LETTRE DU COLOSËI, DE LA COMBE
Tours, 13 octobre 1857.
« Monsieur, B Je lis avec un déplaisir, très vif, je vous l'avoue, ce que vous avez écrit sur Charlet dans votre article inséré dans la Revue européenne du i" de ce mois (3).
{1) La Revue fanlaisisie, dont l'original de cette lettre porte l'en-tête.
(a) On sait que les pages de critique intitulées : Les Martyrs ridicules (Œuvres complètes, III), ont servi de préface au roman de Cladel.
(3) Baudelaire, dans un article intitulé : Quelques eartcataristes français, avait qualifié Charlet de h fabricant de niaiseriej nationales » et de « commerçant patenté de proverbes politiques », Il se rétracta dans son Etude sur la vie et l'œuvre d'Eugène Delacroix, mais trop tard pour que M. de la Combe, mort en 1862, put se flalter d'avoir
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» Je ne puis compreadre ce jugement si sévère et je me demande comment un écrivain d'esprit et d'inteUigence peut se tromper à ce j>oint, à moins qu'il n'ait à se reprocher d'avoir parlé trop légèrement d'un articfe sans avoir pris la peine de le côoo^tre et de l'étudùr à fond.
>i Plein de confiance. Monsieur, dans votre jastice et votre bcmnefoi, je viens en appeler à vous, de vousmême mieux éclairé.
" Si donc vous jugez que la réputation d'un gtaiMl artiste n'est pas chose indifTérente pour son pays, avant tout pour ses enfants et ]es amis qu'il laisse après lui, ayez la bonté de parcourir l'étude que mon amitié et mes regrets m'ont fait tracer sui' cet homme éminent à tous égards (i). MM. Paulin et Le Chevalier, chez lesquels est déposé mon livre, vous en remettront un exemplaire, si vous voulez bien le-leur demander.
I) M. Eug. Delacroix m'écrivait il y a quelques mois ; u Je regaixle Charlet comme un des plus grands artistes de tous les lemps et presque tous ses dessins sont des chefs-d'œuvre. J'aurais voulu moimême écrire une notice sur lui pour dire à tous ce que je vous dis ici. J'en ai été empêché, ne connaissant pas tout son œuvre et ayant eu peu de relations avec sa personne. Votre livre, Monsieur, contfi]>aeia
contribué à sa contrition. — Cette lettre a élé publiée d*Ds V Intermédiaire dee chercheurs (a5 ocIoImv i885), mt M. Maurice Tourubux auquel j'emprunte atusi la Bubolaace de cette note.
(i) CharUl,sa vie, ses (e«'ïs, pwr J.F. de iAGouM,«ic- (Paulin et Le Cbevalier, i856).
à lui donner le rang qui lui est assigné dans la postérité. »
» Mais, Monsieur, vous n'avez donc jamais regarde ces magnifiques compositions : le Drapeau défendu, la Bienvenue, Caurage et Résignation, France, Là finiC leur misère. Les Français après la victoire, les Deuxgrenadiers de Waterloo^ ï Aumône, qui arrachait à Gros celte exclamation : « Je voudrais avoir fait cela », et tant d'autres pièces que vous trouverez décrites dans mon catalogue. Vous ne connaissez pas, ou bien peu du moins, ces ravissants dessins commepensée, comme exécution et dont deux mille sont semés un peu partout. J'en ai pour ma part une centaine que je serais heureux. Monsieur, de vous montrer .-
» Vous classez Charlet dans les caricaturistes ; mais. Monsieur, là n'est pas sa place. Dans les pièces les* plus gaies, il est vrai avant tout et ce n'est que dans; de très rares occasions qu'il fait delà caricature. Dans une œuvre de plus de mille dessms, je saurais à peine trouver une demi-dôuzaine de caricatures, comme M/lord Gorju,Milord le gobe, Saint Georges poursuivant la femme innocente, eic,
» Ces quelques mots, que je trace immédiatement après avoir lu votre article, n'ont pas la prétention d'obtenir de vous quelques mots pour adoucir la blessure que vous avez faite à Charlet ; non, Monsieur, je n'ai pas assez de confiance en moi pour espérer un tel succès; mais j'aime à croire que dans votre impartiale justice, et comme magistrat d'une Cour suprême à qui j'ai recours, vous voudrez bien parcourir et mon livre et la collection lithographique de la Bibliothèque p
lée et j'en ices de ma
î article '2) ne dire que is heureux on cxposimécontent, i plus qu'à lux. Puisse les vôtres, ;n suis sûr, 18 voir vos 3t ceux qui L-s, à Paris, ritîon dans :tez-les-moi
vre de Piii- 5 ; Œuvres
à part, si vous y penser, et vous me les donnerez quelque jour.
» Votre sincèrement dévoué. »
(1 Mon cher monsieur,
)■ Je vous remercie beaucoup du cas que vous voulez bien faire des articles (i) dont vous parlez :jen"épvouve pas pour eux la même tendresse, et d'ailleurs si je devais les publier, il faudrait des remaniements considérables. Il faut que vous sachiez que j'ai récemment retusé ce que vous désirez à M. Silvestre qui y avait mis beaucoup d'insistance, et à qui j'ai toutes aortes de raisons de désirer d'être agréable. Il faut donc ab solument que je vous fasse la même réponse qu'à lui, quoi qu'il m'en coûte de vous désobliger.
