CHAPITRE IV
BUtAma os CiiàRLSMA&KK
Laiiré des enfants de Charlemagne avait reçu, snr les fonts de baptême» le nom glorieux
de Pépin. H avait poizr mère là concubine Hi*-
miltrade.
n était bean de vidage, mai» difforme de
corps. Au milieu de ces rudes guerriers, qui
savaient tons que la jnste proportion des
membres est la cause principale et le signe
certain de la vigueur phy»que, il se faôsait re*
marquer par l'exiguïté de sa taille et par une
protubérance dorsale qui l'avait fait appeler
Pépin le Bossu. Et non-seulement il était pour
la cour un objet de mépris ; mais Charles lui-»
même le traitait moins comme un fils que comme un hôte importun. Il le destinait à l'Église. Cependant Pépin, n'ayant aucune vocation soit pour la yie claustrale, soit pour le ministère apostolique, restait à la cour et ne cachait pas qu'il espérait obtenir un jour, à titre de premier-né, le gouvernement de quelque grande proyince, et une large part de l'héritage paternel. Il se sentit donc profondément outragé, quand il vit distribuer toutes les provinces aux fils d'Iîildegarde, sans aucun respect pour la mémoire d Himiltrude, sans aucun égard pour les droits de son fils. La cruelle Fastrade Taccabla d'autres injures : elle se fit un système de lui témoigner à toute heure, en tous lieux, qu'il ne pouvait marciier l'égal de ceux qu'il prétendait appeler ses frères. L'esprit de vengeance est dans le cœur de tous les opprimés. Pépin prétendit se venger d'une manière éclatante.
En l'année 791 « tandis que Charles poursuivait les Huus au fojid de la Boiième, portant l'incendie dans toutes leurs retraites. Pépin le Bossu recliercha la confiance de tous les mécontents de la cour, et fit bientôt avec eux un pacte criminel. La mort du roi fut résolue.
Celui-ci rentrait chargé de butiu dans son palais, de Ratisbonii*e, et» sans doute pour rendre de dignes grâces au Dieu des batailles, qui venait de confondre encore une fois les ennemis^ les plus redoutés de la race franque, il convoquait un concile et faisait condamner Félix, évêque d'Urgel, auteur d'une hérésie quelconque touchant la divinité de Jésus-Christ» Le concile s'était rassemblé dans l'égUse de Ta^putre saint Pierre à Ratisbonne. C'est dans cette église que les conjurés formèrent aussi leur rassemblement, durant une nuit d'été, et qu'ils vinrent jurer sur les saints autels, à la lueur des flambeaux sacrés, d'exterminer Tépoux de Fastrade. Ce serment ayant été prononcé par toutes les voix avec l'énergie que donnent les résolutions tragiques, les conjurés se demandèrent si cet acte solennel n'avait pas eu d'autres témoins que les images de pierre suspendues aux chapiteaux de la vieille basilique, et, cherchant alors dans les plus sombres re* coins de Tédifice, ils trouvèrent enfin sous un autel un pauvre clerc, qui n'était pas assurément venu là pour les entendre, mais qui, les ayant entendus, ne pouvait plus être que leur Tictime ou leur complice. Ils le tirèrent tremblant de son réduit, et, sous la menace du der-
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niec aupplice, ils lui firent jur^ à sou tour de garder jusqu'à la tombe le secret que ses oreilles avaient reçu. Il jura; mais à peiae earent-ib quitté Téglise, qu'il colzrat au palass avertir le iroi*
