‹ Charlemagne et sa cour [microform]Chapitre 10 sur 14 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

OFFICIERS DU PALÀîS

Uapocrisiaire»

Saint Adalbert, abbé de Corbie, avait pris soin de composer un livre de quelque étendue sur les ofiâciers du palais de Gharlemagne. Ce livre est perdu; mais nous en possédons, du moins, une analyse faite pour l'instruction de Carloman par un prélat d'une grande autorité, Hincmar de Reims*. C'est le guide que nous allons suivre.

Le premier officier du palais était l'apocri* siaire, ou archi-chapelain. Sous ses ordres

' Ad procerrs regni pro inslitulione Carolomanni régis, dans les Œuvres d'Hincmar, tome II.

étaient les clercs de la chapelle du roi, et il présidait aux offices de cette chapelle. Mais c'étaient là ses moindres soins; car il avait, en outre, dans ses attributions l'intendance de toutes les affaires ecclésiastiques du royaume, et préparait le jugement de toutes les causes de l'ordre canonique, portées à la cour du roi par les premiers évêques ou par les derniers clercs : ce qui lui donnait une grande puissance. Cependant cette haute fonction était quelquefois attribuée à de simples abbés. Ainsi, du temps de Pépin et dans les premières années du règne de Gharlemagne, l'archi-chapelain du palais était l'abbé .de Saint-Denis, nommé Fuir ad. Zélé défenseur des droits de la crosse épiscopale, Hincmar n'admet pas qu'un abbé ait pu marcher ainsi devant les évoques sans leur consentement; il suppose donc que ce consentement fut accordé. Nous avons lieu de croire que Pépin ne le demanda pas. Cet abbé de Saint-Denis était d'ailleurs un homme considérable. Il avait môme rempli les tonctions d'ambassadeur dans la ville éternelle, et par ses conseils le pape Zacharie avait déposé le dernier des princes mérovingiens, l'indolent Childéric. Ainsi l'établissement de la dynastie nouvelle était en partie son ouvrage.

IW CHARLEMAGNE

Gela méritait bien les plus hautes faveurs, et Ton ne doit pas s'étonner de voir les premiers des évêques passer, à la cour de Pépin, après un tel abbé. A la mort de Fulrad, Charlemagne conféra son titre à l'archevêque de Metz, Angilramne. Les évêques observaient alors assez fidèlement Tobligation de la résidence. Charlemagne fit comprendre au pape Adrien qu'il devait constamment avoir à ses côtés un homme versé dans les affaires ecclésiastiques, et l'archevêque de Metz obtint, en conséquence, la permission de venir à la cour*. Celui-ci fut, à sa mort, remplacé par Hildebold, évêque de' Cologne. Théodulfe, qui lui devait peut-être quelques services, a célébré la grande bonté d'Hildebold : « La douceur de ses traits, nous dit-il, répondait à celle de son âme 2. » Angilbert l'inscrit au nombre des meilleurs poètes de la cour ^. Dans la vie de Léon III par Anastase, Hildebold remplit un grand rôle. C'est lui qui se rend le premier auprès de ce pape, si cruellement traité par ses clercs en révolte, et c'est lui qui fait arrêter les coupables.

• Jac. Sirmondi notae in Theodulfi Opéra, page 290. — Voy. Excerpta ex capit. Francofurd., dans le Recueil de dom Bouquet, tome V^ page 651.

• Theodulfi Carminum lib. III, ad Carolum regom.

• Versus de Pippino, dans le Recueil de dom Bouquet, t. V, p. 409.

