L'L DE 1I0LE:(ES
» J'ai reçu votre lettre et je n'a: pas besoin de vous dire que votre protégé (1) sera le bienvenu auprès de ,
(i) 11 s'agit ici d'Albert Glatignj, qui d'ailkurs ne re-
4ia CBABLCS BÂDDBL&IBB
moi. Je crains seulement de ne pas lui être bien uUle. Le jour où je deviendrai chef d'escadron, je cesserai probablement d'appartenir au 6'l<hiciers, et même si je reste à ce régiment, je ne pourrai pas enlèvera votre poète les aspérités de la vie militaire à ses débuts. Enfin, je vous le répète, il sera le bienvenu, et s'il a une intelligence digne de votre amitié, je lui donnerai quelques conseils (non point littéraires mais guerriers), dont il pourra faire son profit.
» Je vous remercie de vos bonnes intentions à mon endroit. Ce que vous direz sur moi ^i^ me seraagréable, j'en suis sûr. Vous êtes touché par les choses qui me remuent ; et pour marcher sans nous perdre dans ce grand labyrinthe de l'art, nous prenons parfois les mêmes fils entre nos mains. J'attends donc avec confiance votre critique et vous en remercie dès aujourd'hui.
» Je vais publier mes commentaires d'un soldat sous peu. Le mois prochain probablement je ferai pa-
joignit jamais le 6* lanciers. Cette lettre est en réponse à celle de Baudelaire, eu date du 13 mai 1860. dont nous avons parlé à propos de la rectification de M"' la comtesse de Molcnes {Appendice, IX),
(i) Baudelaire parle souvent dans sa correspondance d'un grand article sur les Dandies, où il aurait tracé notamment un médaillon' de Paul de Molènes. Nous ne sa— vons pas que cet article ait jamais été publié ni même écrit, quoique son auteur l'ait proposé fi Dutacq dans une lettre du a décembre i863. Mais l'étude biographique de La Fizelicre et Decaus, attribue à Baudelaire, S 83, un article nécrologique anonyme : Paul G. de Molënes, publié par la Revue anecdollqae, n° a de mars 1863.
APPENDICE Al%
raître l'Italie dans la Revue des Deux-Mondes ; puis je livrerai le tout à l'impression du volume.
» Envoyez-moi le plus promptement possible le livre dont vous me parlez. Tout le temps que je ne passe pas à cheval, dans cette garnison excentrique de Maubeuge, je l'emploie à la lecture. Vous savez combien j'aime votre tour d'esprit. Vous ave nouveau qui m'a toujours paru chose pi dirais presque sacrée. A ce sujet j'ai coi les passions de ma jeunesse, toutes les sont nés Valpert et Brtolan. Je corrige ei même les épreuves de ce dernier livre qui Tréjleur sous le nom d'Aventures du Dites, je vous prie, àLévy, de vous donni aussitôt qu'il sera paru, vous y trouvère qui vous plaisent.
i> Adieu, mon cher ami. ou à revoir; bii père, nous nous retrouverons dans cette ; de Josaphat qui s'appelle Paris. Si je doii mois de suite,, l'automne ou l'hiver proc le ferai savoir. Je jouirais avec d'autant p de votre entretien, que je vois à l'hori choses.
)) Si votre lancier est anime des sentîi
lui souhaite et dont il trouvera le foyer en
qu'il pourra faire un bon usage de sa lani
» Mille amitiés,
B Pall de Moli
■ 4 mai 1860.
4f4 CHARLBI- BAIfBliLAIRE
LETTAB DE M. ATfGE PEGHMÉJA
Bucharest, ir-aS février 1866.
a J*ai été bien heureux, Monsieur, dala maEque d'attention dont vous m*ave2 honoré par T intermédiaire de M. Malasfil».
» S'il ne m'avaii pas été donné jusqu'ici la satisCauction de me reacontrer avec vous (et c'était difficile, vu la direction que les circonstance& m'ont imprimée , j'ai du moins le plaisir de vous connaître de longue date par de* œuvres dont personne n'apprécie, mieux que moi peut-être, la haute valeur.
