PAH CH. BAUDELAIRE
Le livre doit être jugé dans son ensemble, et alors ^ îl en ressort une terrible moralité.
Donc, je n'ai pas à me louer de cette singulière indulgence qui n'incrimine que treize morceaux sur cent. Cette indulgence m'est très funeste; c'est en pensant à ce parfait ensemble de mon livre, que je disais^ à M. le juge d'instruction :
(( Mon unique tort a été de compter sur l'intelligence universelle et de ne pas faire de préface, où 1 j'aurais posé mes principes littéraires et dégagé la question si importante de la morale. » (Voir, à propos de la morale dans les œuvres d'art, les remarquables lettres d'Honoré de Balzac à M. Hippolyte Castille, dans le journal la Semaine).
Le volume est, relativement à l'abaissement général
(i) Ces précieuses pages ont fait partie d'un dossier qui, selon une note autographe de Baudelaire, se composait des pièces suivantes : Lettres. — Notes et documents pour mon avocat. Plan de plaidoierie (peut-être les Petits moyens de défense tels que je les conçois, de Sainte-Beuve). — Pièces incriminées. — Sommaire de mon interrogatoire et ma justification devant le juge d'instruction. (Cette dernière pièce, si importante, a disparu.) Ces Notes et Documents nous ont été très obligeamment communiqués par un bibliophile des plus distingués, M. Parran, ingénieur en chef des mines.
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des priï en librairie, d'un pris élevé. C'est déjà une garantie importanle. Je ne m'adresse donc pas à la
s morceaux incriiaint Pierre, parus
ù on me conlrain- )rts, qu'il y a une pourrais faire une . poursuivis, et qui l'horrear du mal, iture est d'une liir en moi. Est-ce
morale positive et Dit obéir.
!lle-ci est tout au- II monde, les arts
bertés. 11 y a la lierté très restreinte
pas le droit d'ar-
nger (œuvres com-
îr (Paris, Garnier.
B dans la Revue de
plètes autorisées) ? Tel sujet rej laire a été traité par Bérangei le poète triste ou le poète gai ei le mal ou la folàtrerie, le rcmo ne serait peut-être pas sain d' cet argument.)
Je répète qu'un livre doit i semble. A un blasphème j'opp vers le ciel, à une obscénité de
Depuis le commencement de lûmes de poésie sont ainsi faii sible de faire autrement un liv l'agitation de l'esprit dans le nti
M. le ministre de l'intérieur éloge flatteur de mon livre dan; précautions pour que cette mé duistt pas.
M. d'Aurevilly (un écrivain autoritaire et non suspect) poi est attaché, un article sur les F été répondu qu'une consigne réi de M. Ch. Baudelaire dans le t
Or, il y a quelques jours, j'i d'instruction la crainte que L glaçât la bonne volonté des pen quelque chose de louable dans i (Charles Camusat BusseroUes) i tout le monde a parfailement le dans tous les journaux, sans ex
aS/l CHAULES UAtDELHIBE '
MM, les directeurs de la Revae Jrançaise n'ont pas osé publier l'article Je M. Charles Asselineau, le plus sage et le plus modéré des écrivains. Ces messieurs se sont renseignés au ministère de l'intérieur (!), et il leur a été répondu qu'il y aurait pour eux danger à publier cet article.
Ainsi, abus de pouvoir et entraves apportées à la défense.
Le nouveau régime napoléonien, après les illustrations de la guerre, doit rccberclier les illustrations des lettres et des arts.
Qu'est-ce que c'est que celte morale prude, bégueule, taquine, et qui ne tend k rien moins qak créer des conspirateurs, m5me dans l'ordre si tranquille des rêveurs ?
Cette morale-là irait jusqu'à dire : Désormais om ne
FERA QUE DBS LIVRES CONSOLANTS ET SERVANT A DÉMOK- TRER QtE l/nOÏHIE EST >É DO^ ET Ql E TOKS LES HOMUES
sosT HEUREUX. Abominable hypocrisie.
(Voir le ré.sumé de mon interrogatoire et la liste des V incriminés.)
