historien qui vient de parler; mais son témoignage n'a pas fait autorité pour l'imposteur à qui nous devons la Chronique de Turpin. Celui-ci ne pouvait manquer d'exagérer les proportions du dessin tracé par Éginhard : il aurait cru parler avec irré\iérence de cet autre David (car Charlemagne aimait à éu*e appelé de ce nom), s'il ne lui avait pas au moins donné la taille de Goliath : » Il avait, dit-il, huit de ses pieds, et ses pieds étaient fort longs, scilicet qui erant longissimi. »» Devait-on hésiter un instant entre le témoignage précis d'Éginhard el le propos d'un charlatan pseudonyme ? Non, sans doute : cependant les rapsodes du xur siècle, les auteurs des légendes de la Table ronde , ont préféré le récit du faux Turpin. Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, la critique
I. Eginhardi vita Caroli imperatoris , chap. xxii , traduct. de M. Teulet.
ne les a pas ménagés. Pylhagore avait, au rapport de Plutarque , disserté sur la taille d'Hercule ; Marquard Freher a fait, à son exemple, une dissertation sur la taille de Charlemagne^ et, par des preuves jugées authentiques, il a confirmé le témoignage d'Éginhard. Le faux Turpin prête encore à Charlemagne une barbe épaisse et longue , et , sur toutes les médailles , il se présente à nous le menton ras. Reconnaissons, toutefois, que le chroniqueur fabuleux n'a pas d'ailleurs tellement altéré par ses grossières surcharges le trait naïf d'Éginhard, qu'on ne retrouve aussitôt l'original dans la copie. Charlemagne avait régné si longtemps, il avait parcouru tant de terres, il s'était montré tant de fois sur les champs de bataille et dans les grandes assemblées du peuple franc, qu'il pouvait exister encore, même à la fin du xi* siècle, au temps du faux Turpin , un souvenir assez fidèle de son noble visage ; et comme l'auteur de la mensongère chronique avait, dit-on, un intérêt particulier à bien dissimuler son imposture, il n'aura pas voulu trop ouvertement contredire, sur ce point, le témoignage de la tradition.
Il s'agit maintenant de décrire le costiune ordinaire et le costume solennel de Charlemagne. Les documents abondent, mais ils ne sont guère d'accord. Dans les récits historiques et dans les an-