À VOUS
23 août 1857 (2)-
(r)On remarquera l'analogie des arguments dont Sainte- Beuve et Flaubert conseillèrent respectivement l'emploi à leur ami. Elle est si grande qu'on serait tenté d'établir entre eux un rapport de cause à effet, si les dates ne s'opposaient à cette conjecture. Sainte-Beuve a évidemment rédigé ses Petits moyens de défense à la veille de l'audience du 21 août 1867, où les plaidoiries et le jugement furent prononcés, tandis que la lettre de Flaubert est datée du surlendemain, circonstance étrange qui ne s'explique que par l'ignorance où Flaubert, confiné dans son travail, à Croisset, vivait de tout ce qui se passait à Paris.
(2) V. la réponse de Baudelaire, 2 5 août 1857.
)) Je vous remercie bien, mon cher ami. Votre article (i) m'a fait le plus grand plaisir. "Vous êtes entré clans les arcanes de l'œuvre, comme si ma cervelle était la vôtre. Gela est compris et senti à fond.
)> Si vous trouvez mon livre suggestif, ce que vous avez écrit dessus ne l'est pas moins, et nous causerons de tout cela dans six semaines, quand je vous reverrai.
» En attendant, mille bonnes poignées de mains encore une fois.
» Tout à vous. »
Mercredi soir, Groisset.
Groisset, 3 juillet 1860.
)) Avec bien du plaisir, mon cher ami, je recevrai votre visite. Je compte dessus. Ce serait un grand hasard si vous ne me trouviez pas ; mais,, par excès de prudence, pré venez-moi la veille, cependant.
» Je vous lirai du Novembre (3), si cela peut vous divertir. Quant au Saint-Antoine, comme j'y revien-
(i) Baudelaire venait de publier, dans Y Artiste (n° du 18 octobre i85y. Y. Ohuvres complètes, I'Art Romantique, p. 407), son étude sur Madame Bovary.
(2) En réponse à une lettre de Baudelaire, du 26 juin 1860 où le poète promettait au prosateur de l'aller visiter dans sa retraite normande.
(3) Le volume des œuvres posthumes de Flaubert, intitulé Par les champs et par les grèves, contient un fragment de cette œuvre de jeunesse.
drai dans quelque temps, il faudra que vous attendiez. » J'ai bien des choses à vous dire.
» Mille cordialités. Tout à vous. »
Dimanche.
» Je vous envoie la lettre que j'ai reçue de Sandeau (i) hier matin ; je vous prie de ne pas la perdre et de me la rendre, quand vous l'aurez lue, mon cher Baudelaire.
» Et vous me remerciez trop pour un petit service qui ne m'a coûté rien du tout.
» Comment voulez-vous que je connaisse l'article de Sainte-Beuve ? (2) Qui m'en aurait parlé puisque je ne vois personne ?
)) Je compte me livrer avec vous à un fier dialogue dans une quinzaine de jours.
» Mille poignées de mains, » A vous, )> » Gustave Flaubert (3). »
(1) Baudelaire, candidat à l'Académie, avait prié Flaubert de le recommander à ses amis (lettre de fin janvier 1862). Nous le voyons, le 3 février (v. les Lettres), raconter à son occasionnel patron, l'accueil obligeant de Jules Sandeau.
(2) L'article de Sainte-Beuve : Des prochaines élections de l'Académie (Le Constitutionnel, 20 janvier 1862).
(3) Pour compléter cette correspondance, dont Mme Franklin-Grout, la nièce et héritière de Flaubert, a bien voulu autoriser ici la publication, disons qu'après la mort de son lils, Mme Aupick voulut que ses œuvres fussent envoyées,