‹ Charles BaudelaireChapitre 99 sur 257 · Le Voyage, CXXVI · texte numérisé non relu

Le Voyage, CXXVI

Du fond de son cachot, le poète, dans l'horreur de sa solitude, appelle. Alors, une femme lui apparaît : la Vénus noire.

Elle s'approche et dit : « Tu voudrais échapper aux épouvantements du spleen, sortir de cet enfer, fuir n'importe où, hors du monde ? Regarde-moi, viens dans mes bras. Sur mon sein, les yeux fermés, tu respireras l'odeur de mon corps ; tu verras se dérouler des rivages heureux

Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone.

« Laisse-toi bercer, clos tes paupières et rêve : 'n'es-tu point dans un port rempli de voiles et de mâts ? ne vas-tu point t'embarquer pour une île paresseuse où la nature donne

Des arbres singuliei's et des fruits savoureux ? '^

« Prends ma chevelure dans tes mains, agite-la dans l'air comme un mouchoir. Ton esprit, flottant sur son parfum comme d'autres esprits voguent sur la musique, verra s'étendre l'Afrique brûlante et l'Asie langoureuse ; car ma chevelure est pareille à une mer d'ébène sur laquelle des vaisseaux glissent dans l'or et dans la moire ; elle est pareille à un pavillon de ténèbres tendu au milieu d'une oasis, près des eaux, sous l'azur sombre où frémit l'éter-

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