Les actes du synode de Francfort nous apprennent qu'en l'année 794 les fonctions d'apocrisiaire étaient exercées par Hildebold. Or une lettre du pape Adrien, qui porte la même date, désigne Angilbertcomme ministre de lachapelle royale*. Cependant, au rapport d'Hincmar, on ne distinguait pas le ministre de la chapelle et l'apocrisiaire : ces deux titres répondaient au même emploi. Faut-il donc admettre que le gouvernement des affaires ecclésiastiques était partagé, vers l'année 794, entre l' évêque de Cologne et l'abbé de Saint-Riquier? C'est l'avis de Mabillon. Dom Bouquet propose de substituer ici au titre de premier chapelain celui de chancelier. Qu'un chancelier ait eu de galantes aventures avec une fille du sang royal ; cela n'importe guère à notre savant moine; mais il ne peut voir cette tache dans la vie d'un archi-chapelain. La substitution qu'il nous propose est-elle donc autorisée? Elle ne l'est pas. Si la charge de chancelier avait été quelque temps occupée par Angilbert, nous aurions, ainsi que le fait observer le P. Pagi, des diplômes publiés avec sa souscription, et nous n'en avons aucun. Le P. Lecointe tranche d'une autre façon cette difficulté. Puisque la lettre du

• Dans le Recueil de dom Bouquet, tome V, pngc 597.

pape attribue faussement à l'abbé de Saintpiquier le titre de premier chapelain, c'est donc, suivant Lecointe, une lettre supposée. Mais, par la même raison, si elle vaut quelque chose, il faudra rejeter également comme une pièce apocryphe et de mauvaise fabrique la vie d'Angilbert, publiée sous le nom d'Anscher, où nous lisons, en toutes lettres, que le séducteur de l'aimable Berthe était à la fois et le primicier et l'archi-chapelain [primus capellanorum) de Charlemagne. De toutes ces suppositions la meilleure sans doute est celle de Mabillon : il y eut à la fois, en l'année 794, deux intendants suprêmes des affaires ecclésiastiques, l'un évêque, l'autre abbé. Ajoutons que celui-ci peut avoir administré particulièrement les affaires du clergé régulier, et celui-là celles du clergé séculier, la distinction des deux ordres étant déjà très^marquée. Quant à l'objection tirée du caractère et des intrigues galantes d'Angilbert, elle n'est pas considérable. Un homme d'une aussi noble race, qui jouissait d'un aussi grand crédit, ne pouvait être empêché par ses mœurs d'exercer aucun emploi. Le pieux historien de ses galanteries, Anscher, qui vivait au xii« siècle, s'exprime à cet égard avec une étrange naïveté. Avant de

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raconter comment l'archi-chapelain du roi Charles (car il ose même antidater sa promotion) se rendit trop agréable par ses grands airs à l'une des filles d'Hildegarde, Anscher énumère, dans un court exorde, toutes les qualités d'Angilbert, et place en première ligne la très-grande honnêteté de ses mœurô, morum honestissima probitate. Ainsi les mots ont, suivant les personnes et les temps, une signification tout à fait différente.

Veut-on se faire une juste idée d'un grand officier de la couronne sous le règne de Charlemagne? En voici le type le plus parfait; c'est Angilbert.

Son père, son aïeul, ayant occupé, sous les rois précédents, de hautes charges, Charles l'avait eu, dans sa jeunesse, pour commensal et pour ami. En montant sur le trône, il le nomma son conseiller silentiaire ou auriculaire, c'est-àdire son confident officiel, le premier de ses ministres. Angilbert a le goût des lettres profanes ; cet autre Homère lit couramment Ovide et Virgile : c'est un savant, c'est même un poète distingué. A ces titres, l'Église le réclame, et le voilà prêtre. On lui destine déjà le pallium ; plusieurs villes métropolitaines se disputent l'honneur de posséder un prélat de

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si grand renom, quand il séduit et rend deux fois mère une fille du roi.

A quelque temps de là, c'est un duché qu'il possède, et non pas une métropole. On le voit parcourir le Ponthieu, sa province, rendant la justice au nom du roi. Mais il est inquiet, car il est malade, et l'affection morbide qui le travaille menace, il paraît, d'interrompre le cours de sa vie. Alors il entend parler du monastère de Saint-Riquier, célèbre par le nombre de ses religieux et parles miracles accomplis au tombeau du saint qui l'a fondé. Ce récit émeut Angilbert, et il ne pense plus qu'à faire sa retraite à Saint-Riquier, s'il recouvre la santé par l'intercession du puissant patron des pauvres moines. Mais le terrible Charles a fait consacrer ses amours avec Berthe : il est marié. Qu'importe? S'il entre dans un monastère, sa femme, par ses ordres, suivra son exemple ; ils expieront ainsi, l'un et l'autre, les écarts de leur conduite.