PcMir paxmîr jusqu'à lui, il fSdloit, dit ici le lûoine de Saint-GaU, qui ne parait pas ayoir comm rhistoise de ladodlM^ franekar sept passagesy et vraisemblablement convaincre autant de aeulineUea qa^mt veaedt apporter au chef de Tempire une nouvelle du plus grand intérêt. Le derc trav^se les sept passages, et frappe d'une main résolue à la porte de la chambre où donnait la roi< Cetei<s, tonjotinr alerte; s'éveille, et demande quel audacieux vient troubler scn repoaà pareille heure. Les femmes
qui veillaient non loin de là pour le service de
lareineetde ses ûUes» ouvrent la porte, et» se trouvant en présence d'un misérable, aux yeux hagards,, qui réclame insolemment la permission d'entretenir son augmte maître , elles s'empressent de le repousser. La porte fermée, elles rîemt delà frayeur qu'A leur a causée, et, pressant leur robe sur leur bouche pour conteaîr les écikts de oe rire intempérant, elles se retirent. Charles les rappelle, voulant savoir qui Ta réveillé* « C'est, disent-elles, un vil
£T SA COUfi 117
majTchaOid» sm» barbe, a'ayaut pour tout vâte* ment qu'une elmiaise de taiie et des hamts-dech&ussea, m pauvire fou, qui préteaad, grand prmâe, avoir «Atire de ^ns entFetoûr scnv-lechamp, » lite ae âwat gii^e à oe rapport, Charles ardoona que le lEioctonie yisiteur fiftt lujtarodiuj^ sur-Ie-dftamp, comme il le désirait. Ni»tre oleno^ioinrat alors se jeter à ses piedi» et lui rapporta , tous les discours teuuâ soos les voûtes seskores de Seamt-Pseire* Avant la troisième hewe du jour» les ooiijiurés étaient arrêtés ^*
CllàarleB était magmaaim^ et savait pardoa* ner; mais il samàt aussi punir, et, qttasid ou avait provoqujé sa coière^ on avait tout à craindieu Ayant pck soin d'apprécier cir^ constances diverses qui faisaient psarmi les comjurés.de p]ius.gnuad8 et de moi&dres œiipabiles, il condamna les uns à la perte de lem^s biens * ou à ViàxA^ les autres au gibet; d'autres enfia
eurent la tète tranchée. Pépin le Bossu, battu de verges et raaé, fat emoyéâsxis Tafahaye de
Saint-Gall, où. les moines l'employèrent par
• Des faits el yesks de Clmries le Grandt par le moine do Saintdall. livr«- II.
* Voy. un diplôme du 31 mars 797, qui restitue à 1 un des complices de Pepiii, nommé Théodald, ses .bieas coiiUi»quc& (dom liouquet, t. Y, p. TôH).
HS GHARLEMA6NE
mépris à cultiver leurs légumes. Quelques
années après, sa peine fut adoucie : le roi, le prenant en pitié, lui permit de quitter Saint- Gall et d'aller à Prum finir ses jours dans le repos. C'est là qu'il mourut en Tannée 81 1 •
Le clerc qui les avait dénoncés était un Lombard, venu de Payie en France à la suite de Didier. On le nommait Fardulf. Pour le récompenser, le roi lui donna Tabbaye de SaintrDenis, qui venait de perdre son chef spirituel, le vénérable Maginaire. Il n'était pas indigne d'une telle faveur. Comme on l'apprit bientôt, il avait du savoir, de l'esprit, et il était propre aux affaires. On a conservé des vers de sa façon *, qui valent bien ceux d'Alcuin. Tkéodulfe, évêque d'Orléans, devint un de ses amis et a composé un petit poème en son honneur ^.
Charlemagne l'appela dans la suite aux fonctions les plus délicates. U remplit avec le comte Étienne les fonctions d'envoyé {misgus) dans rile- de-France et le pays Chartrain, comme nous l'atteste un capitulaire publié par dom Bouquet ^. En 792, il accompagnait Charlemagne dans une de ses expéditions contre
* Hinioriem â« France, do dom Bouquet, t. Y, p. 100.
* Theodolfi Carminum lib. VI.
» illUormi de Franee, U V, p. CCI.
les Saxons, suivi d'une légion de jeunes moines, et menant avec eux, dans ces lointaines régions, les reliques du bienheureux DenySy appelé déjà le patron des rois francs ^
Charles.
