‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 78 sur 89 · Pluriniaqui didicit, nil Hxum, nil quoque certum · texte numérisé non relu

Pluriniaqui didicit, nil Hxum, nil quoque certum

Quœ lamcn ignorât, oninia nosse putst ; Non ideo didicit sapiens ut posset haheri.

SeJ contcndcndi ut pronptusad arma forel.

pas moins d'intérêt; mais ici Clément occupe le second rang , et Charlemagne le premier.

« Après une longue absence, dit le chroniqueur anonyjne , le très-victorieux Charles , de retour dans la Gaule, se fît amener les enfants remis aux soins de Clément, et voulut qu'ils lui montrassent leurs lettres et leurs vers; les élèves sortis des classes moyennes et niférieures présentèrent des ouvrages qui passaient toute espérance, et où se faisaient sentir les plus douces saveurs de la science; les nobles, au contraire, n'eurent à produire que de froides et misérables pauvretés. Le très-sage Charles, imitant alors^la justice du souverain juge, sépara ceux qui avaient bien fait, les mit à sa droite , et leur dit: «« Je vous loue beaucoup, mes enfants, « de votre zèle à remplir mes intentions et à recher- « cher votre propre bien de tous vos moyens. Main- « tenant efforcez- vous d'atteindre à la perfection; '< alors je vous donnerai de riches évêchés, de ma- '< gnifiques abbayes, et je vous tiendrai toujours pour « gens considérables à mes yeux. » Tournant ensuite un front irrité vers les élèves demeurés à sa gauche , portant la terreur dans leurs consciences par son regard enflajnmé, tonnant plutôt qu'il ne parlait , il lança sur eux ces paroles pleines de la plus amère ironie : « Quant à vous, fils des princi- '< paux de la nation, vous, enfants délicats et tout « gentils, vous reposant sur votre naissance et votre

488 GHARLEMAGNE

« fortune, vous avez négligé mes ordres el le soin « de votre propre gloire dans vos études, et préféré « vous abandonner à la mollesse , au jeu , à la pa- « resse ou à de futiles occupations. » Ajoutant à ces premiers mots son serment accoutumé , et levant vers le ciel sa tète auguste et son bras invincible, il s'écria d'une voix foudroyante : « Par le roi des « cieux , permis à d'autres de vous admirer ; je ne « fais, moi, nul cas de votre naissance et de voire « beauté ; sachez et retenez bien que , si vous ne « vous hâtez de réparer par une constante apph- « cation votre négligence passée, vous n'obtiendrez « rien de Charles*. »»

La moralité de cette légende est certainement excellente, si ce n'est qu'une légende. Mais ne semble-t-il pas que Charlemagne a dû quelque jour entrer dans l'école du palais , appeler à l'examen les plus jeunes disciples de Clément ou d'Alcuin , et leur tenir de tels discours? Quand le moine de Saint-Gall ne nous aurait pas fait ce récit, nous aurions volontiers supposé ce qu'il nous raconte.

Il faut dire, en peu de mots, que, parmi les docteurs de l'école palatine, maître Clément avait une attitude vraiment singulière. Nous avons vu que Théodulfe ne le ménageait pas trop : il paraît qu'il ne fut pas beaucoup mieux traité par Alcuin et par

I . Des Faits et gestes de Charles le Grand , livre I , traduction de M. Guizot.

ET SA COUR. d89

les disciples d'Alcuin. C'est qu'il formait à lui seul un parti. On suppose que cet Irlandais, nourri dans une école à demi païenne où régnait la plus grande liberté, professait un platonisme téméraire, interprétant le dogme chrétien selon la méthode du faux Denys, mêlant aux vérités canoniques les brillantes fantaisies de la gnose alexandrine*. Cette supposition paraît fondée : plusieurs passages d'Alcuin la confirment. 11 est, du moins, certain que les leçons données par Clément ne s'accordaient guère avec celles des autres maîtres. Il était à la fois et l'adversaire de leurs doctrines et le rival de leur gloire.

Pierre de Pise , Paul Diacre , Théodulfé , S. Paulin d'Aquilée

Nous n'oublierons pas assurément de nommer , parmi les maîtres de l'école du palais, Pierre de Pise et Paul Diacre. Pierre de Pise enseignait à Pavie, lorsque Charlemagne s'empara de cette ville. Il était déjà vieux et avait acquis un grand renom. Charlemagne le réclama dans sa part de butin , et, quand il l'eut à ses côtés, il le fit son grammairien. Pierre de Pise vint donc en France en l'année 776. Nous pensons qu'il y était encore en 781; car, écrivant à Paul Diacre, à cette date, pour lui annon-

Page 1