Telles étaient les pensées qu' Angilbert roulait dans son esprit, accommodant toute chose au pieux dessein qu'il avait formé, quand un bruit plein d'alarmes arriva jusqu'à lui. Les Danois avaient pénétré, par les embouchures de la Seine et de la Somme, dans tous les ports

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de la France maritime; leurs innombrables navires emplissaient les fleuves, et les populations riveraines, épouvantées par l'irruption de ces farouches dévastateurs, refluaient vers les villes du centre, implorant le secours des gens de guerre. Angilbert n'a plus le loisir de songer au salut de son âme ; et, comme les troupes dont il pouvait disposer n'étaient pas capables de soutenir le choc des pirates, il se rend auprès du roi pour lui faire le récit des périls qui menacent une de ses provinces. Celui-ci n'a rien de plus pressé que de mettre sous les ordres d' Angilbert des forces considé- ' râbles. C'était en l'année 791 . A l'approche des Francs, les Danois prennent la fuite, et il en est fait un grand carnage.

Angilbert se rend alors à Saint-Riquier, remercie Dieu de la victoire qu'il a si facilement remportée , prend l'habit claustral , et rimpose à Berthe, qui vient , au mépris des canons, demeurer avec lui dans l'intérieur du monastère *. Bientôt on le nomme abbé. Les sujffrages ne se partagent pas ; ils se réunissent tous sur la tête d'un homme aussi

* • Berlham sacro velamine consecratam loco congruenti, intra idem cœnobium Centulense, composuit. » Anscberus, Vita S. Angilberti.

puissant à la cour, aussi vaillant à la guerre. Va-t-il, suivant la règle, s'assujettir à la résidence et finir dans le recueillement une vie commencée par les agitations du siècle ? La règle n'avait pas été faite pour les religieux de cette qualité, ou bien on les dispensait aisément de la suivre. Déjà, étant simple moine, en l'année 792, il avait été chargé de conduire au delà des monts, devant le pontife Adrien, ce malheureux évêque d'Urgel, Félix, qui avait osé chercher le sens d'un grand mystère, et s'était fait condamner comme nestorien. Reparaissant bientôt à la cour, Angilbert joint au titre d'abbé celui d'apocrisiaire, et se rend de nouveau dans la ville éternelle, chargé de transmettre au pape les actes du concile do Francfort. On l'y retrouve encore en 796. En 800, il suit Charlemagne allant à Rome châtier les persécuteurs de Léon et recevoir les insignes de la puissance impériale. En 811, il réside à la cour, présidant, sous le nom d'Homère, les doctes assemblées des théologiens et des poètes palatins, et puis il va mourir à Saint-Riquier, au mois de février de l'année 814, quand Charles, son maître et son constant ami, mourait dans son palais d'Aix-la- Chanelle.

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L'apocrisiaire était certainement le plus occupé des fonctionnaires du palais ; mais Char lemagne venait souvent à son aide. Lorsqu'il n'avait pas un trop vif souci des choses de la guerre, Charlemagne aimait à apprendre comment se comportait son église, faisait des règlements pour la discipline et dictait même des articles liturgiques; ou bien encore, mandant auprès de lui les évêques, les abbés mal notés, il ne leur épargnait ni les réprimandes, ni môme, au besoin, les châtiments. Ainsi, dans plusieurs de ses capitulaires, il recommande à ses clercs d'étudier les Écritures, et de croire fermement au mystère de la Trmité ; il leur enjoint, en outre, d'apprendre par cœur tout le psautier, avec les prières, les formules, les oraisons nécessaires pour administrer le baptême ; enfin il leur défend d'avoir plusieurs femmes pour épouses * et de manger dans les cabarets. Jusqu'où ne s'étendait pas alors la compétence du pouvoir civil en matière de religion? Se présentant un jour à sa chapelle, au moment où l'on allait baptiser quelques enfants, Charlemagne les interroge, et reconnaît qu'ils ne savent pas convenablement

