Dans le Recueil de dom Bouquet , tome Y, page
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donc admettre que le gouvernement des affaires ecclésiastiques était partagé, vers Tannée 794, entre Tévêque de Cologne et l'abbé de Saint-Riquier? C'est Tavis de Mabillon. Dom Bouquet propose de substituer ici au titre de premier chapelain celui de chancelier. Qu'un chancelier ait eu ,de galantes aventures avec quelque fille du sang royal , cela n'importe guère à notre savant moine; mais il ne peut voir cette tache dans la vie d'un archi-ehapelain. La substitution qu'il nous propose est-elle donc autorisée ? Elle ne l'est pas. Si la charge de chancelier avait été quelque temps occupée par Angilbert, nous aurions, ainsi que le l'ait observer le P. Pagi , des diplômes publiés avec sa souscription , et nous n'en avons pas. Lecointe tranche d'une autre façon cette difficulté. Puisque la lettre du pape attribue faussement à l'abbé de Saint- Riquier le titre de premier chapelain, c'est, dit Lecointe , une lettre supposée. Mais , par la même raison, il faudra rejeter également comme une [)ièce apocryphe et de mauvaise fabrique la vie d' Angilbert , publiée sous le nom d'Anscher , où nous lisons, en toutes lettres, que l'ancien amant de l'aimable Berthe devint à la fois et le primicier et l'archi-chapelaîn (primus cnpellanorum ) de Charlemagne. De toutes ces suppositions la meilleure sans doute est celle de Mabillon : il y eut à la fois, en Tannée 794 , deux intendants suprêmes des af-
faires ecclésiastiques, l'un évêquc, l'autre abbé. Ajoutons que celui-ci peut avoir administré particulièrement les affaires du clergé régulier, et celuilà celles du clergé séculier , la distinction des deux ordres étant déjà très-marquée. Quant à Tôbjection prise du caractère et des intrigues galantes d'Angilbert , elle n'est pas trSs-considérable. Un homme d'une aussi noble race,- qui jouissait d'un aussi grand crédit, ne pouvait être empêché par ses mœurs d'exercer aucun emploi. Le pieux historien de ses galanteries , Anscher , qui vivait au xn* siècle, s'exprime à cet égard avec urfe étrange naïveté. Avant de raconter comment l'archi-chapelain du roi Charles (car il ose même antidater sa promotion) se l'endit trop agréable par ses grands airs à l'une des filles d'Hildegarde , Anscher énumère , dans un court exorde, toutes les qualités d'Angilbert, et place en première ligne la très-grande pureté de ses mœurs , morum honestissima probitate. Ainsi les mots ont , suivant les personnes et les temps , une signification différente.
Veut-on se faire une juste idée d'un grand officier de la couronne au temps de Charlemagne? En voici le type le plus parfait , c'est Angilbert.
Son père, son aïeul, ayant occupé, sous les rois précédents, de hautes charges, Charles l'avait eu, dans sa jeunesse, pour commensal et pour ami. En montant sur le trône , il le nomma son conseiller
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silentiaire ou auriculaire^ c'est-à-dire son confident officiel , le premier de ses ministres. Angilbert a le goût des lettres profanes ; il lit couramment Ovide et Virgile : c'est un homme de grande science. A ce titre , l'Église le réclame , et le voilà prêtre. On lui destine déjà le pallium; plusieurs villes métropolitaines se disputent l'honneur de posséder un prélat de si grand renom , quand il séduit et rend deux fois mère la tille du roi.
A quelque temps de là, c'est un duché qu'il possède , et non pas une métropole. On le voit parcourir le Pontliieu, sa province, rendant la justice au nom du roi. Mais il est inquiet, car il est malade , et l'affection morbide qui le travaille menace d'interrompre le cours de sa vie. Alors il entend parler du monastère de Saint-Riquier, célèbre par le nombre de ses religieux et par les miracles accomplis au tombeau du saint qui l'a fondé. Ce récit émeut Angilbert, et il ne pense plus qu'à faire sa retraile à Saint-Riquier, s'il recouvre la santé par rinloroession du puissant patron des pauvres moines. Mais le terrible Charles a fait consacrer ses amoui^s avec Berthe : il est marié. Qu'importe? S'il ontiv dans un monastère , sa femme , par ses ordivs, suivra son exemple ; ils expieront ainsi, l'un iM lautiv . les (H arls de leur conduite. •
IVtlos «iaionl les pensées qu'Angilbert roulait dtUiî^ î^on os|>nt » aoeonunodanl loule chose au pieux
dessein qu'il avait formé, quand un bruit plein d'alarmes arriva jusqu'à lui. Les Danois avaient pénétré, par les embouchures de la Seine et de la Somme, dans tous les ports de la France maritime; leurs innombrables navires emplissaient les fleuves, et les populations riveraines , épouvantées par Tirruption de ces farouches dévastateurs , refluaient vers les villes du centre , implorant le secours des gens de guerre. Angilbert n'a plus le loisir de songer au salut de son àme ; et , comme les troupes dont il pouvait disposer n'étaient pas capables de soutenir le choc des pirates , il se rend auprès du roi , pour lui faire le récit des périls qui menacent une de ses provinces. Celui-ci n'a rien de plus pressé que de mettre sous les ordres d'Angilbert des forces considérables. C'était en l'année 791. A l'approche des Francs, les Danois prennent la fuite, et il en est fait un grand carnage.
