‹ Charles BaudelaireChapitre 20 sur 29 · LETTRES DE POULET-MAL ASSIS · texte numérisé non relu

LETTRES DE POULET-MAL ASSIS

(Du i5 au 17 juin iSSg.)

fl J'allais me mettre à vous écrire quand votre lettre est arrivée, d'autant que j'ai reçu ce matin l'ordre de me constituer prisonnier dans les vingt-quatre heures. J'entrerai demain dans ces belles tours qui sont au coin de la place (i), et on m'assure que j'y aurai une bonne chambre et la permission d'aller m'asseoir, comme un Turc, sur leur sommet, quand cela m'amusera.

11 Comme je n'ai pas le sou, ainsi que vous l'avez si judicieusement pensé, je refais traite sur vous à trois mois de la somme de 4oo francs...

H Je vois avec bien du plaisir que vous utiHsez votre temps. Vous m'aviez dit des vers de la belle pièce que ■vous m'envoyez achevée (a)... et je crois me rappeler qu'il y a longtemps vous m'aviez entretenu de ce projet de nouvelle d'un homme qui délibère s'il découvrira ou ne découvrira pas la conspiration dont il a

(i) Du Square du Temple, autrement dit la prison pour dettes. Poulet-Malaasis avait été condamné à quelque» jours de prison pour avoir publié les Mémoires de Lauîun, édités par M. Louis Lacour. qui y avait rétabli dos passages supprimés dans les éditions antérieures, et que le tribunal avait jugés diifamaloires pour la mémoire de certains contemporains du brillant libertin. — Cette lettre répond à celle de Baudelaire, du t3 juin 1859.

(a) Le Voyage, ■

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surpris le secret. J'admire votre persistance dans vos projets, surtout quand elle aboutit comme dans le cas présent i'. Votre activité actuelle réjouit tous vos amis...

» Je ne vous apprendrai sans doute pas que Nadar^ mandé par TEmpereur, est nomiué commandant du régiment en voie de formation des photographes baleiniers. Que s est-il passé entre rEmpereûr et jVadar ? les détails de cette entrevue m'intéreseecaieQt plus 4fa& ceux de l'entrevue de Tilsitt.

» Vous me demandez des nouvelles de la vente du livre du général ScbœnbaUs. £lle va assez bien. On a écoulé depuis un mois la moitié d'un tirage de i5oo. Du reste la librairie se ressent nooins que je ne le croyais de l'inquiétude des circonstances. Nous venons de mettre en vente le Saint-Jast de Hamel, un volume billot de 600 pages avec deux portraits. Le livre est du dernier médiocre, mais curieux en ceci qu'il se compose par moitié de citations de Saint-Just et que tous les faits calomnieux mis à la charge de Saint-Just par les écrivains de la réaction y sont discutés pièoes en main à sa décharge. C'était réellement un homme bi«i extraordinaire que ce Saint-Just, une grande âme, une intelligence vaste, à tous égards très supérieur à l'Incorruptible, et, après avoir lu œ livre, si piètse qu'il soit, on conclut avec le père Michelet qu'il eût été le seul homme de la révolution de taille à balancer Bonaparte. Vous savez qu'ils étaient du même âge.

(i) Ce projet n'a jamais abouti, à notre coiuiaissaiioe*^ V. les Œuvres posthumes.

» Toute réflexion faite, Gautier n'a rien ajouté au Bakac. Il m'a fait connaître il y a huit jours le résultat de cette méditation de 9 mois, en sorte que ce petit volume paraîtra la semaine prochaine avec un portrait d'Hédouin que vous avez vu. Auseitôt que je sortirai de prison, nous imprimerons votre petit volume (i), paraissant un mois et demi après celui de Gautier. -Ce ^era bien.

» C'est bien i6o ftancs votre billet, mais coimne ce n'était .pas à moi de le payer, je n'ai^pas tenu note de sa date d'échéance. Elle est du 90 au 3o juin. Je ne saurais vous dire le jour exact.

)) J'ajoute à ma lettre un bon à toucher des livres à la librairie pour le cas où vous iriez à Paris. » Je vous embrasse. A vous. »

« P. -S. — Amitiés de la famille. On demande quand on vous verra. »

« Vou« aurez cette semaine l'épreuve en paquet ipour îles changements que vous pourriez juger nécessaires. "Soyez tranquille, je vous ferai un joli petit livre.

» Votre affaire n'aura pas de suite. M. Delangle (2) a proposé à Hamel d'abandonner la poursuite s'il consentait à la retenue du livre. Ce sont des infamies,, mais qu'attendre du régime impérial? La poursuite

(i) Le Théophile Gautier.

(3) Le procureur général près le tribunal de la Seine.

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