« . Si sacerdotes pluresuxores habuerint, sacerdotio privenlur. . Capitulare anni769, apnd Baluzium, lome I. page 189.

l'oraison dominicale et le symbole. Usurpant alors, pour employer le langage des canonistes modernes, usurpant les fonctions de l'évêque, il interrompt la cérémonie, renvoie les enfants dans leurs familles , et leur interdit de revenir à la fontaine sacrée tant qu'ils ne seront pas mieux instruits *. Une autre fois, il défend aux prêtres de recevoir de l'argent pour administrer les sacrements ^; ou bien de vendre à des marchands juifs les vases ou les autres ornements des églises 3. Gomme il s'estimait, et à bon droit, plus savant en liturgie que les plus grands prélats de son royaume, il ne manquait pas de faire des règlements pour enjoindre ou pour prohiber telle ou telle pratique dans les cérémonies de la messe, dans l'ordre des jours fériés, dans l'administration des sacrements. Les prescriptions de ce genre abondent dans ses capitulaires *.

• Epistola Caroti Magni ad Garibaldum Leodiemem, dans le RC' eueil de dom Bouquet, tome V, page 630.

» Capilularia reg. Franc., édita a St. Baluzio. tome I col

^ Ibid., capitulare anni806.

* Il ne faisait que suivre en cela l'exemple des rois mérovingiens. Chilpéric ayait imaginé une explication de la Trinité qui risproduisait fidèlement celle de Sabellius. Tout fier de sa décou* verte, U s'empressa de la faire connaître à Grégoire de Tours. Celui-ci n'était pas un profond théologien, mais U ne pouvait igno-

Quelquefois même, remplissant les derniers offices de l'apocrisiaire, il enseignait la psalmodie aux clercs de sa chapelle.

Voici ce que raconte, à ce propos, notre anonyme de Saint-Gall : « Parmi les hommes attachés à la chapelle du très-docte Charles, personne ne désignait à chacun les leçons à réciter, personne n'en indiquait la fin, soit avec de la cire, soit par quelque marque faite avec l'ongle ; mais tous avaient soin de se rendre assez familier ce qui devait se lire, pour ne tomber dans aucune faute quand on leur ordonnait à l'improviste dédire une leçon. L'empereur montrait du doigt ou du bout d'un bâton celui dont c'était le tour de réciter, ou qu'il jugeait à propos de choisir, ou bien il envoyait quelqu'un de ses voisins à ceux qui étaient placés loin de lui. La fin de la leçon il la marquait par une espèce de son guttural. Tous étaient si attentifs quand ce signal se donnait, que, soit que la phrase fût finie, soit qu'on fût à la moitié de la pause, ou même à l'instant de la pause, le clerc qui suivait ne

rer la thèse fameuse de l'hérésie sabellienne ; il écrivit donc au roi pour lui montrer son erreur. Mais Chilpéric répliqua : « Je veux que vous croyiez ce que j'ai dit, toi et les autres docteurs de FÉglise. . (Greg. Turon., Hi*t. Franc., lib. V.)

reprenait jamais au-dessus ni au-dessous, quoique ce qu'il commençait ou finissait ne parût avoir aucun sens. Cela, le roi le faisait ainsi p'our que tous les lecteurs de son palais fussent les plus exercés, quoique tous ne comprissent pas bien ce qu'ils lisaient ^ » Ce récit doit être exact. On y voit si bien tous les personnages désignés remplir leur rôle, qu'on les représenterait aisément sur la toile. Ce serait une curieuse peinture, et qui saisirait tous les regards par l'énergie de sa couleur locale. Charlemagne enseignant la psalmodie, un bâton à la main, et touchant de ce bâton l'épaule des clercs qui doivent entonner les répons... Heu ! qiialis faciès, comme dit le poëte, et quali dijna tabellal

Le chancelier.

