‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 61 sur 89 · Vita S. Àngilherti; ut supra · texte numérisé non relu

Vita S. Àngilherti; ut supra

lenungrne pouvait-il, s'écrie le docte bénédictin, autoriser le sacrilège qu'imagine le moine de Saint- Riquier pour moraliser sa* légende ?

Revenons à la simple histoire. Berthe, secrèleuïcnt unie par les liens de l'amour au brillant An- ^nlbert , eut un fils qui reçut le nom d'Hamid. Et ce ne fut pas le terme de ses galanteries; après Harnid , elle mit au jour un autre fils , qui , doué comme son pure d'un esprit vif et passionné pour les nobles études, devint un jour l'historien Nithard.

Charlemagnc vit Berthe pleurer celte nouvelle faute , et fut encore une fois insensible à ses larmes. Cependant, quelques années s'étant écoulées , il se laissa vaincre par la persévérance de cet amour. Angilbert put enfin conduire aux autels cette fiancée deux fois mère , et qui déjà touchait à V'A'^c où la beauté décline. Leur mariage fut-il heureux? Nous avons lieu de croire que de tardifs re- |)entirs vinrent affliger l'époux et l'épouse, car, en Tannée 790, ils se séparèrent d'un mutuel consentement. Angilbert entra dans le monastère de Saint- Riquier, et sa femme prit le voile dans la même maison. Plus tard elle reparut à la cour avec toutes les j)ompes du siècle. Cependant les annalistes ont négligé de nous faire connaître la date de sa mort. Angilbert mourut abbé de Sainl-Riquier, le 18 janvier 814.

Charlemagne, comme nous le rapporte Éginhard, ivail pris soin de Téducation de ses filles. Non-seuemenl il leur avait fait enseigner les arts domestijues et s'était applaudi de les voir habiles à malier , en vraies filles de la Germanie , la quenouille 3t le fuseau; mais il avait encore voulu qu'elles eussent, à l'exemple des filles romaines, des maîtres de lecture, de grammaire et de chant, espérant qu'elles donneraient un jour, parleur savoir comme par leurs mœurs , un noble exemple à toutes les femmes de leur suite. L'événement ne répondit pas, en ce qui regarde les mœurs , aux paternels desseins de Charlemagne : ses filles reçurent des leçons de pudeur, mais n'en profitèi*ent pas. On reconnaît, du moins, que l'emportement de leurs passions ne les empêcha pas de cultiver lem* esprit. Alcuin, Théodulfe , presque tous les écrivains du temps ont particulièrement attribué ce goût pour les études libérales à la quatrième fille d'Hildegarde, la pieuse et chaste Gisèle. C'est à sa prière que maître Âlcuin mit en ordre ses gloses sur l'évangile de saint Jean.

Désignons enfin parmi les filles d'Hildegarde une enfant au berceau qui porta le nom de sa mère. Elle ne connut pas la cour, et la mort, qui l'enleva si jeune aux caresses maternelles, nous épargne le soin de rechercher si la dignité de ses mœurs répondit à la noblesse de son sang.

La première des filles de Fastrade fut Throdé-

i ?{\ GHARLEMAGNE

rade, Théodrédane , ou simplemenl Tétrade. Ce nom prend dans les manuscrits et les imprimés beaucoup d'autres formes ; mais on ne souhaite pas assurément connaître toutes ces leçons. Théodulfe nous la dépeint versant dans la coupe de son père les dons de Bacclms , tandis que ses sœurs Hiltrude et Rothaïdli lui présentent ceux de Cérès et de Pomoiie. Est-ce pour la commodité du vers que le poêle a mis entre les mains* de Tétrade le flacon plein de la généreuse liqueur? Nous ne saurions le supposer. Le respect de la quantité ne gêne {«s les portes latins de ce temps : toute syUabe devient à leur convenance ou longue ou brève , et Ton s'étonne à chaque instant de les voir outrager avec tant d'audace les règles de la prosodie latine. Mais si les vers de Théodulfe sont quelquefois incorrects, ils ne manquent pas de traits d'esprit. Or Tétrade étant abbesse d'Argenteuil, monastère fondé par Clotaire 111, en 665 , et déjà célèbre par ses vignes, c'est elle que le poCte devait charger d'offrir le vin. Elle ne quitta pas la cour avant la mort de son père. Elle y paraissait, malgré son titre d'abbesse, vêtue comme une nymphe antique, les épaules chargées de perles. V Astronome nous paraît l'avoir confondue parmi ces filles du sang royal , qui furent reléguées dans leurs domaines à cause de leur inconduite. Elle vécut jusque vers le milieu du ix* siècle, comme nous l'atteste un di-

plôme publié dans YHistoire de l'abbaye de Saint- Denis *.

\J Astronome est moins discret sur le compte d'Hiltrude , seconde fille de Fastrade ; car il déplore le scandale de ses amours avec le comte Odilon. Ou dit qu'elle portait , comme Tétrade , le titre d'abbesse , son père l'ayant dotée de l'abbaye de Faremoutier.

Mais cela n'est pas certain. Un diplôme publié par Mabillon * nous apprend que l'abbaye de Farenioutier était, sous le règne deLothaire, gouverné(» par une fille du sang royal , que le jeune empereur appelait sa tante, amitam suam. Mais il s'agit ici de Rothilde, fille de Maltegarde. Or, c'est le P. Anselme qui nous donne Hiltrude pour abbesse de Faremoutier, et quand on sait de quelle manière ce généalogiste , d'ailleurs plein de savoir et de bonne foi , lisait les meilleurs textes , on admet sans beaucoup d'hésitation qu'il a pu voir Hiltrudisy Hildrudis, où le copiste du moyen âge avait mis Rothildis ou Hrothildis. Nous regrettons de ne pouvoir rien dire de plus sur cette Rothilde. On ne connaît d'elle que sa naissance et son nom.

C'est aussi tout ce qu'on apprend sur Adaltrude , fille de Gersuinde '.

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