‹ Charlemagne et sa cour: (742-814)Chapitre 9 sur 89 · Vita Caroli imjeratoris , chap. xxv · texte numérisé non relu

Vita Caroli imjeratoris , chap. xxv

mal, et il s'exerçait, daas ses loisirs, à former des lettres dignes d'être comparées aux beaux ouvrages de ces mains habUcs et patientes, à qui uoun devons les splendides manuscrits du viu* siècle. On nommait alors les bons scribes avec tout le respect que nous avons aujourd'hui pour les grands peintres, les anciens biographes de saint Fulgence , de saint Eustase, de saint Dunstan , ont pris soin de nous apprendre que c'étaient des maîtres dans l'art d'écrire; le ciel lui-même, au rapport de Césaire d'Heisterbach , fit plus d'un miracle en faveur des adroits copistes , afin de leur susciter des imitateurs*. Eh bien! Charlemagne tenta vainement de façonner à cet art excellent et glorieux ses doigts qui n'avaient plus de souplesse. Il y songea trop tard. Mais comment supposer qu'il ne savait pas du tout écrire? Assurément Éginhard ne ledit pas, Thégan affirme le contraire, et voici l'illustre dictateur de l'Église des Gaules au ix* siècle , Hincmar, qui, rédigeant les actes diî concile de Fismes, y introduit le passage suivant : «< Un d'entre nous (on a lieu de croire qu'il se désigne lui-môme) a entendu dire par les habitués de la cour de Charlemslgne que -ce prince, qui surpassa tous les rois de France dans la connaissance des saintes Écritures, des lois ecclésiastiques et des lois civiles,

I. CtTsarii Heisterhach. Illustr, Mirac, lib. XII, cap. xlvil

tS CHARLEMAGNE

avait toujours, à la tôtc de son lit, des tablettes et des plumes, pour noter ce qu'il avait pensé, le jour ou la nuit, pouvoir être 'utile à l'Église, à la police de FÉtat , ou devoir contribuer à raffermissement de l'empire. » Ainsi Charlemagne écrivait, bien ou mal. Ceux qui n'ouvrent les fastes de l'histoire que pour y rechercher des bizarreries renonceront avec peine, nous le savons, à l'idée • singulière qu'ils s'étaient faite de ce grand prince, travaillant À rétablir les études dans toute l'étendue de son empire, devenant soit en latin, soit en grec, un des meilleurs élèves de l'école du palais, et, toutefois, ne sachant pas écrire. Aucun texte ne dit (îola.

H est certain qu'il fit d'assez grands progrès dans lu connaissance des lettres latines et des lettres grecques, et rien n'empêche d'admettre, comme le rapporte Thégan, qu'il ait, un an avant sa mort, avec le concours de plusieurs savants grecs et syriens , corrigé sur un manuscrit défectueux le texte (les quatre Évangiles. Le témoignage d'Éginhard est d'ailleurs conforme à celui de Thégan : « Doué (l'une éloquence abondante et môme exubérante, Charles exprimait, dil-il, avec la plus grande clarté tout ce qu'il voulait dire. Et non content de connaître l'idiome de ses aïeux , il voulut encore savoir ceux des nations étrangères : il apprit assez le latin pour le parler comme sa propre langue ; quant au

grec y il le comprenait mieux qu'il ne le pi'onouçait'. » Plusieui's fois visité par des ambassadeui*s de la cour de Constantinopie , entretenant d'activés relations avec les chrétiens de la Syrie et de l'Afrique, de Jérusalem et d'Alexandrie*, Cliarlemague avait donc étudié le grec, et le comprenait un peu, s'il ne le parlait. II n'en faut pas douter, puisque cela nous est attesté par des témoins dignes de foi. Oui, la connaissance de la langue grecque se perdit en Occident peu d'années après la mort de Charlcmagne; oui, les écrivains les plus notables des Gaules et de la Germanie ignoraient, au x* siècle, les premiers éléments de cette langue; mais, au vui% l'abbé Hermann, élève de l'école d'Osnabruck, lisait le Nouveau-Testament dans la version . des Septante, et, au ix% Jean Scot Érigène traduisait, par les ordres de Charles le Chauve , toutes les œuvres du pseudo-Denys.

On a plusieurs preuves de ses connaissances en astronomie. Éginhard nous dit qu'il employa beaucoup de temps à se rendre habile dans les mystères des cieux; ce qui nous parait dès l'abord vraisemblable. Il n'y a pas de science que l'on cultive avec plus de passion eu sortant de la barbarie. Au début de la réflexion , on est tout à coup saisi d'étonnement en la présence de ces astres mouvants, de

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