‹ Charles BaudelaireChapitre 100 sur 257 · Parfum exotique, XXII · texte numérisé non relu

Parfum exotique, XXII

l'art et l'œuvre 167

nelle chaleur \ Mon amour est fort comme l'opium: il t'apportera l'oubli et le rêve comme lui. Pour te distraire, je daaserai devant toi comme un serpent au bout d'un bâton, balançant ma tête avec la mollesse d'un jeune éléphant. Mes baisers seront à tes lèvres comme un ciel liquide qui parsèmera d'étoiles ton cœur '. Auprès de toi je viendrai m'étendre avec la grâce d'un beau chat dont les yeux sont mêlés de métal et d'agate, et ta main s'enivrera du plaisir de palper mon corps électrique % Viens : je t'enseignerai les beaux péchés inconnus qui apaisent toutes les douleurs, tous les remords. »

Et le poète s'écrie :

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abime, 0 Beauté ? Ton regard, infernal et divin, Verse confusément le bienfait et le crime, Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton œil le couchant et l'aurore ; Tu l'épands des parfums comme un soir orageux ; Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore Qui font le héros lâche et l'enfant courageux

L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle, Crépite, flambé et dit : Bénissons ce flambeau [ L'amoureux pantelant incliné sur sa belle A l'air d'un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe, 0 Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu ! Si ton œil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?

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