)) Veuillez bien ne prendre ceci que pour l'exacte expression de mon sentiment. La jugement est d'autant plus désintéressé que ma manière de voir, à certains égards, ne s'accorde pas toujours avec la vôtre.
» J'ai lu et relu, entre autres, \o% fleurs du mal et je ne connais pa& d'oeuvre contemporaine ou autre qui ait fait sur moi une impression plus forte que ces poèmes dont la variété se rallie dans la puissante unité de l'efifet.
)) Comme ces opéras qui, pour être goûtés pleinement, ont besoin de plusieurs audition&, votre livre m'a présenté à chaque reprise nouvelle, des ligures inattendues qu'une première lecture ne me donnait pasw
» Serré dans une forme exquise,, comme la fleur dans sa graine étroite, le sens de vos vers fait éclater, dans le cerveau du lecteur, la série des développements -que leur formule concise contenait en puissance. Et -c'est là, selon moi, ce qui fait surtout de votre livre
un livBe à pwrt ; car, k ma connaissftncftdH mcuns, ritsa. de pareil ne se troave, à ce degré, àans nul autre poète. Chez la plupart, en effet, la pensée, au lieu de sous-tendie vigotireu sèment la forme, la laisse trop souvent Qasque ; chez vous, elle crève l'enveloppe.
» Une autre qualité moins essentielle, mais qui n'est pas plus à dédaigner en poésie qu'en prose et que vous possédez, aa moins, a l'égal de V. Hugo ou de Gautier, c'est ce sentiment pariait de la valeur relative des sons et de leur harmonie contrastée, grâce auquel un vers flatte l'oreille comme une voluptueuse musique.
t Et comns'an bon nageur qui se pime dans l'anda, » Tu sillonnes gatmeni l'immensité profbodf » Avec one imlicible et màle volupté. »
« Des vers semblables (i) s'écrasent dans la bouche comme une dragée savoureuse.
a Je dirai autre chose : je suis convaincu que si les lettres qui concourent à former des vers de ce genre, étaient traduites par les formes géonié triques et les nuances colorées que l'analogie leur assigne respectivement, ils offriraient la contexture agréable et le beau ton de maints ttpis persans ou des châles de l'Inde.
» Mon idée vous semblera burlesque : l'envie m'a prb parfois de dessiner et de colorier vos vers.
Il Enfin vos œuvres sont à la destination des gens qui savent lire. Ils ne sont pas nombreux. Aussi avez-
(i) EUvalion (Flbdrb nu «al^ éd. des Œ. C, III).
CIUBLBS BAUDELIIBE
VOUS quelques chances de ne jamais devenir absolument populaire. Mais peut-être est-ce là chez vous un médiocre souci...
LETTBE DE POSSO> I
Il Mon cher monsieur Baudelaire,
» Je dois aller à Paris pour peu de jours. Je verrai M. .'Vnicet et croyez que je ferai tout ce qui dépendra (le moi pour être agréable à M"* Daubrun (2). L'impossible seul m'arrêterait, et encore, dit-on, ce mot n'est-il pas français.
11 Je vous remercie, mon cher monsieur Baudelaire, d'avoir songé à me compter au nombre de ceux qui peuvent vous être agréables et je vous prie de me croire votre tout dévoué.
n Comte PossOM dv Tekr.iil. »
Gravant, le 6 novembre Sg.
(i) Ange Pbchuéja, auteur de Jeanne, drame en 3 actes, el Poésie» nouvelles (Paris, Dentu, iSSg, in-i3) ; de Bosalie, nouvelle (Paris, Franck, 1860, in-15), et de y Œuf de Knepk (Bucharcst, imp. C. Bolliac, 1864. in-8°).
Peut-être la lettre de M. Ange Pechméja est-elle de celles auxquelles Baudelaire pensait, quand il écrivait (8 février i86j) ; « Je reçois de fort loin, et de gens que je ne connais, des témoignages de sympathie qui me touchent beaucoup. »
(a) V. plus loin une note sous la lettre de Georgb Samd.