Après l'apocrisiaire venait le chancelier, qui présentait au roi toutes les requêtes, signifiait toutes les réponses du roi, expédiait les diplô-

* Des faits et gestes de Charles le Grand, part. II, traduclion d M. Guizot.

mes et les chartes. Il avait sous ses ordres tous les notaires du palais, et, comme il était luimême le premier des notaires, on lui donnait indifféremment l'un ou l'autre titre. Le premier chancelier de Charlemagne paraît avoir été Ludbert, à qui succédèrent Hitier, Barthélemi, Radon, Archambauld.

Archambauld est, de tous les chanceliers de Charlemagne, celui dont le nom se présente le plus souvent dans les chroniques On le trouve même dans les chartes. Il avait toute la confiance de son maître, qui l'employait aux affaires les plus diverses. Nous parlerons d'un voyage qu' Archambauld fit en Ligurie, dans le cours de l'année 801 . Charlemagne avait envoyé des ambassadeurs et des présents au calife de Bagdad, Haroun-al-Raschid, et celui-ci, pour témoigner au calife de France combien il était fier d'être compté parmi ses amis, lui faisait porter d'autres présents, du baume, du nard, des épices, des drogues médicinales de toute espèce , enfin des singes et un éléphant de très-belle apparence. Mais, des trois envoyés de Charlemagne, deux étaient morts dans le voyage, et les dons du magnanime Haroun arrivaient sous la conduite du juif Isaac, qui, n'ayant pas de navires, allait

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reprenait jamais au-dessus ni au-dessous, quoique ce qu'il commençait ou finissait ne parût avoir aucun sens. Cela, le roi le faisait ainsi p'our que tous les lecteurs de son palais fussent les plus exercés, quoique tous ne comprissent pas bien ce qu'ils lisaient K » Ce récit doit être exact. On y voit si bien tous les personnages désignés remplir leur rôle, qu'on les représenterait aisément sur la toile. Ce serait une curieuse peinture, et qui saisirait tous les regards par l'énergie de sa couleur locale, Charlemagne enseignant la psalmodie, un bâton à la main, et touchant de ce bâton l'épaule des clercs qui doivent entonner les répons... Heu ! qualis faciès, comme dit le poëte, et quali dirjna tabella!

Le chancelier.

Après l'apocrisiaire venait le chancelier, qui présentait au roi toutes les requêtes, signifiait toutes les réponses du roi, expédiait les diplô-

* Des faits et gestes de Charles le Grand, part. II, traduction d M. Guizot.

mes et les chartes. Il avait sous ses ordres tous les notaires du palais, et, comme il était luimême le premier des notaires, on lui donnait indifféremment l'un ou l'autre titre. Le premier chancelier de Charlemagne paraît avoir été Ludbert, à qui succédèrent Hitier, Barthélemi, Radon, Archambauld.

Archambauld est, de tous les chanceliers de Charlemagne, celui dont le nom se présente le plus souvent dans les chroniques On le trouve même dans les chartes. 11 avait toute la confiance de son maître, qui l'employait aux affaires les plus diverses. Nous parlerons d'un voyage qu' Archambauld fit en Ligurie, dans le cours de l'année 801 . Charlemagne avait envoyé des ambassadeurs et des présents au calife de Bagdad, Haroun-al-Raschid, et celui-ci, pour témoigner au calife de France combien il était fier d'être compté parmi ses amis, lui faisait porter d'autres présents, du baume, du nard, des épices, des drogues médicinales de toute espèce , enfin des singes et un éléphant de très-belle apparence. Mais, des trois envoyés de Charlemagne, deux étaient morts dans le voyage, et les dons du magnanime Haroun arrivaient sous la conduite dv juif Isaac, qui, n'ayant pas de navires, allait

tre arrêté parla mer. Archanibauld fut chargé de courir à sa rencontre et d'équiper les navires propres à recevoir les merveilles de TOrient *. L'éléphant débarqua vers le mois d'octobre à Porto-Venere, sur la côte de Gênes; et, comme il ne pouvait traverser les Alpes à cause des neiges, il fut hiverné dans la ville de Verceil ^. On l'appelait Abulabas, père de la dévastation. Gharlemagne, qui ne se lassait pas d'admirer ce noble animal, voulut l'avoir toujours dans son escorte. Mais il ne s'accoutuma guère aux brouillards du Rhin, et mourut subitement, en 810, à Lippenheim ^.