» Je vous écris ceci à la hâte avant de sortir. Mille
remerciements de votre bonne opinion. Je vous en
dois beaucoup pour les Fleurs da mat; je vous en ai
déjà parlé en l'air, mais cela mérite tout autre chose.
)) A vous bien sincèrement. »
(i) Les articles publiés par Eugène Delacroiï, sur Michel-Ange, Rapbaiil, etc.. Poulet-Mal assis avait prié Baudelaire de lui obtenir l'autorisation de les réunir en un volume.
35o CHARLES BAUDELAIRE
Ce i3 décembre 1869.
(( Mon cher Monsieur,
» Excusez-moi de n'avoir pas répondu à votre lettre que j'avais égarée et sur laquelle était votre adresse. Je suis si arriéré dans mes travaux, par toutes sortes de causes, que je ne puis savoir quand je pourrai m'occuper du croquis ou esquisse dont vous me parlez et que je voudrais voir cependant dans vos mains ou ceHes de vos amis (1 .
» J'ai trouvé effectivement un joli petit livre de vous sur Théophile Gautier. Il participe à l'inconvénient de plusieurs de vos publications : le caractère en est si fm que la lecture en est pour moi difficile. J'y ai cependant aperçu que vous appréciez notre critique comme il doit l'être et comme je le fais moi-même. Je vous dirai même que depuis je suis tombé sur un ouvrage que vous louez dignement, mais dont je n'avais point connaissance, malgré son ancienneté. Mademoiselle de Maupin. J'en ai été ravi : j'y ai trouvé Gautier sous un aspect que je ne connaissais pas, ce qui augmente mon admiration, c'est sa jeunesse à l'époque où il l'a composé.
» Mille excuses et amitiés. »
(i) Baudelaire s'employait à obtenir de Delacroix "on dessin pour Poulet-Maiassis, fort zélé collectionneur.
' Ce 37 juin 1869.
(( Cher Monsieur.
)) Commeat tous remercier dignement pour cette nouvelle preuve de votre amitié (i). Vous venez à mon secours au moment où je suis houspillé ou vilipendé par un assez bon nombre de critiques sérieux et soidisant tels. Ces messieurs ne veulent que du grand, et j'ai tout bonnement envoyé ce que je venais d'achever, sans prendre une toise pour vérifier si j'étais dans les fongueurs prescrites pour arriver convenablement à la postérité, do«it je ne doute pas que ces Messieurs ne m'eussent facilité l'accès. Ayant eu le bonheur de vous jdaire, je me console de leurs réprimandes. Vous me traitez comme on ne traite que les grands morts ; vous me foites rougir tout en me plaisant beaucoup ; nous sommes faits comme cela.
w Adieu, cher Monsieur ; faites donc paraître plus souvent quelque chose : vous mettez de vous dans tout €« que vous faites, et les amis de votre talent ne se plaignent que de la rareté de vos apparitions.
» Je vous serre la main bien cordialement. »
Champrosay, le 8 octobre i86i.
(( Mon cher monsieur, » Je ne vois qu'au retour d'un voyage, qui m'a éioi-
(f) Salon de 1859, Revue Fraîïçaise, 10 et 20 juin.
CIURLE9 BAUDELAtnC
gné quelque temps de Paris, votre article (i) toujours si bienveillant et d'une tournure si originale, comme tout ce que vous faites, sur mes peintures de Saint— Sulpice. Je vous remercie bien sincèrement et de vos éloges et des réflexions qui les accompagnent et les conriimcnl sur ces effets mystérieux de la ligne et de la couleur, que ne sentent, hélas I que peu d'adeptes. Cette partie musicale et arabesque n'est rien pour bien des gens qui regardent un tableau comme les Anglais regardent une contrée quand ils voyagent : c'est-àdire qu'ils ont le nez dans le Guide da voyageur, afin de s'instruire consciencieusement de ce que le pays rapporte en blé et autres denrées. De même, les critiques bons sujets veulent comprendre a6n de pouvoir démontrer. Ce qui ne tombe pas absolument sous le compas ne peut les satisfaire ; ils se trouvent volés devant un tableau qui ne démontre rien et qui ne donne que du plaisir,
» Vous m'avez écrit, il y a deux mois, relativement au procédé que j'emploie pour peindre sur mur ; mais je ne savais oîi adresser ma réponse. Je prends le parti aujourd'hui de vous adresser mes actions de grâces au bureau de la revue.
I) Mille sincères amitiés et remerciements )i E. Delacroix 'al. »
10 et ao juillet; Œuvres com^/è(es. Curiosités esthéti-
{i) Peintures murales liEagène Delacroix (Revue fah- TAisisTE, i5 septembre 1861 : Œuvres complètes, I'Aet romantique,)
(a) Nous n'avons pas la contre-partie de cette corres-