‹ Charlemagne, ou, La Caroléide (volume 2)Chapitre 8 sur 31 · FIN DU CHANT QUINZIÈME · texte numérisé non relu

FIN DU CHANT QUINZIÈME

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(i) Squelette menaçant , He'Ia m'est apparue.

Héla (la mort) est fille de Lock, satan des Scandinaves, et d'Angerboth (messagère de la douleur). Elle a deux frères, le loup Fenris, et le grand serpent de Midgard. He'Ia est la reine de Niflein (des enfers ). La moitié de son corps est bleue, l'autre moitié' est revêtue de la peau et de la couleur bumaine. Elle gouverne les neuf mondes de Niflein. Son palais est la douleur, sa porte le précipice , son vestibule la langueur, ses esclaves le retard et la lenteur, son lit la consomption, son toit la malédiction. ( Voy. XEdda myth. , fable XVI. )

(a) Le serpent de Midgard a sifflé dans nos bois.

C'est le même serpent de Midgard, dont Héla est la sœur, qui, lers du crépuscule des dieux ( la fin du monde), doit être déchaîné, ainsi que le loup Fenris, son frère; ces deux monstres ravageront la terre; le loup Fenris ouvrira une gueule énorme; sa mâchoire d'en-bas touchera la terre , celle d'en haut s'étendra jusqu'au ciel , et iroit plus loin encore , s'il y avoit place. Le grand serpent vomira des flots de venin, qui inonderont l'air et l'eau. Cependant ils finiront par périr ; l'un ( le serpent ), terrassé par Thor, l'autre par Vidar.

Les sifflements du serpent de Midgard annoncent l'arrivée de sa sœur Héla , et pronostiquent des événements sinistres.

(3) Ces colosses sacrés , redoutables abîmes ,

Dont les flancs embrasés recèlent nos victimes.

Quand un grand ctoit dangereusement malade, les druides élevoient des statues colossales d'osier , dont les membres étoient remplis d'esclaves ou de criminels , qu'on bruloit vifs ; et pendant cette affreuse exécution, ces prêtres barbares imploroient pour le

malade le secours des dieux, persuadés que ces holocaustes leur étoient fort agréables. ( Voy. les Commentaires de César. — PoMP. Mêla. — Tacite, de Mor. Gerni. — Marcel, t. I. — Anquetil , Hist. de France ; et autres auteurs déjà cités. )

(4) Coule à flots ,*sang humain. . .

Du sang des hommes, reçu dans des coupes, ils arrosoient le tronc et les branches des arbres; on ne peut se figurer sans horreur ces forêts ténébreuses , où l'on n'arrivoit que par des chemins tortueux. Là se voyoient des ossements amoncelés, et des cadavres épars entre les arbres teints de sang. L'affreux silence de ces sanctuaires de barbarie n'éloit interrompu que par les croassements de l'oiseau des morts, et par les longs gémissements des victimes. Le druide impassible, sans être distrait par les cris aigus de la douleur, contemploit tranquillement le malheureux qu'il venoit de percer : le laissoit expirer lentement , après l'avoir arrosé du sang de ses compagnons; et obscrvoit tranquillement sa chute, ses mouvements, ses palpitations avant-coureurs de la mort, et la manière dont le sang couloit, afin d'en tirer des conjectures, pour prédire l'avenir. ( Voyez les auteurs déjà cités. )

(5) Rameau du spectre ! ô gui ! notre e'gide immortelle !

« — Un jour Balder raconta à sa mère Friga , qu'il avoit songé » qu'il mourroit : Friga conjura le feu, ies métaux, les pierres, » les maladies , l'eau , les animaux , les serpents , de ne faire aucun » mal à son fils; et les conjurations de Friga ctoient si puissantes » que rien ne pouvoit lui résister. Baîder aîloit donc dans les com- » bats des dieux, au milieu des traits, sans rien craindre; Lock, » son ennemi , voulut en savoir la raison; il prit la forme d'une » vieille, et vint trouver Friga ; il lui dit : — Dans les combats , ies » traits et les rochers tombent sur votre fils Balder, sans lui faire » de mal. — Je le crois bien, dit Friga , toutes ces choses me l'ont » juré : il n'y a rien dans la nature qui puisse l'offenser; j'ai » obtenu cette grâce de tout ce qui a quelque puissance : il n'y a » qu'un petit arbuste à qui je ne l'ai pas demandée, parce qu'il » m'a paru trop foible : il étoit sur l'écorce d'un chêne; à peines

7o NOTES

» avoit-il une ratine : il s'appelle Mistiltein (c'e'toit le gui). Ainsi » parla Friga.Lock courut aussitôt chercher cet arbuste; et venant » à l'assemble'e des dieux, pendant qu'ils combattoient contre » l'invulnérable Balder, car leurs jeux sont des combats , il s'ap- » procha de l'aveugle Hae'der. — Pourquoi , lui dit-il , ne lances- » tu pas des traits à Balder? — Je suis aveugle, dit Haéder, et je » n'ai point d'armes. — Lock lui pre'sente le gui de chêne, et lui » dit : Balder est devant toi. — L'aveugle Hae'der lance le gui : i> Balder tombe perce' et sans vie. Ainsi l'invulne'rable fils d'une î> déesse fut tué par une branche de gui, lancée par un aveugle, j) Voua l'origine du respect porté à cet arbrisseau.» (Bernardin DE Saint-Pierre, Etudes de la Nature.)