CHEZ FEU MON MAITRE (l)
Huit à dix mois avant de s'exiler en Hollande, le poète Pierre-Charles, enlevé si prématui-ément aux belles-lettres, que très peu de ses contemporains ont aimées et pratiquées comme lui, m'adressa la lettre que voici :
u Cher enfant,
» 11 fierait bon que nous revissions ensemble vos Amours Eiernelles, qae vous avez bien voulu me dédier et dont une épreuve m'a été communiquée hier soir par l'imprimeur de la Revue Gauloise : une demidouzaine de termes impropres et quelques locutions singulières, plus romanes que françaises, et qui me semblent trop hétérodoxes, dépassent, à mon avis, votre
(i) Ces pages, que M"" Judith Cladel a bien voulu nous autoriser à reproduire, ont paru d'abord dans le Musée des Deux Mondes, i" septembre 1876, Elles ont été reprises plus tard, amendées et considérablement aug~ mentées par l'auteur dnns une nouvelle. Oux(Boii 1879, G. Charpentier.) V, cet ouvrage.
CHARLES BAUDELAïaS
curieux travail : Accourez vite chez moi, rue Flamande, hôtel d'Artevelde, où je vous attendrai toute cette après-midi. » P.-C. »
Ajuster et raboter des lignes avec le docte et puissant rhéteur à qui l'on doit les Roses noires et les Ciels factices, fut et reste ma meilleure fortune littéraire. On m'accordait assez généralement alors, dans le milieu purement artistique oii j'étais connu, quelques petits mérites; on y disait de moi que je soignais beaucoup ma forme et que je ne manquais point d'une certaine originalité. S'il est vrai que je sache aujourd'hui me servir quelque peu de mon outil, l'honneur en est tout entier, je l'atteste, à ce sévère Mentor qui m'apprit à u tailler mes plumes » et m'enseigna la manière de « manger des lexiques » , Heureux et fort heureux serais-je si jamais je digère ceux-ci, gouverne celles-là, aussi bien que ce vénéré doctrinaire, lequel, écrivain hors pair et profond observateur, connaissait les hommes non moins que les mots. A La Haye, un jour (pressentait-il, ce jour-là, sa fin prochaine et les insolentes inepties que lui décochèrent après sa mort les plumitifs de la chronique parisienne?), il écrivit, dans l'un de ses derniers et magnifiques poèmes en prose qui dureront autant que les bronzes et les marbres des grands statuaires, cette phrase étrange et prophétique, que les lecteurs habituels ont remarquée et ses amis retenue :
« H n'est nul moyen ici-bas d'empêcher les bêtes immorales de se glisser dans les cimetières et d'y pisser sur les tombes. »
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Les acharnés détracteurs demeurent marqués au front de cette amère parole, plus brûlante qu'un fer rouge. Ils ont eu beau faire, ils ont eu beau dire, on rend enfin justice à celui que, si longtemps, ils abreuvèrent de dégoût. Ses œuvres, on les lit 1 On prône ses vers, on exalte sa prose, et ce n'est pas tout encore, on s'occupe de ce que fut sa personne, h II était fin causeur, il avait des manies, son âme était indulgente et son cœur loyal ! où vivait-il et comment vivait-il ? a On veut être édifié sur ses moindres gestes et sur toutes ses aptitudes. Il dessinait très correctement, il avait une écriture archaïque fort bizarre, il hantait les musées et les bibliothèques ; bref, il fut un être à part. El la presse donne \e fac-similé de quelques-uns de ses croquis à l'encre de Chine et reproduit ses manuscrits autographes. Il est question de sa chambre à coucher et de son cabinet de travail autant que de sa griffe ; on affirme, en outre, qu'il était toujours vêtu de noir, et l'on parle même de la coupe extraordinaire de ses culottes ; il est enfin devenu grand homme ; on le tient désormais pour tel, et chacun le glorifie abouche et plume que veu\-tu... n'est-il pas mort!