Voici maintenant les fils d'Hildegarde, la plus féconde des femmes de Gharlemagne, et celle qu'il parait avoir préférée à toutes les autres*
L'aîné se nommait Charles , comme son père, etf comme lui » c'était un intrépide coureur de belliqueuses aventures. Né en 772*, il avait reçu dès sa première enfance le titre de roi d'Austrasie. 11 n'avait pas atteint sa dou* zième année qu'il conduisait déjà des années. Éginhard nous raconte qu'en 784, ayant rencontré des Westphaliens sur les bords de la Lippe, il lança contre eux sa cavalerie, les mit
* Liber MtraculQrum S. DwnytUt dans le même recueil, t. V »
page 452.
' Voy. une dissertation de Br ^'qnipny sar la date de sa naisiaace. Mémoire» de l Acad, des iaêcnpl., UXXAIX, 61/
120 CHâRL£MAGNË
en pièces et connTut ensuite, fier de sa victoire, trouver son pèpe dans la ville de Worma ^. r
n fmt croire -qu'à cet âge il avait plutM le , titre que la réalité du commandement ; mais du moins, il assistait i ces rudes mêlées, où cavaliers et fantassins, nobles et serfs, luttaient poitrine contre poitrine et glaive contre glaive; où la victoire étant le prix de la force et non pas de savants calculs , tous les combats étaient d'horribles massacres. Quels Jeux pour cet enfant I Mais, tel était le régime auquel Cbarlemagne entendait soumettre tous •ceux de ses fils qu'il destinait à l'empire. Appelés un jour à défendre leur part de l'héritage paternel contre tant de peuples vaincus, mais non soumis, ils ne pouvaient s'aocoutumer trop tôt à la vue du sang, au mépris du danger; ils ne pouvaient trop tôt s'endiu^cir soit contre les perâdes attraits de la mollesse» soit contre les énervantes émotions de la pitié.
A dix-lmit ans« Cl^karles allait pacifier la province du Maine, remplie de troubles par sont éyêque. Ce n'était pas une commission facile. Pour réduire Févéque du Mans, il fallut d'abord .assembler un synode, puis faire venir des trou-
^ Annahi, ad ana. 7^1*
ET SA caoa m
pes : il ne céda qu'à la force, et fut eavoyé, pour expier ses méfaits» dans une prison perpétuelle '
A yingt-quotre ans, Charles devait partager avec son père la gloire d'une nouvelle expédition contre les Saxons. L'armée des Francs, divisée en deux corps, allait pénétrer dans le pays des Saxons par Tocddent et par le midi, et le commandement de Tarmée occidentale avait été confié par Gharlemagne au digne héritier de son nom; mais, à la première nouvelle de cette double invasion, les Saxons intimidés envoyèrent des otas^es ^. Charles le Jeune, car on l'appelait ainsi pour le distinguer de son père, reparut au nord de la Saxe en Tannée 799, et, cette fois encore, il put terminer sans combattre les affaires qui l'avaient amené dans ces lointaines régions ^.
Il trouva les Bohèmes nioins faciles. Sous la conduite de leur duc, nommé Béchon ou Léchon , tes Bohèmes avaient envahi le ter* ritoire des Avares et dévasté leurs établissements. ÂUiés dles Francs, les Avares ap-
* liondoimet, Vie de^ évêqueg du Mtm. — Dréqiiigii|^ Mémoires de VA end., t. XXXIX, p.6t2.
* Éginhari, Annales, ad ann.
* Ibid., aa um. 799*
m CIIAIILEMAGNE
pelèrent sur ces voisins redoutés le bras yengeur de Charlemagne. Leur khan , ou chagan, s'était fait chrétien, et, à ce titre, il méritait une protection particulière. Par les ordres de sou père, Charles le Jeune pénétra chez les Bohèmes, tua Béchon leur duc, et ravagea tout leur pays. Charlemagne, n'ayant pas alors d'autres rebelles à soumettre, s'occu* pait à chasser les bêtes fauves dans les forets des Vosges. L'exterminateur des Bohèmes vint le joiadi e dans le bourg de Champs, non loin d'Épinal, et, pour célébrer la gloire des armes franques, les deux rois se retirèrent quelques jours, avec leur suite, dans le château de Re-> miremont^.