Théodulfe ne pouvait manquer de faire quelques vers en l'honneur du chancelier Archambauld *. C'était à la cour un personnage trop considérable pour être oublié par un poëte courtisan.

Engelramne réunit ensuite les deux fonctions d'archi-chapelain et de chancelier. Elles furent de nouveau séparées en faveur de Jérémie, qui devint archevêque de Sens après avoir eu quelque temps l'administration du sceau royal. On

* Éginhard, Annales, ad ann. 80i.

» Ihid.

' Ibid,, ad ann. 810.

^ Carmin, lib, III, ad Carol. regem.

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compte encore, parmi les chanceliers de Gharlemagne. Hildebold, l'archevêque de Gologne, Lutward, Theudegard, Ghrotard et Eldebert. Ces trois derniers n'eurent, à ce qu'il paraît, que des attributions temporaires *. Gomme Éginhard ne fait jamais usage du mot cawcellariiis, il faut peut-être inscrire au nombre des chanceliers de Gharlemagne le notaire Rotfrid, abbé de Saint-Amand, qui remplit, en 808, les fonctions d'ambassadeur, allant rétablir sur son trône Eardulf , roi des Northumbriens de Bretagne 2. Une telle mission n'aurait pas été, comme il semble, confiée àun simple notaire.

le comte du palais.

On sera peut-être bien étonné d'apprendre qu'à la cour de Gharlemagne le comte du palais marchait après le chef des notaires. Cependant cela s'explique. Le chancelier était le manda-

* M. Natalis de Wailly, Éléments de paléographie, tome I, page ^ Éginhard, Annales, ad ann. 808*

taire le plus immédiat de la puissance royale. Le premier il avait les secrets du roi, et, quand le roi demandait des conseils, il s'adressait d'abord à son chancelier. Ce devait être et c'était ordinairement Thommele mieux informé de toutes les affaires de l'état. Aussi les comtes du palais briguaient-ils l'honneur d'être les vicaires des chanceliers, en leur absence. Les fonctions habituelles de ces comtes palatins étaient cependant fort importantes. Nous avons dit que l'examen de toutes les questions ecclésiastiques appartenait d'abord à l'apocrisiaire, et qu'il préparait, dans les cas d'appel, les jugements qui devaient être dictés par le roi. Toutes les questions civiles étaient renvoyées de la même manière au comte du palais. Il avait d'abord dans sa charge le gouvernement de la maison du roi, ce qui n'était pas une médiocre affaire ; il recevait aussi les plaintes des préfets, et leur transmettait les instructions ou les ordres dont ils avaient besoin pour maintenir ou rétablir la paix entre les hommes libres de leurs provinces; il contrôlait les comptes de tous les officiers administratifs, et signalait au roi les abus qu'ils avaient pu commettre, soit dans la perception, soit dans l'emploi de ses deniers; enfin, et c'était là ce qui peut-être

l'occupait le plus, il entendait avant le roi tous les plaideurs de l'ordre civil qui venaient invoquer sa justice *.

Si considérables que fussent les attributions des comtes du palais, il faut croire que ce titre ne relevait pas beaucoup celui de comte, car c'est à peine si nous le trouvons porté, durant tout le règne de Charlemagne, par quatre des grands attachés à sa personne ; encore sont-ce des hommes obscurs : Anselme, qui périt à Roncevaux ; Worad, qui fît en 782 une expédition malheureuse contre les Slaves; Troant, qui figure en 799 dans les pièces du procès entre l'évêque du Mans et les moines de Saint- Calais, et un certain Amalric, qui est nommé comte du palais dans un diplôme de Tannée 81 2, publié tour à tour par Mabillon et par dom Bouquet. On peut supposer que cette charge était occupée temporairement.

