‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 7 sur 89 · I. Theodalfus, Carminum liber Ul, ad Garolum regem · texte numérisé non relu

I. Theodalfus, Carminum liber Ul, ad Garolum regem

!?. Ëginhard , chap. xxiv. Voici sur le même fait le témoignage

du poète saxon, auteur de la chronique en vers publiée par

dom Bouquet {Hist. de France , tome V) :

Cœnanli leotor récitant non defuit unquarii;

Perqne vices aH<|nod audiil acroama.

Kes antiquorum gestas regumque prioruni

Ipse iegi sibimei i'eceral assidue.

3 Le moine de Saint-Gall, Des faits et gestes, livre I.

Ses plaisirs.

Parlons maintenant des plaisirs de Charleniagne. Doué par la nature d'une organisation privilégiée , il aimait à la fois, et peut-être avec xme égale passion, les plaisirs des sens et ceux de Tesprit. Nous parlerons tout à l'heure des vierges franques ou germaines qui furent admises à partager sa couche. C'est une question qu'il faut traiter à part, avec tous les ménagements quelle réclame. 11 avait d'ailleurs, en fait de plaisirs sensuels, d'autres passe - temps que l'amour. L'été , quand les plus vives ardeurs du soleil avaient attiédi les vertes ondes du Rhin, il allait se plonger dans le fleuve , et défier les plus habiles nageurs de le devancer et même de l'atteindre. 11 n'avait pas de maître dans cet exercice ; Éginhard a pris soin de le faire savoir à la postérité. Et il n'y recherchait pas seulement un divertissement salubre; avide de toutes les gloires, il voulait être et paraître , aux yeux de sa cour , le prince des phoques et des tritons du Rhin. 11 invitait à venir se jeter avec lui dans le fleuve ses fils, ses amis, les gens de sa maison, quelquefois môme les soldats de sa garde, ses gardes du corps, custodes corporis,

i6 GHARLEAtAGNE

jaloux de montrer à tout le monde el sa vigueur ei son adresse \ Quand l'hiver venait interrompre ces • exercices, Charlemagne cherchait du moins à Irom- ])er sa passion pour les bains froids en prenant des bains chauds. Accoutumés à rechercher dans Thistoire des grands rois de grandes raisons à toute leur conduite, de graves docteurs ont amplement disserté sur les causes qui devaient avoir déterminé Charlemagne à choisir Aix-la-Chapelle pour le principal siège de son empire. Placée aux confins de la Gaule et de la Germanie , au centre même des possessions impériales, cette vieille cité fut, disent-ils, désignée au premier César de l'Occident par les conseils d'une profonde politique ; et ils le démontrent sans embarras. Cependant, au rapport d'Éginhard, quand Charlemagne vint s'établir dans la ville d'Aix , il ne songeait pas trop à la position géographique de quelques ruines faites par la main barbare d' Attila. En effet , il pouvait aussi bien , pour exécuter l'habile dessein qu'on lui prête, placer le siège de son gouvernement à Trêves, à Mayence, à Cologne, villes métropolitaines, à Worms , à Thionville , cités de renom , résidences royales où s'élevaient déjà de splendides palais. Mais à travers les décombres de la ville d'Aix coulaient des sources d'eaux minérales , et voilà ce qui

J. Eginhard, Vita Caroli imperatoris, chap. xxu.

ET SA COUR. il

()écida Charlemagne à faire construire dans ces lieux un palais nouveau. « Ob hoc Aqvisgrani re- (fiant exstrvxit *♦ ; ce sont les termes d'Éginhard *. Dans les dernières années de sa vie, affecté de la goutte, et presque toujours souffrant, il eut de fré quentes querelles avec ses médecins*, qui lui faisaient une loi de manger des viandes bouillies. Enfin ils lui devinrent odieux, et, se traitant à sa mode, sans écouter leurs conseils, il revint à ses rôtis , et prit des bains fréquents. Il sortait du bain, quand il fut pris parla fièvre qui l'emporta*. Après le bain, la chasse était une des plus fortes liassions de Charlemagne. Les Francs étaient réputés les plus adroits, les plus intrépides chasseurs entre les peuples barbares descendus sur le sol de l'ancien monde. Curieux de maintenir les vieilles traditions de sa race , Charlemagne employait à chasser une grande partie des lôisii^s que lui laissaient les affaires de son gouvernement. Aux environs de la ville d'Aix se trouvaient de grands bois où, durant l'hiver, il allait chercher ce divertissement*; pendant l'été, lorsque, suivant sa coutume,

Page 1