‹ Charles BaudelaireChapitre 9 sur 29 · CHAR · texte numérisé non relu

CHAR

abjurerez Marianne, vous aussi 1 « Non seulement ce pronostic ne s'est point vérifié, mais encore j'affirme qu'il ne se réalisera point. En matière religieuse,

n'avait-elle pas, elle aussi, ses '"" ses noires, ses croches, ses d croches, ses andanle, ses nigissi On avait beau dire et beau faire, i toujours plus sculptural qu'une des mots l'emporterait étemell des métaux ou des marbres, et le jamais de leurs palettes que des côté de celles que le poète, lui, écritoire. Examinez : ce mot d' vermillon, et l'azur est-il aussi celui-là ! Regardez ; celui-ci n'a des étoiles aurorales et celui-là lune ? Et ces autres, où s'allui égales à celles des crinières inexl Et ces autres encore!,.. On y cences splendides et prodigieuses ( seuls, sont dans l'impossibilité « Voyez, voyez donc I » Et le proie à je ne sais quel accès lyri pompeux et des regards on ne naires. Evidemment, ce qu'il di voyait au delà, je ne sais où. T( éclatante et précipitée, devint pU ii révéla la valeur morale des u son avis, il y en avait de chariti haineux ; il en connaissait de U fort ingénieux et de fort periid petits, il y en avait de médiot grands ! « Ah ! vous riez ! Eh b mais écoutez-moi, je le veux I 11

3^8 CHâBLES BAIJDEUIBB

dis-je, comme des hommes I On en trouve qui sont royalistes el d'autres qui sont républicains ; on en rencontre de divins el l'on en découvre de diaboliques ; il y en a qui sont bêles et d'autres qui sont intelligents ; enfin il en est qui ne sont rien, pas même bâtards I Allez, allez, on a beau les écrire tous à l'encre noire sur du papier blanc, certains n'en paraissent pas moins radieux comme le jour, ou sombres comme les ténèbres ; immaculés comme le lys ou rouges comme le sang ! » — Et le vatès, en délire, s'extasiait. . . u Avec de patientes conjonctions de mots, s'écria-t-îl, on arrive à tout : au subtil, au gracieux, au profond, au sublime! Artiste, de la terreur? — En voilà! — De la lumière ? — En voici ! — Rapsode, fai^-moi rire ou fais-moi pleurer? Trouvère, charme-moi, ranimemoi?,.. La lyre obéit, elles cœurs attentifs sont par elle enivrés ou meurtris. Oui, les lettres sont le premier des arts 1 En faisant de la littérature, on fait à la fois de la peinture, de la sculpture, de la musique, et je ne sais quoi de plus auguste encore! Le poète crée, il usurpe sur Dieu ! C'est ainsi... L'écrivain, vous disje, est l'homme par excellence, le grand ouvrier ! En écrivant, îldessine, il peint, il grave, il burine, il nivelle, il émaille, il sculpte, il pense, il chante, il rêve, il spécule, il aime, il hait, il fait toutes ces choses «n n'en faisant qu'une seule ; il accomplît ces diverses fonctions en exerçant la sienne, qui les contient toutes ! Il est Pan, il est tout I 11 est enfin, parmi les artistes, le Roi ; de même que parmi les hommes et les mots, le Verbe est Dieu !... »

Cette noble et transcendantale dissertation avait pris

LtDELAlRE A BRUXELLES

Je n'oublierai jamais ce soir mémorable. Les journaux bruxellois avaient annoncé une conlércHce de Baudelaire, sans commentaires. Le fait d'un grand poète, d'un des esprits absolus de ce temps, promulguant sa foi litl^raire publiquement, semblait alors négligeable. Il faut se rappeler l'indifférence totale du Bruxelles d'alors pour la littérature : un petit nombre de lettrés seulement connaissaient l'auteur des Flears du Mal; on vivait dans un air saturnien où se plombait l'Idée.

Le Cercle littéraire et artistique occupait encoi-e le palais gothique qui fait face à l'Hôtel de Ville. Cette fruste et historique architecture, rajeunie depuis comme un joyau de prix, redevenue le dessin d'une châsse exquisement orfévrie, abritait alors des commerces de grainetiers et d'oiseleurs. Tout le rez-dechaussée et les caves leur avaient été départis : c'était une des activités delà Grand'Place. Mais l'étage restait réservé au Cercle; on montait un perron, on gravis-

sait un raîde escaliï celle de la salle des parler Baudelaire.

