‹ Charlemagne, ou, La Caroléide (volume 2)Chapitre 10 sur 31 · S5 CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

S5 CHARLEMAGNE

Et le prince a rendu, par sa mâle éloquence,

Un guerrier à la gloire, un héros à la France.

Cependant Olivier, loin du temple fatal, A reporté ses pas vers les murs d Héristal : Le roi l'ordonne ainsi : d'Olivier Charle ignore La conduite légère. — « A la troisième aurore, » A t il dit au guerrier, de son roc descendu, » Que Bozon, de mes plans par toi seul prévenu, » Sur les bords du Veser donne une attaque feinte. »

Flus heureux cette fois, sans obstacle et sans crainte, Le paladin au fort arrive inattendu; Mais hélas! d Héristal Bozon a disparu : Le désespoir y règne... Et dans la citadelle, Chaque preux s'abandonne à sa douleur mortelle. Qu'est devenu Bozon?.. Il s'est, dil-on, rendu La veille au mont du Nord, et n'a plus reparu. « — Amis , dit Olivier, sur la roche déserte , » Peut-être en ce moment Bozon louche à sa perte, » Et vous délibérez!.. Cruels! il faut agir : » Courons tous sur ses pas le sauver ou mourir! » « — Mais si pendant ce temps, Seigneur, la forteresse » Est reprise d'assaut?.. — N'importe, le temps presse ; » Un seul guerrier souvent des peuples tient le sort. » Il s'agit dun héros, que nous importe un fort ! « Il dit : quinze guerriers, compagnie intrépide,

A l'instant avec lui volent au mont perfide.

Sous le roc enchanté , déjà depuis long-temps, Bozon avoit perdu l'usage de ses sens, Quand son œil se rouvrit à la clarté céleste. O surprise!., il se voil près de l'antre funeste, Soutenu par Elma, sur le sable étendu.

Sans doute un dieu sauveur sur l'île descendu, Les protégeoit tous deux : la vierge infortunée, Par un charme secret vers Bozon entraînée, Seule avoit parcouru l'antre d'enchantement, Et seule avoit sauvé le héros expirant.

Méphitique et mortel, sous le roc solitaire (3) , Un air vif, s'élevant à quelques pieds de terre, Couvroit le sol humide; et là, tout imprudent, Qui, baissé l'aspiroit, tomboit sans mouvement. Tar quelque esprit divin, soutenue, inspirée, La fille des déserts, sous la caverne entrée, Jusqu'à l'air malfaisant ne courba point son front : Evitant la vapeur, elle sauva Bozon.

Alors l'aube du jour commençoit à renaître; Bozon surpris, troublé, cherche à se reconnoitre : La grotte, 1 île, Elma, ses chants inattendus, Rentrant dans sa mémoire en souvenirs confus; Il croit rêver : Elma, douce et plaintive amie,

f)o CHARLEMAGNE.

S'est jetée à genoux, et tremblante s'écrie :

« — Père dos tourbillons! de tes palais mouvants,

» Descends, descends vers nous en rayons bienfaisants!

» Au nom de Malvina* ma foible voix t'implore :

» Sauve un nouvel Oscar""*! Qu'au feu du météore,

» Le fils de l'avenir chante un jour sa valeur !

>• Fingal, verse sur nous, du sein de la vapeur,

» La coupe du salut! Fais que loin de sa tête,

» Mugissante et vaincue empire la tempête !

» Rends ta fille au bonheur! Elle attend tout de toi :

» Ou pour lui que je meure, ou qu'il vive pour moi! »

Elle dit : tout à coup un géant formidable, De ces bords dangereux souverain implacable, L'affreux tyran d'EIma, l'odieux Athmerson, De pied en cap armé, s'élance sur Bozon : Bozon s'est relevé; déjà son bras terrible, Sur la rive du lac, combat le monstre horrible. « — O fille de Cormac! ( s'est écriée Elma (4), » Implorant ses aïeux ) intrépide Morna! » Jadis ton bras armé contre un guerrier parjure, » Immola Ducomar sous la grotte de Ture. » Que n'ai je ton courage!.. Athmerson sur ce bord, « Déjà depuis long-temps auroit reçu la mort. »

Non loin les deux guerriers combattent avec rage :

* Malvina, fille d'Ossian, l'Antigone du Nord. *■* Oscar, fils d'Ossian.