(6) Défends le prêtre armé de ta faucille d'or.

La recherche du gui étoitune fête nationale; prêtres et peuples se répandoient dans la forêt pour le chercher : Tavoit-on trouvé, on éclatoit eu cris de joie; on chantoit des cantiques. Le grandpiètre , s'approchant de l'arbre avec un profond respect, coupoit le gui avec saser je d'or, et le laissoit tomber sur une nappe neuve de lin, qui ne pouvoit plus servir à aucun autre usagé. La plante, desséchée et mise en poudre , étoit distribuée aux dévots, comme un antidote certain contre les maladies et les sortilèges* La cérémonie étoit annoncée et criée solennellement en ces mots: — « Au gui Van neuf. » Ce qui feroit croire que la fête étoit destinée à annoncer le commencement de l'année , époque fêtée par tous les peuples. ( Voyez sur les coutumes anciennes les auteurs déjà cités. )

(y) Au pied du monument s'ouvre , abîme d'horreur ,

Un caveau d'où s'exhale une infecte vapeur.

J'ai décrit dans ce chant, avec l'exactitude la plus scrupuleuse , ïes mœurs, costumes, temples, forêts, discours et sacrifices des druides. ( Voyez tous les auteurs et poè'les de l'antiquité. )

(8) Charle embrase te temple..... .

Charlemagne, selon les anciens historiens , mit le feu lui-même

au fameux temple d'Irmensul, situé non loin d'Eresbourg ; il brisa la statue de ce dieu, et massacra les prêtres sur les débris de leur idole. Charle, pour enlever aux Saxons un objet d'idolâtrie ♦ fit enterrer la colonne qui servoit de piédestal à la statue : elle fut déterrée sous Louis-le-Débonnaire, et transportée dans l'église d'Ildesheim. On dit cju'on célèbre encore tous les ans dans celte ville la mémoire de la destruction du temple d'Irmensul.

(9) Du stalactite au loin les roches se hérissent.

On peut voir, sur les grottes curieuses que possède la France, Piganiol de la Force, Description de la France. — Deville > Voyage aux grottes d'Arcy. Paris, 1802. — M. Delaistre , Statistique de la Charente. Paris, an X. — Faujas de Saint-Fond, Histoire du Dauphinè. — Et autres auteurs.

La grotte de Miremont ( Voy. M. Delfau, Annuaire du département de la Gironde}, se compose d'appartements souterrains, décorés par les stalactites, brillants ouvrages de l'eau imprégnée de spath calcaire, qui jette des reflets variés à la lueur des flambeaux.

M. de Marchangy ( Gaule Poétique) peint en ce& mots les grottes d'Osselles et de Quingey : « Elles ont un intérieur orné » de pétrifications diaphanes, qui se laçonnent en mille manières; » ici elles présentent de grandes forêts d'albâtre , que remplissent » mille figures grotesques; là des tombeaux, îles pyramides, des » chapiteaux, et toute l'architecture mauresque et gothique dé— » coupée à jour comme de la dentelle. On croit pénétrer dans » une galerie de l' Alhambra , ou clans la chapelle de quelque mou- » tier. L'eau qui coule lentement sur ces fragiles décorations, en » modifie à chaque instant les formes.

» Les gouttes d'eau , en tombant de la voûte sonore sur les con- » gélations, en tirent des sons délicieux, comparables à ceux de » l'harmonica, ou des harpes éoliennes. »

(10) Avilda fut ma mère ,

Et d'Herkuller-le-Grand descend Euris mon père.

L'histoire du Danemarck parle d'une reine célèbre, nommée Avilda, qui, pendant l'absence de son mari, Alfius, fils de Siwald,

roi danois, rassembla une troupe de guerriers, et s'embarqua pour aller cueillir sur les mers, au milieu des tempêtes et des combats , les palmes de 1j gloire.

Quant au grand Herkuller , les anciens scaîdes parlent d'un guerrier extrêmement fort, qu'iis nomment Herkuller. — « Les » Germains, dit Tacite , cap. II, p. 58 , conservent le souven » d'Hercu!e, îe premier des hommes ce'lebres par leur force ; ils » chantent ses prouesses en marchant au combat. »

(il) Aux bords de la Sarpa ,

Snus les murs de Yaldis, près de la Slore-Elva,

« Ils arrivent à la forteresse de Valdis, où l'oreille est toujours » frappée d'un bruit égal au fracas du tonnerre. Près de ces murs, » les flots impétueux de la Store-Elva se précipitent du haut d'un » rocher dans les eaux du fleuve Sarpa.» {Poème ues Scandinaves, Moktbrun. ! a cascade que forme la Slore-Elva, se jetant dans la Sarpa, est une des plus belles qu'on puisse voir : elle fait tourner dix-sept moulins; on l'entend à neui lieues.

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