* « Gomitis palatii, inter cetera pane innumerabilia, in hoc maxime sollicitudo erat, ut omnes légales» quae alibi ortae, propter aequitatis judicium, palatium aggrediebantur, juste ac rationabiliter determinaret, seu perverse judicata ad sequitatis tramitem reduceret. > Hincmarus, loco citato, cap. xxi.

Le chambellan.

Nous nommerons ensuite le camérier, ou chambellan, chargé d'entretenir, après la reine et sous ses ordres, les meubles et les vêtements du roi. Mais Charlemagne, assez peu soucieux de sa garde-robe, envoyait volontiers ses chambellans soit en ambassade, soit à la guerre, à la tête des armées. Ainsi, le chambellan Adalgise, nommé par les Annales de Metz personnoge puissant, virpotens, fut le chef de l'expédition dirigée, en 782, contre les Slaves soulevés par l'intrépide Witikind. Le camp des Slaves était établi sur un des versants du mont Suntal, danslaHesse. Ayant joint l'ennemi, le téméraire Adalgise se précipita sur ses lignes au pas de course, persuadé que rien ne pouvait résister à l'impétueuse valeur des Francs. Mais il paya cher cet excès de confiance : son armée fut battue, il tomba lui-même dans la mêlée, blessé mortellement, et cette journée, qui re-' leva pour quelque temps la puissance des Saxons, fut une des plus funestes du règne de

ET SA COUR m

Charlemagne*. Un autre chambellan, nommé Meginfrid, envoyé comme Adalgise chez des peuples insoumis, fut plus heureux contre les Avares que celui-ci ne l'avait été contre les Saxons ^. Mais cette expédition contre les Avares était conduite par Charlemagne : Meginfrid ne commandait qu'une division de l'année franque.

Officiers inférieurs.

Sur le même rang étaient le sénéchal, le grand échanson et le connétable. Le sénéchal était le maître de l'hôtel du roi; on l'appelait aussi chef des cuisiniers^ princeps coquorum. Il commandait à tous les officiers de la bouche, qui sont nommés dans les titres adores régis. Le grand échanson surveillait les caves; le connétable, les écuries. L'humilité des titres ne fait guère soupçonner l'importance des personnages qui se faisaient gloire de les posséder. Mais le plus recherché de tous les honneurs

• Éginhard, Annales, ad ann. 782, ^Ibid., ad ann. 791.

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étant déjà d'être compté parmi les serviteurs du roi , nous voyons ces trois départements, de la cuisine, de la cave et de l'écurie, brigués par les premiers d'entre les comtes, proceres, optimates regni.

Le plus ancien des sénéchaux de Gharlemagne, Eggihard, périt avec Roland à Roncevaux. L'historien de cette tristejournée désigne parmi les morts, avant Anselme, comte du palais, et même avant Roland, préfet de Bretagne, le sénéchal Eggihard. C'est sans doute un hommage à son mérite et à son rang.

Le sénéchal Andulf n'était, suivant le poëte saxon, rien moins qu'un duc; les Annales de Metz l'appellent homme illustre. C'est lui qui commanda l'armée envoyée en 786 contre les Bretons insoumis. Chassées de leur île par les Angles et par les Saxons, quelques familles bretonnes avaient autrefois traversé la mer et s'étaient établies sur le continent, dans le pays des Venètes et des Curiosolites. Plus tard, les rois francs étaient venus les visiter et les avaient rendues tributaires. On ne s'acquitte jamais volontiers d'une charge imposée par la force. Nos Bretons, voyant Gharlemagne fort occupé du côté de l'Orient, crurent que le moment était favorable pour s'affranchir ; mais Andulf,

étant allé vers eux, les remit promptement ^ sous l'obéissance et reçut leurs otages, qu'il conduisit à Worms aux pieds du roi*. Nous supposons que cet Andulf est le Ménalque de révêque d'Orléans. « Que je voie, dit-il, l'habile Ménalque descendre de son trône couvert de fruits, essuyant avec sa main la sueur qui tombe de son front, et reparaître souvent dans la salle du festin, entouré de ses bataillons de cuisiniers, sur lesquels il exerce l'autorité

synodale^. »

Voilà quelles étaient, à la cour, les fonctions ordinaires des plus nobles guerriers.