Athmerson sur le preux semble avoir l'avantage; L'infortunée Elma pousse un cri douloureux, S'adresse aux vents, supplie et la foudre et les cicux. Sa frayeur de Bozon redouble la vaillance : En vain quelques instants le succès se balance; Bozon va triompher : l'invincible Bozon Vient d'enfoncer son fer dans les flancs d1 Athmerson. Le géant pousse un cri... Mais, ô noirceur nouvelle! Aussitôt trois brigands que ce signal appelle, Accourent vers leur chef. — « Amis! frappez Elma! » Frappez, crie Athmerson, sans crainte immolez-la! » Toi, voyons, vil guerrier que l'insensée admire, » Si tu sauras sauver ce que tu sus séduire ! »

Il dit : un des soldats de l'infâme Athmerson Veut s'emparer d'Elma qu'en vain défend Bozon; Mais la vierge du lac s'échappe épouvantée, Se précipite au fond de la grotte enchantée, Et, seule, disparoit aux yeux de ses tyrans.

Nul n'ose la poursuivre en ces lieux effrayants; Mais Bozon furieux, frappant son adversaire, Atteint d'un coup mortel ce monstre sanguinaire. Déjà le lâche a fui , poursuivi par Bozon , Quand les vils défenseurs du farouche Athmerson Lèvent tous sur le preux leurs glaives homicides.

Pendant que le héros combat ces trois perfides, Sous le roc enchanté s'élance le géant (5) :

Un bruit épouvantable, un affreux tremblement A l'instant retentit... et sur ces bords infâmes, Gouffre infernal, au loin l'antre vomit des flammes.

Les gardes d'Athmerson, abattus , tombent morts : Le paladin français triomphe, et sur ces bords, Vers l'antre redouté vole saisi de crainte : Les airs ne tonnent plus, et la flamme est éteinte. Sous la caverne il entre... O spectacle d horreur! Assis au fond du roc, l'infernal enchanteur Tient captive en ses bras sa victime sanglante; Et tous deux calcinés dans la grotte brûlante, Offrent à l'œil surpris, sous un dôme enflammé, Une cendre vivante, un groupe inanimé.

Ainsi dans Pompéia, sous la lave engloutie, Se voit d'un peuple entier la foule ensevelie : Tous, conservant leur forme, et là, comme agissants, Depuis des siècles, morts, offrent leurs traits vivants.

Bozon s'est élancé vers le groupe insensible ; Il veut saisir d'Elma le voile... Aspect horrible ! Le voile tombe en cendre... O guerrier généreux! Ne touche point Elma, son image à tes yeux Disparoîtroit de même, en poussière réduite.

Cependant Olivier et sa vaillante élite, Ont gravi le rocher; déjà, sur des radeaux,

Du lac marécageux ils traversent les eaux, Et découvrent Bozon sous la grotte cruelle.

Mais le preux, accablé d'une douleur mortelle, Debout, l'œil attaché sur un tableau d'horreur, Ne regarde qu'Elma, ne sent que son malheur : Un poids affreux l'oppresse, et dans ce lieu d'alarmes, Pour la première fois ses yeux versent des larmes.

Entraîné malgré lui loin du rocher fatal, Bozon, triste et rêveur, rentre au fort d'Héristal. Ses guerriers l'ont suivi : là sa douleur extrême S'affoiblit par degrés, il revient à lui-même. Des ordres de son roi par Olivier instruit, Bozon prépare tout pour le combat prescrit; Et d'Elma fuit bientôt limage attendrissante, Comme l'ombre nocturne à l'aube renaissante : Heureux de retrouver sa troupe et son ami, Il fit un songe affreux... Mais ce songe est fini.

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