Je ne pus me hi mènes. L'escalier ê marches ; un sileno sentis une petite ho:

déjà passé et que j't dais une afduence :

comme à un gala. 1 j'entendis une voix élevé ; elle s'enfla elle syllabisait avec poète : — (( Gautiei

Je me glissai dan d'années, un sujet t ce grand vaisseau o ver place et qui, ju; gnait ses banquettes soir-là, pour «ne v comme il eût parlé i un Gautier altissîm< A mesure, un étonn □ne déception, peu crèle intention cach immodérée. Nul, p se représentait en ( une telle pourpre, mal connu, que si quîntessencîé, exalt

Il me parut que

25^ mâM.«tS BAUDBLAIKK

redoutait un tour nouveau de cet ironiste acéré et déconcertant. Je me sentis inondé, quant à moi, des torrentielles beautés d*un discours qui n'était que la plus adroite et la mieux déguisée des lectures. Je communiai avec le poète dans l'enthousiasme. Je lui dus dans l'avenir de ne jamais démériter de l'exemple qu'il m'avait donné en honorant les Maîtres et les Aînés.

Une petite table occupait le milieu de l'estrade ; il s'y tenait debout, en cravate blanche, dans le cercle lumineux épanché d'un carcel. La clarté tournoyait autour de ses mains fines et mobiles ; il mettait une coquetterie à les étaler ; elles avaient une grâce presque féminine en chiffonnant les feuillets épars, négligemment, comme pour suggérer Tillusion de la parole improvisée. Ces mains patriciennes, habituées à manier le plus léger des outils, parfois traçaient dans l'air de lents orbes évocatoires ; ou bien elles accompagnaient Ja chute toujours musicale des phrases de planements suspendus comme des rites mystiques.

Baudelaire évoquait, en effet, l'idée d'un homme d'église et des beaux gestes de la chaire. Les manchettes de toile molle s'agitaient comme les pathétiques manches des frocs. Il déroulait ses propos avec une onction quasi évangélique ; il promulguait ses dilections pour un maître vénéré de la voix liturgique d'un évêque énonçant un mandement. Indubitablement, il se célébrait à lui-même une messe de glorieuses images ; il avait la beauté grave d'un cardinal des lettres officiant devant l'Idéal. Son visage glabre et pâle se pé-

notnbrait dans la demi-teînle de l'abal-jour ; j'apercevais se mouvoir ses yeux comme des soleils noirs ; sa bouche avait une vie distincte dans la vie et l'expression du visage ; elle était minrf pi frUsnnnaniP /l'nnt» vibratilité fine sous l'archet d dominait de la hauteur d'uni des assistants.

Au bout d'une heure, l'indi fia encore, le vide autour du i possible de se vider davantaj deuic banquettes. Elles s'éctaii ques dos s'éboulaient de soi hension. Peut-être ceux qui n d'une pensée secourable : p' comme un passant accompa

nèbre un solitaire corbillard.

les huissiers et les messieurs i

à leur poste par un devoir ce Le poète n'eut pas l'air de

qui le laissait parler seul en

monieusement éclairés. Une

comme une clameur i « Je sa

mon maître, le grand poète

rigide s'inclina, il eut trois s:

vant une assemblée véritabl

battit. Puis un huissier enipo

le dernier dans la nuit retom

écho était montée, s'était été

l'Eglise littéraire (i).

(i) La vie Belge, Fasquello,

(i)au

mari, lit en— i éduce, ua a. derlavan-

Louisbarles fi voir lit pas

besoin Dnini-

irréalisable, étant l'ami stupéfaction pour nous tout ce qa'on voulait fa ses propres ailes, et et ment dans notre vie d'il Quel chagrin ! Nous avoi ner un autre cours à set quelques relations mau'

)) Le général, qui éta la mer de passion, qui, été enchanté de navigi mer était préférable à i:

li-omper, mais il était pt pour mon fils. Celui-ci doute ; mais, sans tém laissé faire. C'est ainsi que nous avions à Bon soins du capitaine Saui beaucoup d'esprit, qui effectivement, lui a plu.

cutta, il devait aller plu dix-huit mois. Ils se sot Charles avait vingt ans.

