‹ Charles BaudelaireChapitre 3 sur 29 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

Après avoir constaté les résultats inespérés de ses recherches, M. Eugène Crépet pouvait conclure : « Je crois avoir le droit de dire qu^ aucune publication sur la vie ou sur les œuvres de Baudelaire ne renferme autant de matériaux de cette qualité. Je serais même en mesure d'établir que prèsqvHaucun document du même ordre ne peut plus se produire, » Le temps n^a point démenti cette affirmation qui, voici vingt ans y pat sembler un peu téméraire. Les lignes fondamentalse de la vie de Baudelaire, du Baudelaire le plus récent, — tel qu'il résulte des dernières publications, — étaient toutes dans VEtude biographique de M. Eugène Crépet. Il nest même que juste de dire qu'elles lui ont été souvent empruntées.

Cependant, depuis 1887, de nombreux documents ontparu, quif s'ils n'apportaient pas de révélations capitales ^ n!en demeurent pas moins fort précieux, tant pour V explication de Tœuvre baudeldirienne que pour l'évocation de Vatmosphère ou vécut son auteur. Ainsi, La VXxxvae a étudié la vie de Jeanne Duval et dégagé V influence qu exerça la trop fameuse Vénus noire sur son malheureux amant; Le Tombeau de Charles Baudelaire a essayé de pénétrer <e Varchilecture secrète » des Fleurs du Mal, ouvrant par là une voie féconde. Sur un signe de M, Maurice Tourneux, la Présidente est apparue, dans un éclair d'or et de soie, pour revendiquer les pièces admirables qui lui furent dédiées. Empruntant sa- méthode à Vart de la mosaïque, M. Féli Gautier a fait tenir l'œuvre du poète dans V étude de sa vie. M. Camille Lemonnier a raconté une des conférences de Bruxelles^ Cladel une correction d'épreuves chez son maître, M, Georges Barrai ses entretiens avec Baudelaire, en i86U, M. Catulle Mendès, la dernière nuit que celui-ci, encore vaillant, ait passée à Paris... Est-ce là tout, non certes ! Mais je ne puis énumérer ici tant de livres et d* articles qu'on trouvera mentionnés ou copieusement cités à leur place, — Toutes ces publications forment le pre-

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nier fonds, et U plas imporlani, où j'ai paisé Us éléments de

non travail complémentaire.

J'en ai trouvé un second dans les ouvrages antérieurs à la .'abondance de ses matériaux neufs Crépel à négliger quelque peu ses aveau de cette édition m'a permis C'est ainsi que f ai multiplié les selineau et de Pincebourde; ils i justifiés que ces ouvrages sont, fomplèlemënt épuisés, s m'a été fourni par les papiers ^pel lui-même. Ily avait là des dour diverses raisons, n'avaient été mplèlement, par leur possesseur; parvenus en temps utile ; dautres ncore, il avait dit se résigner à ne ■ssages, et qu'il était intéressant de tr et leur intigrité originales ; ordre très familier, voire tout inque, dans un sentiment de réserve <n ajourner la publication, ènent à m'expliquer très nettement

>ù eTcellent beaucoup de gens, que 1 — et en deux colonnes — contre minutie et de propos délibéré, entre auteur ; il n'a pas été ménagé à •-fortes raisons de croire qu'il me , Je déclare d'avance qu'il me troa- !S reprochés de celle nature peuvent Fceuvre de Fauteur considéré n'a ivec sa vie, — mais tout le trésor le phénomène d'une seule œuvre je proleste qu'au contraire c'est le

PRÉFACE î"^

droit absolu du biographe^ déporter sa sonde jusque dans le cœur et les reins de son modèle, lorsque les investigations dans la vie éclairent Vœuvre d'une lumière utile à sa pleine compréhension. Niera-t'on que telle soit ici V espèce ? Alors je demanderai, par exemple, îi la publication des lettres de Baudelaire et de M°® Sabatier, — documents d'un ordre tout privé, que je sache, — na pas apporté le plus instructif commentaire à lune des parties les plus mystérieuses des Fleurs du mal ; si, auprès du lecteur, quelques-unes des pièces en cause nont pas gagné à cette révélation un supplé" ment d'humanité et de subjectivité, si Von peut dire, qui fait mieux sentir leurs beautés et leur émotion ?

Mais, pour légitimer ses recherches les plus minutieuses et les plus intimes, une étude dont Baudelaire est V objet peut encore exciper d^un argument plus convaincant et plus particulier que ceux dont la biographie a coutume de s'autoriser justement, Compte-t-on pour rien la légende baudelairienne ? A quel point elle fut préjudiciable à son infortuné héros, on ne le dira, on ne le prouvera jamais assez. Il lui dut, pendant sa vie, de n être pas « pris au sérieux », comme le constatait tristement un témoin de sa lente agonie ; et Vhomme mort, elle est cause que des doutes subsistent sur la sincérité du poète. Oui, chez beaucoup, « la peur d*être dupe de ce grand dédaigneux empêche la pleine admiration (i). » Ainsi s'exprimait M. Paul Bourget, dans ses si pénétrants Essais de psychologie contemporaine : on ne saurait mieux rapporter ni mieux résumer le sentiment général.

Eh bien ! je dis quil n'y a point de considération qui doive prévaloir contre V urgence de détruire, jusqu en ses fondements, cette légende meurtrière. Le plus grand service dont les Bau-

(i) Essais de psychologie contemporaine (Alph. Lemerre, éd., i885).

delairiens puissenl obliger la mémoire de leur poète, c'est donc d'arracher à la vérité jusqu'au dernier haillon dont elle te voile, en publiant intégralement toas les témoignages, tous Us documents qu'ils possèdent, fussent ceux-ci dun ordre familier et intime, — surtout s'ils sont tels, dirai-je même, car on y trouverade meilleures raisons où asseoir sa conviction. L'heure est propice, puisque, assagi, le symbolisme a ramené la faveur et la curiosité du public vers le grand ancêtre que tes exubérances — d'ailleurs fécondes — avaient un instant aidé à compromettre. Et quelles convenances nous opposeraiton? La respectabilité du lecteur ? — « Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ! » — Celle du poète ? Je répondrais d'abord que la morale d'un Baudelaire a le droit de n'être pas taillée sur celle de la foule, puis qu'à jeter dans la balance commune sa vie tout entière, il n'est point prouvé que ses vertus ne t emporteraient pas, et de beaucoup, sur ses faiblesses. Hais qu'importe ? L'important, c'est qu'allant rejoindre définitivement tant d'accessoires funambulesques du romantisme, le pourpoint moyennâgeax da bon Théo et l'ours que Byron menait aa spectacle, les fables des cheveux verts ou de la cervelle de petit enfant cessent défaire tort aux Fleurs du Mal ; le capital, c'est qu'on puisse décider en connaissance de cause s'il faut continuer d'avoir « peur d'être dupe », ou si Baudelaire fut l'homme de son livre, si les Fleurs du Mal sont une œuvre sincère. Voilà où réside ta vraie question baudelairienne, celle qui motive et légitime toutes les recherches biographiques, et qui ne sera entièrement résolue qu'à l'heure où la vie et le caractère de Baudelaire noas seront entièrement familiers.

J'ai fait ici ce qu'il était en mon pouvoir pour aider à son éclaircissement. Non point en prenant parti, — alors mon travail n'aurait valu que ce que vaut une opinion. — mais en réunissant aux documents déjà connus, tous ceux, sans réterve aucune, dont je disposais personnellement ou qu'on a

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