A l'époque déjà reculée où nous nous fréquentions assidûment, il vivait à peu près ignoré de la foule, mais franchement admiré de ses disciples et de ses émules. On aimait les charmes captieux de sa parole et l'on recherchait avec empressement sa société. Toujours très poli, très hautain et très onctueux à la fois, il y avait en lui du moine, du soldat et du mondain, aussi sied-il d'attribuer à ces aspects multiples les portraits si divers qu'on a faits de lui. Pour moi, je le vois
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encore tel qu*il m'apparut et que je le divulgue. Ouvert à ceux qu'il croyait bons et sensibles, mais farouche à ceux qu'il jugeait autrement, il évitait les gens frivoles et ne s'accointait jamais au premier venu. Si les familiarités indiscrètes ou déplacées des beaux esprits le navraient et lui suggéraient souvent un brusque parti, les tutoiements incongrus des fâcheux jadis coudoyés sur les bancs du collège et retrouvés par hasard en plein Paris, le jetaient en des transports de fureur.
Elégant, un peu maniéré, circonspect, timide et frondeur à l'unisson, il avait des amis, mais point de camarades, et les sots l'eussent fait fuir au bout du monde en l'entretenant à brûle-pourpoint de ses propres œuvres et de celles de ses contemporains. Son étonnante réserve, à cet égard, provenait du profond dédain qu'il nourrissait pour ces hâbleurs toujours prêts à trancher sur tout, avec lesquels il tenait, d'ailleurs, à n'avoir rien de commun. Evidemment, il devait paraître excentrique à ses pairs, je veux dire aux personnes de sa profession, car il avait au plus haut degré le respect de soi-même et partant le respect d'autrui. Beaucoup de lettrés d'alors et la plupart des folliculaires le haïssaient d'abord, à cause de cela ; puis, avouons-le, parce qu'il s'ingéniait à les « faire poser ». Enclin à je ne sais quel ordre de plaisanteries noires, il attendait d'être ému pour étaler une fausse impassibilité. J'en appelle à ses intimes ! Etait-il jamais plus lugubre que lorsqu'il voulait paraître jovial ? Il avait alors la parole troublante et sa vis comica vous donnait le frisson. Etait-il en verve ^ Ah ! de deux
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choses l'une en ce cas : ou bien il vous racontait, entre deux éclats de rire aussi déchirants que des sanglots, sous prétexte de vous désopiler la rate, on ne sait quelles histoires d'outre-tombe prodigieuses qui vous glaçaient le sang dans les veines, et dont il s'épouvantait affreusement lui-même, ou bien il se moquait impitoyablement, mais très adroitement, des auditeurs pendant une heure ou plus, en s'appliquant à leur démontrer en termes techniques et de haute école la quadrature du cercle, la perversité des comètes, l'attirance des gouffres, le mouvement perpétuel, la transmutation des métaux, l'infaillibilité du pape, la bonté du démon, la férocité de Dieu, que sais-je encore! Hé, je le vois et je l'entends. « Amusons-nous un peu! » S'il vous abordait en vous disant cela, vous pouviez être sûr que ses confidences ne tarderaient point à prendre une tournure sinistre et que bientôt vous en auriez la chair de poule, a Âvez-vous songé parfois à l'influence fatale de la cuisine sur le génie de l'homme ? Etes-vous suffisamment éclairé sur la conformation physique pro-^ bable des saints ? » Si la conversation s'engageait ainsi, vous étiez perdu ! Mille phrases harmonieuses et pompeuses, mais abstruses, sinon incompréhensibles, àtravers lesquelles un intarissable et banal bavardage sur toutes sortes de recettes culinaires et pharmaceutiques relatives à la préparation du poulet au hatchich, du canard au safran ou du gigot à l'opium, passait et repassait sans cesse, s'associant on ne sait comme aux grands mots de métempsycose et de kabbale, de transsubstantiation et d'anthropomorphisme, allaient vous bercer jusqu'à parfait sommeil, et le perfide orateur,
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— c'était là sa joie et son triomphe 1 — vous abandonnait alors dormant debout. A ce jeu baroqpie et piquant auquel il excellait, tous ses amis avaient été attrapés plus ou moins. On tâchait bien de lui rendre la pareille, mais avisé comme une femme, il se tenait toujours sur ses gardes, et c'est encore lui qui conduisait les autres où les autres auraient voulu le conduire. Irascibles, quelques-uns d'entre nous se cabraient, il est vrai, car ses malices cruelles allaient parfois un peu loin ; mais personne ne se permit jamais de lui dire son fait. On pensait avec juste raison qu'il valait mieux se contraindre que de s'exposer, en éclatant, à perdre les bonnes grâces d'un esprit si paradoxal, mais si distingué. Le coupable, d'ailleurs, se connaissant à merveille, éprouvait vite des remords et venait spontanément à résipiscence. Exemple I Une fois qu'il se délectait à poignarder mes premières idoles, il se qualifia tout à coup d'une épithète qu'il employait assez fréquemment dans ses écrits et qu'en y réfléchissant bien, je trouve on ne peut plus juste aujourd'hui, tant elle définit le mordant original dont elle émane : « Oh ! moi, me dit-il avec beaucoup de gravité, je suis un douloureux pince-sans-rire, et quand ma langue écorche autrui, le cœur me saigne ! » Espiègle, mais non méchant, tel était, en effet, ce grand artiste, non moins extraordinaire que les personnages créés par son ami d'élection et frère en poésie, Edgard Poe. (sic) Tôt ou tard, je dirai de l'homme tout ce que j'en pense au point de vue du caractère ; il s'agit plus spécialement aujourd'hui du styliste et de ses errements.
