‹ Charlemagne et sa cour [microform]Chapitre 6 sur 14 · OS CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

OS CHARLEMAGNE

pouvoir, joignant ses ambassadeurs à ceux de Charlemagne, afin d'éloigner les inquiétudes qu'aurait pu faire naître dans l'esprit d'Irène une proposition tellement inattendue. Théophane ajoute que l'entreprise allait réussir, et qu'on allait voir tous les peuples de l'ancien monde confondus encore une fois sous l'autorité d'un seul maître, quand l'eunuque Aétius, soupçonnant bien que cela devait tourner à la ruine de Gonstantinople, dévoila tous les secrets de la négociation, souleva les grands de la cour contre les émissaires du roi barbare, et les fit renvoyer au delà des mers, humiliés et mécontents ^ Gaillard orne ce récit des fleurs de sa rhétorique. Il suppose d'abord que l'initiative de la transaction vint de l'impératrice, et, par divers arguments, il s'efforce de démontrer qu'elle faisait un habile calcul. Il introduit ensuite sur la scène le vieux parti grec et son chef Aétius, ourdissant mille intrigues ; et Charlemagne ne paraît au fond de ce tableau, que pour montrer une naïve inexpérience au service d'une grande ambition 2. Aucune des chroniques occidentales ne parle de cette

* Theophanis Chronographla, dans le Recueil des Historiens de France, t. V, p. 189.

^Hist, de Charlemagne, t. Il, p. 446 et suiy.

afl'aire, et nous avons dans les GrvScs une trèsmédiocre confiance. Il est donc vraisemblable, à notre avis, que ce projet de mariage entre Irène et Charlemagne est tout simplement une fable inventée par les plus féconds et les plus ingénieux des imposteurs, les annalistes byzantins.

Mais ne raconterons-nous pas avec plus d'assurance l'aventure de sainte Amalberge? Charlemagne ayant conçu la plus vive passion pour cette aimable fille, voulut un jour lui faire violence. Tel est, du moins, le récit d'un hagiographe. En ce péril, Amalberge, se dégageant des étreintes de Charlemagne, se réfugia vers une chapelle. Avec le même empressement le roi l'y suivit, et, comme elle se prosternait devant l'autel, il la saisit avec une telle véhémence qu'il lui cassa le bras. Mais la Vierge Marie, ajoute le légendaire, la guérit aussitôt, et Charlemagne, témoin du miracle, crut alors devoir contenir son ardeur ^ Amalberge fut à cause de cet événement mise au nombre des saintes. Résister aux caprices amoureux du plus puissant des rois, c'était, il paraît, montrer un courage

* M. G. Paris, HisL poct., p. 382.

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