Charles est tombé dan:

le capitaine, qui faisait traire, sans pouvoir y j lement complet, ne fr commerçants pour la p ce n'était que pour éra France.

)) Un événement terri

r.HAKLKS BACIkCLAXRS

Vif \u dans sa longue ■nt pre-iqae loacber la \i^ en fùl démoralisé.

tre à $<>D dégoût pour ëUit ?ânj but. Arrivé à ii:/nieiiler. Là, où tout ien yu. rien qui éveillât xw^Jail ; il voulait à à Paris, et que, s'il d'v ■e'ier à Maurice plutôt ^ capitaine, craignant idie cruelle la notlafgie, funestes, l'a vivemenl nt-Denis (Bourbon) et : rentrer en France, il faciliterait les moyens, e à ^laurice, qu'il vou' T s'est entendu avec un qui s'embarquait pour lui {sic . Voilà comme s de février iSia.

ce voyage. Les détails les tiens du capilaioe >ur de mon Gis. Quand oyage, je m'apercevais S'étail-il pas de même ? Je ne sais, mais je aussi que Cbarles, qui it avec lui les manières mantes. Aussi le capi-

éiTitc cl empreinte eo même tan|» de tant de sen^bi— IIIk el (le Undres rezreU, renferme maibcuicuBcment qiielr|iie« eiTcurf. D'abord le nom de Dufavs n'est pas rclrii lie M. B^nideUire, maU le mien, qoe Charles a en l'idée qael({uefùL: de joindre an shu, en signant ses ou\rn;/('sn) : il lui est arrivé a usâî d'y joindre celui d'Archimbaul. qui est é^'alemenl le mîen ; mon nooi de bâ|>tème esl Caroline Archimbaul-Dn&iys.

■> Charles o'a pas été, îlest vrai, dans scmenfsnce, un prodige ; mais il a toujours eu des succès et des prix dans les collèges où îl a été. D'abord dans celui de Lyon, durant les quatre aorié-es qae nous y avons se joumé, lorsque M. Aupick \ était chef d'état-major, puis à Paris, à Louis-le-Grand. A notre retour à Paris, quand moD mari l'a conduit à ce collège Louis-le- Grand, comme il était très enthousiaste de la capacité de Charles el de ses succès, il dit au proviseur : Voici un caileau que je vais vous faire, voici an élève qui fera honneur à votre collège.

'• Effectivement, il a été couronné au grand concours de 1837, en vers latins (a). Il a pu être faible dans ses e^tamens de bachelier es lettres, je ne sais ; maïs ce qui cal bien positif, c'est qu'il a laissé dans l'esprit de SCS camarades et de ses processeurs le souvenir d'une

|i) Les premières œuvres de Baudelaire (jusqu'en iK5o), sont en efTet signées indifféremment : Baudelaire- DuTays, Charles Baudelaire-Dufays, Pierre de F»y3, Cliarles Baudelaire du Fays.

(3) Baudelaire obtint au Concours de 1837, classe de seconde, le deuxième prix de vers latins et le sixième accessit de version latine.

grande capacité. C'est peut-être Charles lui-même qui

aura dit qu'il n'avait pas été ud bon écolier, car îe ne

l'ai jamais vu tirer vanité de

quels il n'attachait avec re

ces succès, dans le fait, soui

l'avenir.

» Peut-être feriez-vous bi' phile Gautier de ce que je être contrarié. Les erreurs D grande importance ; il me tenter cet ami dévoué de peut-être donner à l'avance fils.

H M. Baudelaire n'a pas él mais son ami. Mais cela in cela que s'il avait été dit qu' collège, par faire l'éducatio:

malheureux nom de Prashn bdle notice. On aurait pu c teur de l'assassin (2), tandis sossin qui a été son élève. Pi de vous parler de M. de Bau un très dous souvenir, mal;

(1) Asselineau se conformi M°" Aupick ; c'est ce qui eiplii inexactitudes si|,malées ci-dessu corrigées par Gautier, quand primés en tète des oeuvres com

(a) Le duc de Choiseul-Prasli de sa femme, qui fut traduit Chambre des pairs.

^f'^ i.;i, Itf j-néni. a\^ .ik aftctioD bien w -V-c jaraus a^m^nrie durant le* trenle

taik olre

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