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racles n'opérèrent point les chants nationaux de leurs bardes guerriers ! penches sur leurs harpes d'or, dont les sons belliqueux se marioient au bruit des torrents , au roulement lointain des orages , ces po'etes divinisés , dépositaires du passé, vivantes annales de leur patrie, tantôt par la magie de leurs chants souffloient aux guerriers l'ivresse des combats , tantôt portoient l'attendrissement dans tous les cœurs , arrachoient l'arme ensanglantée , et faisoient succéder à l'enthousiasme des triomphes l'exaltation de la vertu. Assis aux festins des rois, comme à la table des pâtres, ils furent les astres des ténébreuses contrées du Nord; et peut-être leurs sons divins ont-ils trop tôt cessé d'enchanter les forets de la Gaule , les rives de Lochlin , la grotte de Fingal, et les monts de la Calédonie.
Le merveilleux de mon épopée est né du sujet même; il pourra cependant étonner; le genre neuf de l'ouvrage déplaira peut-être a quelques sévères critiques épris de la simplicité des po'èmes antiques ; ils lui reprocheront peutêtre trop d'événements , trop de tableaux , trop
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d'intérêt; mais si j'ai plu aux âmes sensibles ; si mon po'ëme , lu par toutes les classes de la société , peut les intéresser toutes, et devenir national; si j'ai pour moi les cœurs qui, dévoués à la patrie , aiment à l'entendre louer, je n'aurai plus rien à désirer.
« Le secret est d'abord de plaire et de toucher, w
Tel fut mon principal désir, tel est le but de mes travaux*. Quant à la morale de l'ouvrage,
* Madame de Staël , dont on ne peut contesler le ge'nîe et la profondeur des pensées , parlant des épopées antiques , et de leur simplicité, conseille surtout aux poètes épiques modernes de ne point chercher à les imiter, s'ils veulent plaire à leur siècle, et l'intéresser. « La littérature des anciens , dit-elle , est chez les » modernes une littérature transplantée : la littérature chevale- » resque est chez nous indigène , et c'est notre religion et » nos institutions qui l'ont fait éclore. Les écrivains imitateurs des » anciens se sont soumis aux règles du goût le plus sévère ; car , » ne pouvant consulter ni leur propre nature , nî leurs propres >> souvenirs , il a fallu qu'ils se conformassent aux lois d'après » lesquelles les chefs-d'œuvre des anciens peuvent être adaptés » à notre goût ; bien (jue toutes les circonstances politiques et » religieuses , qui ont donné le jour à ces chefs-d'œuvre , soient » changées; mais ces poésies d'après l'antique, quelque parfaites »> qu'elles soient, sont rarement populaires, parce qu'elles ne » tiennent dans le temps actuel à rien de national. La poésie » française étant la plus classique de toutes les poésies mo- M dernes , est la seule qui ne soit pas répandue parmi le » peuple. Les stances du Tasse sont chantées par les gondoliers » de Venise ; les Espagnols et les Portugais de toutes les classes
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elle aura frappé le lecteur avant qu'il ait achevé le poëme.
On a critiqué dans les poëmes d'Homère , de Virgile, de Mil ton, du Tasse, et du Camo'éns, ces dieux s'eni\Tant, et riant de la mauvaise grâce dont Yulcain leur sert à boire ; ces harpies enlevant le dîner des héros trcyens ; de vieux vaisseaux se changeant en jeunes nymphes ; Diane donnant des soufflets à Venus ; Mars qui , renversé , couvre neuf arpents de son corps ; des chevaux qui parlent et qui pleurent ; Jupiter menaçant Junon de la suspendre dans les airs avec une enclume à chaque pied ; un ange qui coupe en deux un diable , et les deux parties du diable qui se réunissent ; des princes changés en
» savent par cœur les vers de Calde'ron et du Caraoëns ; Slia— » kespéar est autant admire' par le peuple en Angleterre , que >> par la classe supe'rieure j des poëmes de Goethe et de Burger » sont mis en musique , et vous les enlendez repéter des bords » du Rhin jusqu'à la Balti((ue : nos poètes français sont admirés u par tout ce qu'il y a d'esprits cultivés chez nous, et dans le » reste de l'Europe ; mais ils sont tout-à-fail inconnus aux gens » du peuple, et aux bourgeois même des villes; parce que les w arts en France ne sont pas, comme ailleurs , natifs du pays w même où leurs beautés se dévjcloppent. » ( I?e V Allemagne , t. 1 , p. 275. )