Eginhard , Vita Caroli imperatoris , chap. xxx
il faisait une course militaire dans quelque région de ses immenses domaines, il s'arrêtait volontiers, même la veille d'une bataille, au milieu d'une forêt , et chassait le daim ou le sanglier pour se préparer aux fatigues du lendemain. Aussitôt que la voix des chiens annonçait que la bête venait d'abandonner sa retraite et de s'élancer à travers les bois, Charles i^ourait sur ses traces, impatient de l'atteindre; et les dards lancés par son bras allaient rarement se perdre sous l'épaisse feuillée. Les années ne tefroidirenl pas son ardeur pour cet exercice. On le voyait encore , à l'âge de soixantedouze ans , quelques semaines avant sa mort , rejetant sur ses épaules les anneaux de sa blanche chevelure, défier les plus alertes veneurs, et, se précipitant à travers les hauts bois sur un coursier à la bouche écumante, transmettre à ses jeunes compagnons les conseils de sa vieille expérience.
Charlemagne restaurateur des lettres et des arts.
Mais nous avons hâte de montrer Charlemagne occupé de plus nobles soins, travaillant à restaurer l'étude des lettres, appelant de tous côtés des savants, des artistes, ordonnant aux uns d'enseigner en lous lieux les nobles sciences, chargeant les
autres de bâtir de majestueuses basiliques ou de suspendre sur les fleuves des ponts aux larges voûtes, pour rapprocher, pour unir drs peuples que la nature avait séparés , fondant partout des monastères afin d'ouvrir des écoles , et réussissant enfin à porter le goût des lettres et des arts en des régions qui jusqu'alors avaient été complètement fermées aux conquêtes de la civilisation.
C'est , il parait , dans un de ses voyages en Italie que Charlemagne se trouva pour la première fois en présence de quelques lettrés. Il prit plaisir à les entendre, et, par toutes sortes de promesses, il en décida plusieurs à traverser les Alpes. L'Italie n'était pas alors abondamment pourvue d'hommes vraiment capables d'instruire les autres. Cependant, comparés aux Francs du nord ou du midi , aux Allemands , aux Bavarois , aux Saxons de la Hesse ou du Holstein, et même aux Gaulois de l'Aquitaine ou de la Neustrie, les citoyens de Rome, de Bologne, de Pise, pouvaient passer pour des gens experts dans toutes les disciplines libérales. Avec son penchant naturel pour les grandes entreprises, Charlemagne forma sur-le-champ le projet d'aller combattre l'ignQrance, vers le nord et Toccidenl , jusqu'aux dernières limites de l'empHC. C'était beaucoup se promettre, elles obstacles qu'il rencontra l'arrêtèrent loin du but: cependant 11 eut lu gloire de commencer l'œuvre.
Et d'abord il apprit lui-même ce qu'avait ignoré son père , il apprit à lire , et, sur les traces de Martianus Capella, de Cassiodore , des anciens abréviateurs , comme les appelle le moine Dungal \ il étudia la grammaire, la dialectique, l'astronomie, la médecine, et en génél*al toutes les branches des sept arts libéraux , invitant les gens de sa cour à suivre son exemple *.
C'est une question souvent agitée que celle-ci : Gharlemagne savait-ii écrire? Voici la phrase d'Éginhard qui a donné matière à -cette controverse : « Il essayait aussi d'écrire , et il avait toujours sous le chevet de son lit des tablettes et des codicilles, pour accoutumer sa main, lorsqu'il en avait le temps, à tracer des caractères; mais il réussit peu dans ce travail qu'il avait commencé trop tard *. » Sur cette simple phrase on peut lire trois petits traités d'Heumann, de Gentilotli, de Gaillard, et des observations moins étendues de dom Bouquet, de l'abbé Lebeuf et de M. Ampère. Cependant rien n'est plus clair, à notre avis, que le dire d'Éginhard. Charlemagne écrivait, mais D écrivait assez
1. Spicilegium A chérit , tome m, page 326 de Tédition in-fol.
2. Ce sont les termes d*un de ses diplômes ; « Quia curae nobi» « est ut nostrarum ecclesiarum ad meliora semper proficiat sta- « tus , oblitteratam pœne majorum nostrorum desidio satagimus •« ofificinam , et ad pernoscenda artium liberalium studia nostro • etiam inviiamus exemplo, » '