‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 54 sur 89 · U6 CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

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ceptions aux ambassadeurs étrangers. Assurément celte excellente conduite était plutôt l'ouvrage d'Arnold que de son jeune écolier : mais loin de le trouver rebelle à sa politique généreuse et conciliante, Arnold s'applaudissait de le voir faire par goût ce qu'il lui conseillait par calcul.

Cependant il fallait qu'un fils de Charlemagne connût la guerre et ses périls. A la fin du printemps de l'annéfe 791, il vint trouver son père , qu préparait une expédition contre les Avares, .et l'accompagna d'Ingelheim à Ratisbonne. C'eét là qu'il, ceignit l'épée. Il avait treize ans. Après cette cérémonie, l'armée se mit en marche et Louis la suivit jusqu'à Chuneberg. Il vit alors les bataillons se déployer dans les plaines et se resserrer à l'approche des défilés, envahir et dévaster des bourgades, assaillir et enlever des retranchements , camper sous le ciel et ressaisira la hâte, à la voix des tronipettes, les épées, les boucliers, les épieux et les gonfanons aux mille couleurs. Ce fut sa première campagne. L'année suivante il rassemblait ses Gascons, et, traversant à leur, tête les gorges sinueuses du Mont- Louis, il les menait à Ravenne au secours de son frère Pépin , inquiété par la révolte du pays de Bénévent.

Quelques années après, il se signalait en Espagne par des exploits dignes de son père, prenait toutes les places qui ne s'ouvraient pas assez vite pour le

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recevoir, incendiait les moissons, levait, la inain haute, des contributions de guerre, et montrait aux Espagnols que, s'ils avaient longtemps défié la mansuétude de son caractère , il savait au besoin frapper avec vigueur. Toute l'Espagne fut en un instant sous les armes: chrétiens, juifs et Sarrasins, gens de toute race et de toute religion , accourant à la fois des sauvages défilés des Asturies , des rivages baignés par la mer d'Afrique, et des riches plaines qui forment la ceinture de l'antique Barcelone. Les Pyrénées franchies, Narbonne fut prise et pillée, et vit tomber sous le fer musulman tous ses braves défenseurs : le nouveau duc de Toulouse, Guillaunie, ayant rencontré les forces ennemies aux environs de Carcassonne , sur les rives de rOrbieu, espéra leur disputer le passage; mais il fut culbuté malgré dés prodiges de valeur, et la ville de Toulouse, privée de ses meilleures troupes qui guerroyaient en Italie, se trouva sous la menace d'une invasion sarrasine. Louis, quittant l'Italie à la nouvelle de ces désastres , s'était rendu près de son père, pour lui demander conseil. Reparaissant ensuite dans l'Aquitaine , il rentra dans Narbonne , et puis, traversant à son tour les Pyrénées, il rendit aux Arabes tous les coups qu'ils avaient portés aux Aquitains. Charlemagne craignit un instant que son fils Louis ne succombât dans cette lutte où l'avantage du nombre n'était pas de son côté , et , ne

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pouvant courir à son aide, il s'empressa d'envoyer vers lui le vaillant Charles, la terreur des Avares : mais la mieux défendue de toutes les places espagnoles, Barcelone, s'était rendue avant que Charles eût passé le Rhône , et déjà les chefs rebelles arrivaient de toutes parts offrant leur soumission.

Ainsi Louis ne fut pas moins habile que ses frères dans les travaux de la guerre. Ajoutons qu'il les surpassa beaucoup dans les travaux de la paix. Quand il était arrivé dans l'Aquitaine, il l'avait trouvée en proie à tous les désordres. Les chefs entre lesquels était partagée la défense du territoire régnaient en maîtres dans les terres fiscales, y disposant des choses comme des personnes, et depuis longtemps habitués à ne rendre aucun compte ni des unes ni des autres. « Une partie de ces terres, dit M. Fauriel; avait dû être distribuée en bénéfices d'abord par Pépin, immédiatement après la conquête du pays, puis par Charlemagne, lors de la fondation du royaume d'Aquitaine. Une partie était restée disponible pour les besoins du nouveau royaume et de son roi. Mais cette dernière fut bientôt, comme le reste, distribuée et abandonnée à des officiers, à des leudes francs ou aquitains. Nul doute que sinon la totalité , du moins la grande masse de ces terres n'eût été , selon le principe germanique , concédée temporairement à des conditions de service militaire ou politique : mais

ces conditions avaient été on ne peut plus mal observées. Dans le court espace de temps écoulé de la conquête de l'Aquitaine à Tan 795, toutes ces terres distribuées comme bénéfices étaient restées la propriété pure et simple de ceux qui les avaient obtenues ; c'était à peine si les quatre grandes résidences ou métairies royales de Cassinueil, de Théoduad , d'Audiac et d'Ébrueil étaient exceptées de cette espèce d'usurpation \ » Après avoir pendant quelque temps toléré cet état de choses , Louis invoqua le nom de son père , et, secondé par deux commissaires impériaux, Willebert et Richard, il réprima dans toute l'étendue de son royaume cet énorme abus des libertés seigneuriales, qui portait un si grave dommage au principe de l'autorité.

Ce fut pour le peuple des campagnes un grand soulagement. Les comtes , toujours prêts à marcher au combat, avaient constamment autour d'eux un nombre considérable de gens de guerre, qu'ils entretenaient avec l'épargne de leurs paysans. Ces malheureux, incapables de se défendre, livraient volontiers tout ce qu'il était facile de leur ravir ; mais celte soumission ne les préservait pas même des outrages sans nombre que le soldat oisif se plaisait à leur prodiguer. Leur condition fui bien changée, quand ils furent replacés sous la bien-

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