Article cité, p. 83 pI
2. Lire dans les Œuvres posthumes, certaines poésies, certaines notes.
l'homme et la pensée 33
découvrir sous la plume d'un Brunetière. Ce que nous voulons seulement indiquer ici, c'est ({ue le crime auquel aboutit forcément l'individualisme, lorsqu'il n'est pas soutenu, guidé par une vie morale très stricte comme chez les protestants, par une éducation très saine et le sens de la respectabilité comme chez les Anglo-Saxons, c'est la ruine même de l'individu. L'individu se ruine phvsi(|uement et psychiquement en détruisant en lui la volonté. Baudelaire en est un exemple : il a vainement gardé son intelligence lucide et son cœur quasi vierge ; lorsqu'il a voulu réagir contre sa propre déchéance, la misère et la maladie, — or de l'une comme de l'autre il est le premier responsable, — l'en ont à jamais empêché.
Il faut relire ici les pages célèbres de la Confession d'un Enfant du siècle \ Après la Révolution, après l'Empire, il s'était infiltré dans la jeunesse deux éléments morbides : d'une part, le désenchantement — on avait perdu toute illusion^ sur la société, sur l'homme lui-même ; d'autre part, un besoin d'agir qui ne trouvait plus d'issue. De là ce pessimisme dont va hériter Baudelaire, avec ce besoin de se cloîtrer dans son moi, car le moi est le dernier refuge de l'homme, quand les grandes révolutions, les grands espoirs l'ont déçu. Toutes les énergies latentes se concentrent alors dans le cerveau, avec une virulence d'autant plus considérable que le cœur n'est plus capable d'enthousiasme. Baudelaire sera donc la victime de sa fièvre intellectuelle, de son pessimisme et de son mépris pour