Or, dès la réception de sa lettre paternelle transcrite
ci-dessus, je me jetai dans le premier fiacre vide rencontré, rôdant aux abords de la Rotonde du Temple encore debout et tout près de laquelle je résidais en ce temps là. Dix ou quinze minutes après, rendu rue Flamande, j*avais gravi l'escalier en colimaçon d'une de ces vieilles bâtisses à ventre bombé, comme on en érigeait jadis sous le règne de j'ignore quel bon roi (bon est ici par euphémisme), et je heurtais à l'huis d'une vaste chambre, sise au troisième étage, où je devais être impatiemment attendu...
Le magicien es lettres, en effet, était chez lui, travaillant, selon son habitude, en manches de chemise, tout comme un manouvrier en pleins champs ou sur la voie publique. Une molle cravate de soie couleur de pourpre, à raies noires, négligemment nouée, flottait autour du cou robuste et bien attaché dont ce délicat était si fier ! Rasé de près et luisant comme un sou neuf, il s'abandonnait dans son vaste déshabillé de toile aussi blanc que neige, d'une coupe très ancienne. A ma vue, il secoua, tout souriant, ses longs cheveux gris, un peu crêpelés, qui lui donnaient on ne sait quel air sacerdotal, et ses beaux grands yeux intelligents, « profonds et noirs comme la nuit » , se fixèrent sur moi ; puis, sans mot dire, il repoussa loin de lui la page criblée de ratures sur laquelle il s'exerçait depuis plusieurs jours peut-être, et réunit religieusement une quantité de feuilles imprimées éparses sur sa table de travail ; ensuite, il me désigna de l'œil un grand fauteuil empire, ayant la forme d'une chaise curule, en tous points semblable à celui sur lequel il était assis lui-même, et considéra voluptueusement ses mains de
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patricien cl ses ongles roses aussi fins et non moins acéi'és que ceux d'une infante : il avait ses manies que je savais respecter ; aussi ne desserrai-je point les dents avant qu'il fût redescendu sur terre et qu'il m'eût fait entendre son cri sacramentel :
« Au devoir ! allons, au devoir ! »
Enfm, il ora. La parole prévue fut prononcée et nous nous mîmes à l'œuvre incontinent. Tout beau! Dès la première ligne, que dis-je, à la première ligne, au premier mot, il fallut en découdre! Etait-il bien exacl, ce mot? Et rendait-il rigoureusement la nuance voulue? Attention 1 Ne pas confondre agréable avec aimable, accort avec charmant, avenant avec gentil, séduisant avec provocant, gracieux avec amène, holà ! ces divers termes ne sont pas synonymes ; ib ont, chacun d'eux, une acception toute particulière ; ils disent plus ou moins dans le même ordre d'idées, et non pas identiquement la même chose ! Il ne faut jamais, au grand jamais, employer l'un pour l'autre. En pratiquant ainsi, l'on en arriverait infailliblement au pur charabia. Les grifTonniers politiques, et surtout les tribuns de même nature, ont seuls le droit, enseignait Pierre-Charles, d'employer admonition pour conseil, objurgation pour reproche, époque pour siècle, contemporain pour moderne, etc., etc. Tout est permis aux orateurs profanes ou sacrés qui sont, sinon tous, du moins la plupart, de très piètres virtuoses ; mais nous, ouvriers littéraires, purement littéraires, nous devons être précis, nous devons toujours trouver l'expression absolue, ou bien renoncer à tenir la plume et finir giVcheurs. Et tandis qu'il dissertait à voix haute