Le moment étant venu pour Charlemagne de se rappeler que toutes les choses de ce monde ont une môme fin, il convoqua l'assemblée générale des grands et des nobles, et fit, entre les trois enfants qu'il avait eus d'Hildegarde, un partage à peu près égal des terres et des peuples de l'empire. Éginliai d rédigea cet acte, les grands le signèrent, et le pape Léon le confirma^. Charles le Jeune eut dans ce partage le gouvernement de la France orientale. Il
< Éginhard, ^nimlei, adann. 808, > M L, a^i m. 806.
administrait depuis longtemps déjà cette yaste province, et en Tacceptant comme futur souverain de FAustrasie, les grands et le pape consacrèrent simplement un fait accompli Cet acte est du mois de février 806. En cette même année, quelques jours après avoir célébré les fêtes de Pâques, Charles le Jeune rentrait en campagne, battait les Slaves Sorabes et œnstruiàait deux châteaux sur les bords de la SMe et de TElbe.
Les Danois éprouvèrent aussi la vigueur de son bras. Leur chef, l'intrépide Godefroid, avait envahi le territoire des Âbodrites, peuple soumis et devenu tributaire de l'empire, sur les bords de la Baltique. Charles, accourant au secours des Abodrites, qui commençaient à reprendre l'avantage contre leur terrible agrès* seur, contraignit Godefroid à rentrer dans ses États ; et comme plusieurs peuplades répandues sur les deux rives de l'Oder s'étaient jointes à Godefroid dans son entreprise contre les Abodrites, elles furent à leur tour visitées par les Fraujs ^. Ce fut le dernier exploit de Charles le Jeune. Né pour la guerre, il devait mourir
* Bro juigny, Mémoires de VAead., t. XXXIX, p. 62i) et suiv.
* Éginhard, ÀMiolet, ad ann. ^Q^,
m GHAliLEUAGNE
sur le champ de bataille; mais il mmmA dan
sou lit, au raoïiû déceuabre de Tanuée ftl 1 .
Pepio.
Le deuxième fils d'Hildegarde fut appelé d'aboipd Carlomaa, et prit ensiiite le lusaxi de Pépin, quand on ne voulut plus Yoir un véritable rejeton de la tige royale daiis PefHiL le Bossu. Né en 776, il accompagnait son père en Italie, lorsque ûeiui*ci se rezidit, eu 781 , pvès du pape Adiien, jaloux, dit Égirfiard, d'aller cMébrer la féte de Pâques dans la ville étepnieUe. Ifads CStuurleou^fBe «fait «eneore d'aiitres desseijis. £m elBst, le jour même de la oésréznome paaeale, 'Âdriem haptisa Carlomasi mus le nom de Pépin, ^ te oouroima roi de Iaxbût' hardie. Louis, «m jmiie frère, reçut en même temps rondion comme roi d'Aquitaine. Louis était alors âgé delroisa&s : Pepin allait entrer dans sa cinquième année.
A l'Âge de Tingt an. Pépia eommaadaît une armée et développait dans la vallée de Trente ^ ses bataillons lombards, tandis que Charlemagne pénétrait en Bavière, allant obàtier le
ET SA COUR m
plus redoutable et le plus indocile des vassaux
de Tempire, son cousin le duc Tassillon. Mais l'armée de Pepiu ne fut pas engagée dans cette grancle estrepnse : efBe ne sertit qu^'à fermer la retraite au chef bayarois.
