‹ Charles BaudelaireChapitre 101 sur 257 · Le chat, XXXIV · texte numérisé non relu

Le chat, XXXIV

De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène, Qu'importe, si tu rends, — fée aux yeux de velours, Rhythme, parfum, lueur, ô mon unique reine 1 — L'univers moins hideux et les instants moins lourds ' ?

Ainsi donc, le poète sait maintenant que cette femme, fausse consolatrice, est un démon de l'Enfer. Il le sait, et pourtant il s'abandonne, et roule avec elle dans le second cercle : celui, de V amour coupable.

Quel en est le supplice ? La glace. Celle qu'il adore à l'égal de la voûte nocturne, voici qu'elle se change en un vase de tristesse. 11 a beau multiplier ses élans amoureux et s'acharner sur elle, comme des vermisseaux sur un cadavre : elle reste insensible et froide comme le cadavre monstrueux qu'elle est '\

Car elle est un monstre que rien ne peut satisfaire, qui mettrait l'univers entier dans sa ruelle, qui boit le sang du monde, — « machine aveugle et sourde en cruautés féconde », reine des péchés et de la mort \ Et tout à coup, le poète, avec une horreur indicible, voit qu'elle se change en vampire. Alors il la maudit :

Toi qui, comme un coup de couteau, Dans mon cœur plaintif est entrée ; Toi qui, forte comme un troupeau De démons, vins, folle et parée,

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