Nous connaissons un des grands échansons de Gharlemagne, qu'on appelait aussi bouteilliers. Il s'appelait Éwrard. C'est lui qu'il envoya vers Tassillon, duc de Bavière, en l'année 781 , pour rappeler à ce prince son serment de fidélité. Il marchait dans cette ambassade de pair avec deux évêques latins , députés par le pape, Formose et Damase. Mais, si grand personnage que fût cet Éwrard, à qui Gharlemagne avait confié l'administration de sa cave, il n'occupera jamais dans l'histoire le

« Éginhard, Annales, ad ann. 786.

* Theodulfi Carminum lib. UI.

même rang qu'un de ses subordonnés, un simpie échanson *. Il ne s'agit pas d'un certain Eppinus, célébré par Théodulfe 2, qui peut avoir joui, dans son temps, d'une renommée bien acquise. Nous n'aurons rien à réclamer ni pour ni contre la gloire de cet Eppinus, Mais nous voulons parler de Benoît Wittiza, plus connu sous le nom de saint Benoît d'Aniane.

Né dans la ville ou dans les environs de Maguelone, où son père avait le titre de comte, Benoît descendait de ces terribles Goths, confondus souvent avec les Gètes, qui vinrent au v^ siècle s'établir vers les limites méridionales de l'Aquitaine, dévaster d'anciennes villes, en fonder de nouvelles, et constituer sur des amas de ruines un royaume appelé dans les chroniques le royaume de Gothie. Le père de Benoît, ennemi des perfides Gascons, dont il avait fait,' dans une rencontre, un mémorable carnage, s'était montré un des plus fidèles alliés des rois francs, et, par ses ordres, son fils, bien jeune encore, avait été conduit à la cour de Pépin, où, placé sous la tutelle de la reine

J M. Guérard établit scrupuleusement la prépondérance hiérarchique des bouteilliers sur les échansons, qu'on nommait scansio^ nés, ptncnrnœ régis. Explication du capitulaire de Yiiiis. " Theodulfi Carmin, lib. III.

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Berthe, il avait eu pour camarades, pour condisciples, Charles et Carloman. Bientôt son heureux naturel, la facilité de son esprit, son aptitude à toute chose, l'avaient fait nommer échanson, et, sous ce titre, il avait honorablement servi dans la milice du roi Ml ne quitta pas la cour, pour devenir moine, avant l'année 774 : on doit donc supposer qu'il occupa jusqu'alors l'emploi d'échanson, puisque son disciple et son biographe, Ardon, le place encore, en cette année 774, parmi les domestiques du roi, sans lui donner une autre charge. Raconterons -nous la suite de sa vie, sa retraite dans l'abbaye de Saint-Seine, son retour dans le domaine de ses ancêtres, ses adieux éternels aux pompes et aux gloires du siècle, prononcés sur les bords de l'Aniane, ses pratiques rigides, ses enseignements pieux, ses miracles et son inscription au rang des bienheureux ? Toutes ces circonstances n'appartiennent pas à l'histoire de la cour de Charlemagne. Benoît reparut cependant au milieu de cette cour, en l'année 801. Autour de la cellule qu'il avait

1 « Erat quippe velox et ad omnia utilis. Post haec vei o pin- » cernae sortitur ofïïcium. Militavit aulem temporibus pra;fali re- • gis. . Vita S. Benedicti ab Ardone, dans les Acta de Mabillon, pars I, sxcul. iv.

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