n la conduisit bientôt sous le ciel brumeux de la Paanonie, allant poursiuYTe les Huns ou Ayaxes jusque daus leurs dernières retraites. C'était une nation très-redoutée, sur laquelle on racontait beaucoup de fables. Quand les Goths, en des temps lointains, quittèrent le rirage des* mers orientales et descendirent vers notre Occident, ils traînaient â leur suite, au rapport de Gésaire d'Heisterbadi, une multitude de femmes amaigries par la faim, épuisées et rendues diiformespartous les genres de débauches, et par les rudes corvées imposées à leur faiUesse. Près d'arriver au terme de leur voyage, les Gothsles abandonnèrent dans les forêts, craignant de voir compromettre la bonne renommée de leur noble sang par les en£Euits nés de ces horribles créatures. Elles étaient donc errantes à travers les sombres déserts de TlUyrie, pleurant leur veuvage et priant le ciel de le finir, quand vint à leur rencontre un troupeau de noirs démons, qui, pour le visage et les mœurs, ressemblaient assez aux
m CUARLEMAGNE
faunes antiques. Ils ne furent pas repoussés, et de là, suivant Césaire, prit origine Taffreuse et formidable nation des Huns *. Ce peuple commerçant et guerrier s'était organisé pour vivre de rapine. C'était là toute son industrie. Ses armées envaJussaient un pays, en revenaient chargées de butin, et faisaient ensuite trafic de
ces dépouilles*
Toute rétendue du territoire occupé par les Avares était défendu par de fortes palissades construites avec des troncs de hêtres, de chênes et de sapms : derrière ce premier rempart s'élevaient des bourgades, ou plutôt des camps trës-rapprochés les uns des autres, entre lesquels il y avait un facile échange d'avertissements et de signaux : derrière ces premiers camps, une autre enceinte, et dans cette enceinte, de nouveaux habitants; et ainsi se succédaient neuf enceintes, neuf cercles de plus en plus resserrés, le dernier enveloppant et protégeant la résidence royale, appelée ring {hringus), oii s'entassaient depuis plusieurs siècles les trésors ravis à TOccident*. Cet asile passait pour inexpugnable.
< CœtariMÊt /fiff. Ifliiifr. Mirae., lib. Iir, nhap. xii. * Des faiiê 9t gaiei 4e Chafia U Grand, par le moine do Saint- Gall. liyre II.
ET SA COUR If7
Cependant Charlemagne, ayant résolu d'abattre la tyrannique puissance des Avares, avait envoyé cohtre eux une année commandée par Éric, duc du Frioul, et celui-ci, s'étant successivement rendu maître de toutes les palissades, avait pénétré jusqu'à la résidence du roi. Ce fut un succès éclatant, mais qui pouvait n'être pas définitif. Pour réparer les brèches faites à lelirs antiques retranchements, les Avares n'avaient qu'à revenir aux lieux aban* donnés par l'armée victorieuse. Il s'agissait de les contraindre à subir la domination , ou»
comme on disait, la tutelle de l'auguste empereur. Ce fut Pépin qui fut chargé de les amener là. Chaiiemagne était alors trop soucieux d'anéantir les Saxons, pour se laisser détourner par d'autres affaires de cette grande entreprise. Pépin reparut sur les traces d'Éric, dévasta l'opulent domaine du chagan, ou prince des Avares, fit un immense butin, et ne se retira pas sans avoir donné rendez-vous au fier barbare dans le palais de l'empereur, à Aix-la- Cbapelle. Au jour marqué, le chagan des Huns se présenta devant Charlemagne, reçut humblement le baptême et prétà le serment de fidélité.
Ce fut le principal exploit de Pépin. Gomme,
tiS GBARLKliAGNE
durant son règne, i'ItaUe ne fut guère troublée que par deux ou iras révolt^^ on doit gup-* poser qu'il était habile à les prévenir. Dans cets temps où Von ne lecoimaiseaitt d'aaxtre empire que celui de la force, tout acte d'obéissance était canaidéré comme un acte servile, et, dès qu'il s'aflrait une occasion de secouer la servitude, on courait aux mmB. Pépin mourait en 810^ le 8 juillet» la paix de l'Italie n'étant pas alûarfl sédeusement menacée. Son règne peut donc être appelé pacifique. Il laissait uin fils et wiq fiUes. Son fils, Jie comte Bernard»
lui iàuccéda.
TV
Lm et jênaes Inâm;.
Nous connaissons mieux le troisième fils d'Hildegarde, Louis, que la mort de ses deux frères rendit unique héritier de l'empire, et que sa piété, jointe à la douceur de ses mœurs, fit sjppoLer d'abord Louis le Pieux ensuite Louis le Débonnaire.
