‹ Charles BaudelaireChapitre 16 sur 29 · LETTRE DE M. EMILE DESCHA.NEL · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. EMILE DESCHA.NEL

(( Mon cher Baudelaire,

0 Je trouve ton petit mot en arrivant de Mulhouse, où je viens de faire des conférences. Le feuilleton en question (i) est dans les D^tcfs du i5 octobrei86i. Je n'ai par le temps du tout d'aller te le chercher, attendu que je dois faire ce soir ma conlérence ordinaire rue

pondance, et il n'est que rarement question de Delacroix dans les Lbti'hes. Citons toutefois ce significatif passage d'une lettre h M. Jules Troubat (5 mars 1866) : « J'ai été bien heureui d'apprendre le rétablissement de Sainte- Beuve. Je n'ai éprouvé d'émotions de ce genre, pour la santé d'autrui, que pour E. Delacroix qui était pourtant un grand égoïste. Mais les affections me viennent beaucoup de l'esprit.

Une note de M, Buisson explique peut-être la réserve dont Baudelaire tempère ici la protestation de sa sympathie :

(( Delacroix le [Baudelaire] remerciait beaucoup. Maïs je sais qu'il s'est plaint, dans l'intimité, du critique qui trouvait à louer dans sa peintui'e je ne sais quoi de malade, le manque de santé, la mélancolie opiniâtre, le plombe de la lièvre, la nitescence anormale et bizarre de la maladie. — 0 11 m'ennuie k la fin >i, disait-il, car vous pouvee croire. Monsieur, que le goût du blet, aujourd'lmî à la mode, n'était nullement de son goût, — du goût de Delacroix. »

[t) Nous avons parlé de ce feuilleton dans I'Etode bio- GRAPmQUB. M. Emile Deschanel y donnait quelques vers rimes par son ancien condisciple n pendant les classes de mathématiques ». — Lettre communiquée par M. Alberl; Ancelle.

CHARLES BAOUBLA-IRE

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o Je voHS prie de vouloir bien agréer, Monsienr. [ l'assoraiice de ma considération la pins distinguée. » 36 me Saint-Larare.

n Monsieur C. Baudelaire, H Vos épreuves seront prêtes à être corrigées samedi, 21 courant, à midi, à notre imprimerie, 5, mé des Grands-Augustins, chez Pillet fils aîné. —Je vous prie d'y mettre grande diligence et de donner le Bon k tirer séance tenante.

n J'ai l'honneur de vous saluer,

» Maxime Dt Camp, (i) n

LETTRE DE M. ARM\>D DUMESNIL (a) ?

a, juin [iSôg.) (( Mon cherami, » Je viens de lire vos deux articles du salon que m'a COTttmuniqués mon bon ami H. Valmore. n Lis cela,

(i) Asselineau, on s'en souvient, fait allusion a ce billet, Tèài^ incontestablement en des termes un peu secs, dans ses B^inaLAJiuAjrA. — V, les Souvenirs litléraires de Maxihe do Camp (Hachette, iSga). On sait que Le Voyage eit dédié i leur auteur.

(a) Nous avons tenu entre nos mains, chez M. Ancelle,

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convaincre que vous pensez fermement ce que vous dites.

)) Ce qui me plait dans votre talent, c'est qu'il vous appartient, que vous n'achetez ni vos idées ni vos épithètes chez le revendeur, et que vous plaidez une cause juste et que vous la plaidez bien .

n Au saut du Ut, j'ai parlé devos articles et de vous en bloc à un camarade, garçon d'esprit que j'aime de longue date, et qui,de-ci de-là, pense comme moi,

B J'ai été tout surpris de voir qu'il ne vous aimait pas. Il me cita vos vers et votre première préface de Poe. » Il y a des beautés dans ses Fleurs da mal, beaucoup d'habileté ; mais combien d'images rebutantes, de fausse vigueur, de visions injustifiables. Ce sont des peintures de charnier, c'est une débauche de pourriture. Quant à sa prose, combien d'absurdités et de paradoxes, d'emmêlement, autant lire un livre d'algèbre. Je lis par curiosité, par entêtement, pour voir où il a prétendu me conduire, ce qu'il a voulu démontrer, et je sors de là avec l'esprit très fatigué, maïs sans une conviction bien nette. »

1) J'ai répondu : lis la Bévue française. La langue de Baudelaire n'est pas toujours absolument fluide (bien que sa traduction soit d'une décision d'allure merveilleuse ; on voit à ses parenthèses, qu'il les déguise ou qu'il les avoue, qu'il est au contraire curieux de précision qu'il tient à ne rien omettre. Il exige un peu plus d'attention que le commun des livres, précisément parce qu'il contient davantage et qu'il envisage autant qu'il le peut une idée autrement que pat ses surfaces. Il est certain d'ailleurs que plus il va,

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pha il acquiert de certitude, il devient plus accessible sans rien sacrifier de sa personnalité, mais seulenMOt en s'abandonnant davantage, en étant moins tendu. On comprend qite la publicité n'est plus pour lui un accident, et, en se persuadant que ce qn'ii n'a pas dit aujourd'hui, il le dira demain, îl allège •on discours d'autant. Considère du reste que ce s'est là un conteur ; c'est un esprit éuaÛnemuteot critique, un tempérament inquiet, nerveux, qui n'a jamaia gi la prétention de se divertir, et qui cherche avant tout sa propre satisfaction dans ce qu'il produit.

» Je teiuis à vous rapporter le pour et 1« cintre. La défense ne vaut pas mieu\ que l'attaque ; ni Tuoe BL l'astre ne sont nouvelles pour vous. On est parti, pour vous juger, de votre long âlence ou de bizarreries phis ou moins prouvées : certaines théorîra, votre genre de vie ont fait dire que vous avîei l'esprit et le corps égalecoent malades — certains de vos vers ont «ucore témoigné contre vous et soulevé beaucoup de répugnances. Aujourd'hui l'approbation tendà gagner le dessus et vous prenez votre rang.

)> A tel ou tel qui ne vit que par la fornu, par le procédé et les complications savantes, je ne dirai rien ; — à vous mieux nourri, plus vigoureux.je dirai : sirapliiiez, loin d'y perdre vous y gagnei-ez. Vous avez les id:ées et la couleur, aimez la clarté qui les fait vivre. Vous avez pour vous la maturité, la sensibilité, la réûejûon, allez devant vous. Je le maintiens : vous êtes e» réel progrès et sur la voie de la pleine santé. Après avoir lu tant de vers résonnants, tant de critiques vides.

c'est pour moi une satisfaction sincère et très vive de relire votre criticpe et vos vers.

» Aamand. »

(( Une seule réserve : je n'entends rien à l'association que vous imaginez parfois de la philosophie et delà religion. Je déteste les doctrines de Veuillot, je Tadmire cosnme écrivain. Je le trouve conséquent, — Les eng!Qeulenient5, la vieille maîtresse et les principes de M- Barbey me paraissent être le comble du ridicule. Que m'avez-vous donc dit de votre oaruoDOxiB? Ici vous m'échappez parfaitement. »

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