et lente, le sévère correcteur soulignait au crayon rouge au crayon bleu, les phrases qui, selon lui, manquaient de force ou d'exactitude, et ne s* adaptaient point à Vidée ainsi que les gants à la peau. Cherchons, cherchons ! Si le terme n'existe point, on l'inventera ; mais voyons d'abord s'il existe ! Et les dictioimaires de notre idiome, empoignés, étaient aussitôt compulsés, feuilletés, sondés avec rage, avec amour. On faisait souvent bonne chasse, mais quelquefois aussi l'on revenait bredouille. Alors intervenaient les lexiques étrangers. On interrogeait le Français-Latin et puis le Latin-Français. Un pourchas sans merci ! Néant dans les anciens ? aux modernes ! Et le tenace étymologiste, à qui la plupart des langues vivantes étaient aussi familières que la plupart des langues mortes, s'enfonçant dans les vocabulaires anglais, allemand, italien, espagnol, poursuivait pour lui comme pour moi l'expression rebelle, insaisissable et qu'il finissait toujours par créer, si elle ne se trouvait point dans notre langue. « Un néologisme ne fait peur qu'aux académiciens, qui, Sainte-Beuve et Victor Hugo exceptés, jargonnent tous plus ou moins. » En devisant ainsi, l'indomptable praticien s'acharnait à l'ouvrage, et bientôt je le voyais suer à grosses gouttes et geindre, et faire ahan I comme un forgeron en butte aux feux ardents de sa forge et martelant sans relâche sur son enclume le fer rougi qui résiste et qu'il ne peut tordre à son gré...
Cette après-midi-là, je m'en souviens comme d'hier, un mot entre tous, je ne sais plus lequel, longtemps nous arrêta. De guerre lasse, surexcités au point d'avoir
APPENDICE . ai5
y lisait de gauche à droite les caractères cunéiformes et tandis qu'il syilabait, effaré, ses prunelles noires .étîncelantes envoyaient de toutes parts, autour de lui, des éclairs terribles. « Assez ! criai-je en lui demandant grâce, assez ! » o Animal ! lâche I tu ne veux donc pas devenir artiste ? h II était superbe d'attitude et de physionomie ! Emu, mais nullement fâché de ces âpres paroles, qui me prouvaient combien grande était L'amitié qu'il avait pour moi, je lui tendis cordialement la main. Il se ravisa sur-le-champ et fut le premier â rire de sa saillie qu'il me pria de lui pardonner. « Reprenons haleine, ajouta-t-ll, et puis à la rescousse 1 II faut, coûte que coûte, dénicher le merle blanc I n Opiniâtres, nous nous remîmes encore à l'étude ; mais bientôt épuisés de tant d'efforts infructueux, nous dûmes, cette fois, abandonner le combat. Il fut entre nous décidé que l'expression réfractaire à nos vœux et victorieuse de notre obstination serait laissée en blanc et qu'on remplirait le vide à l'imprimerie, avant la mise en pages. On avait toute la soirée et toute la nuit pour enfanter, et l'enfantement aurait lieu, fallût-il pour cela se servir du forceps. « Ainsi soil-il I » murjmurai-je ; et noua causâmes de politique en fumant des cigares.
Si jadis, en 48, ce curieux v enfant du siècle n et de Paris avait professé hautement sa foi républicaine et coiffé la bonnetïphrygîen, il s'était, malheureusement, depuis lors, désintéressé de la démocratie, et vivait à cet égard dans une trop profonde indifférence, qu'il m'autorisait à blâmer tout en se moquant de ce qu'il appelait mes rouges labiés 1 « Allez I plus tard, vous i4*