On raconte que Charlemagne, allant rendre ' visite à son iUiistre précq)teur, maître Alcmn,
BT SA COUR 129
retiré dans le monastère de Saint-Martin de Tours, voulut être accompagné dans ce voyage par ses trois fils préférés, Charles, Pépin et Louis. Comme ils se promenaient ensemble dans le cloître, Charlemagne, prenant la main d'Âlcuin, lui dit à l'oreille : « Seigneur maître, lequel, à ton avis, de ces trois nobles enfants doit me succéder dans la haute fonction que Dieu m'a confiée? » Alcuin, les considérant run après Vautre, arrêta ses regards sur le plus jeune, dont le front timide était penché vers la terre, et dit à l'empereur : « Celui-ci. i^ Quelques instants après, adressant la parole aux religieux qui se trouvaient à ses côtés, Alcuin leur lit remarquer Tair modeste, le recueillement pieux du jeune prince, et commenta de cette manière la brève réponse qu'il avait faite à Charlemagne : a Observez-vous l'humble démarche du seigneur Louis? Eh bieni vous le verrez un jour, soyez-en certains, assis sur le trône glorieux de son père * I »
Ce récit n'est peut-être qu'une fable; mais du moins les témoignages de Fhistoire s'accor-
* VUa AUtUnit e coiiice Sanelœ Mari» Remensis desaropta et opcrîba»prœfi(a.~ËrinoldusNigelliis rapportant la môme |;rJdictîon. rattribne à saint Paulin, ëvèque d'Aquiitie. Carmen ci* rcUk* Lud. PU, lib. 11, aiiincm.
I3J GilARLEMAONB
deatnls parfaitemfiQt avec la légende en œ qni regarde le caractère du roi Louis. Dès son enfaïK^e, il montrait, selon Thifitohen Thégan/ une piété réfléchie, qui ne se bornait pas aux acteâ ej^térieurs du culte religieux; il donnait aux pauvres tout ce qu'il recevait de son père, et le peuple^ qu'il avait gag«bé par la nmisué* tude de ses mœurs et la libéralité de son ca* ractère, le plaçait danâ son estime au-dessus des autres fils de Tempereur ^.
Déclaré roi d'Aquitaine dèa sa naissance, il fut, à ràge dé trois ans, après ayoir reçu Tonotion royale, transporté dans ses États^ 11 fit une partie de ce voyage dans son b^ceaa, suivi par un nombreux cortège de grands et de serviteurs. Mais quand, après avoir ainsi traversé beaucoup de plaines arides et désertes, de bois touffus, de rivières et de fleuves aià cours rapide, il arriva sur la limite de son royaume, dans la ville d'Orléans, on le revêtit d'habits de guerre proportionnés à sa taille,, on le mit sur un cheval, et, conduit ainsi j usque dans la ville capitale de l'Aquitaine, l'antique Toulouse, encore et toujours fière de ses ruines etde ses traditions romaines,
* Delà vie et des a:tUnu de Louit le Dèlmimire, par Th 'gan.
ET SA COUR ♦ 13i
il fut partout accueilli par les acclamations des peuples accourus sur son passage ^
<%arlemagne ayait Forgueil de sa race : il était iieureux d'élever des trônes pour y placer ses fils. Il n^était pas^ toutefois, assez aveuglé sur les vertus de sou sang, poiu^ croire que la seule présence de cet enfant oouronné dût assurer dans un vaste royaume la paix, le bon ordre^lerespect des lois etla sécurité des frontières. Louis arrivait dans ses États sous la tutelle d^un leude franc, le sage Arnold» et de plusieurs autres personnages d'une égale expérience, mais d'unnijOindrerenom,.qiii devaient à la fois conduire toutes Tes allaires du gouvernement et veiller sur Téducatioa du jeaae prince. En même temps, pour la défense du territoire et l'administration des domaines royaux, Ckarlemagne établit, à Texemple de Pépin, son père, des* comtes de race franque dans toutes les cités importantes : Humbert à Bourges, Albon à Poitiers, Widbod à Périgueux, Siegwin à Bordeaux, Aimon à Albi, Roger ou Rother à Limoges, Corson à Toulouse. Ithier, un des
chefs de la faction aquitaine dévouée aux mo^
narques francs, eut l'intendance de l'Auver-
* Vie de LouU le Débonnaire, par l'Astronome. .