Angilbert se rend à Saint-Riquier, remercie Dieu de la victoire qu'il a si facilement remportée, prend l'habit claustral, et l'impose à Berthc, qui vient avec lui demeurer dans l'intérieur du monastère *. Bientôt on le nomme abbé. Les suffrages ne se partagent pas; ils se réunissent tous sur la tète d'un homme aussi puissant à la cour, aussi vaillant à la
1. « Bertham sacro velamine consecratam lococongruenti.intra idem cœnobiura Ceutulense , composuit. » Anscherus, Vifa S. Angilbertî.
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guerre. Va-t-il, suivant la règle, s'assujettir à la résidence et finir dans le recueillement une vie commencée dans les agitations du siècle? La règle n'avait pas été faite pour les religieux de cette qualité, ou bien on les dispensait aisément de la suivre. Déjà, étant simple moine, en Tannée 792, il avait été chargé de conduire au delà des monts, devant le pontife Adrien, ce malheureux évêque d'Urgel, Pélix , qui avait osé chercher le sens d'un grand mystère, et s'était fait condamner comme nestorien. Reparaissant bientôt à la cour, Angilbert joint au titre d'abbé celui d'apocrisiaire, et se rend de nouveau dans la ville éternelle , chargé de transmettre au pape les actes du concile de Francfort. On l'y retrouve encore en 796. En 800, il suit Charlemagne allant à Rome châtier les persécuteurs de Léon et recevoir les insignes de la puissance impériale. En 811, il réside à la cour, présidant, sous le nom d'Homère , les doctes assemblées des théologiens et des polîtes palatins ; et puis il va mourir à Saint- Riquier, au mois de février de l'année 814, quand Charles, son maître et son constant ami, mourait dans son palais d'Aix-la-Chapelle.
L'apocrisiaire était certainement le plus occupé des fonctionnaires du palais. Mais Charlemagne venait souvent à son aide. Lorsqu'il n'avait pas un trop vif souci des choses de la guerre, Charlemagne aimait à apprendre comment se comportait son
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Eglise , faisait des règlements pour la discipline et dictait même des articles liturgiques; ou bien encore, mandant auprès de lui les évoques, les abbés mal notés, il. ne leur épargnait ni les réprimandes, ni même, au besoin, les châtiments. Ainsi, dans plusieurs de ses capitulaires , il recommande à ses clercs d^étudier les Écritures, el de croire fermement au mystère de la Trinité; il leur enjoint, en outre, d'apprendre par cœur tout le psautier avec les prières, les formules, les oraisons nécessaires pour administrer le baptême ; enfin il leur défend d'avoir plusieurs femmes pour épouses * et de manger dans les cabarets. Jusqu'où ne s'étendait pas alors la compétence du pouvoir civil en matière de religion? Se présentant un jour à sa chapelle, au moment où l'on allait baptiser quelques enfants, Charlemagne les interroge , et reconnaît qu'ils ne savent pas convenablement l'oraison dominicale et le symbole. Usurpant alors, pour employer le langage des canonistes modernes, usurpant les fonctions de l'évêque, il interrompt la cérémonie, renvoie les enfants dans leurs familles, et leur interdit de revenir à la fontaine sacrée tant qu'ils ne seront pas mieux instruits ^ Une autre fois, il défend aux
1 . « Si sacerdotes plures uxores habuerint, sacerdotio priventur. » Capitulare anni 769, apud Baluzium, tome I, page 189.
2. Epistola Caroli Magniad Garibaldum Leodiensem , dans le Becueil de dom Bouquet , tome V , page 630.
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prêtres de recevoir de l'argent pour administrer les sacrements*; ou bien de vendre à des marchands juifs les vases ou les autres ornements des églises '. Comme il s'estimait , et à bon droit, plus savant en liturgie que les plus grands prélats de son royaume, il ne manquait pas de faire des règlements pour enjoindre ou pour prohiber telle ou telle pratique dans les cérémonies de la messe, dans Tordre des jours fériés , dans l'administration des sacrements. Les prescriptions de ce genre abondent dans ses capitulai res*. Quelquefois même, remplissant les derniers offices de l'apocrisiaire , il enseignait la psalmodie aux clercs de sa chapelle.
Voici ce que raconte , à ce propos , notre anonyme de Saint-Gall : « Parmi les hommes attachés à la chapelle du très-docte Charles, personne ne désignait à chacun les leçons à réciter , personne n'en indiquait la fin soit avec de la cire, soit par
1. CapUularia reg. Franc, édita a St. Baluzio, tome I, col. 3*5.